Les livraisons d’armes, globalement stables à l’échelle mondiale en 1998, ont quasiment doublé en Afrique subsaharienne, déchirée par une multitude de conflits régionaux, indique l’IISS. Au total, le commerce des armes a atteint 56,9 milliards de dollars en 1998, un chiffre très légèrement supérieur aux 56 milliards de l’année précédente. Mais en léger déclin si l’on tient compte de l’effet inflation. Face aux traditionnels gros acheteurs d’armes, comme l’Arabie séoudite ou Taïwan, l’Afrique subsaharienne ne représente qu’une petite partie du marché mondial. Mais sa part est passée de 1,8 % à 3 % en 1998, autant que celle de l’Amérique latine, dont le niveau de richesse est sans comparaison avec celui des pays d’Afrique noire, souligne l’Institut d’experts basé à Londres dans son rapport annuel sur l’équilibre des forces armées dans le monde. Les trois quarts des pays de la région sont en guerre, ou menacés par des groupes armés, aux motivations politiques ou économiques : plus de la moitié des conflits recensés dans le monde concernent l’Afrique subsaharienne et sont parmi les plus meurtriers. Contrairement aux idées reçues, l’éventail de l’armement qui s’est déversé sur le continent est très large, soulignent les experts britanniques. On y trouve aussi bien des armes légères d’occasion que les derniers modèles des avions de combat russes, livrés à l’Éthiopie et à l’Érythrée. La croissance a eu beau être faible dans ces pays (1 % pour la région hors effet inflation), l’argent n’a pas manqué pour acheter les armes : venu de pays «amis», comme l’Iran qui aide le Soudan, ou la Libye qui finance une part des achats de la république démocratique du Congo. La diaspora émigrée à l’étranger a également soutenu l’effort de guerre, de même que les entreprises étrangères installées dans ces pays, via les taxes à l’exportation et sur les concessions. Enfin, assurent les experts, une partie de l’aide internationale qui transite par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale a probablement servi à acheter des armes. «Cela pose des questions sur le rôle involontaire des institutions financières internationales qui se retrouvent à participer à l’addition des guerres africaines», souligne l’institut. Dans certains cas, les dépenses sont montées à des niveaux très lourds : l’Érythrée en conflit avec l’Éthiopie a ainsi consacré quelque 36 % de son PIB aux achats d’armement. Afrique subsaharienne exceptée, le paysage mondial du commerce des armes a peu varié en 1998. En dépit de la chute des cours du pétrole, l’Arabie séoudite est restée le meilleur client des marchands d’armes, prenant livraison d’équipements pour quelque 10,4 milliards de dollars (après 11 mds en 1997). Tandis que Taïwan, en seconde position, (6,3 mds) poursuivait sa course au surarmement pour prévenir toute annexion par la Chine. Israël, l’Égypte, les Émirats et Singapour sont aussi restés de bons clients, achetant chacun pour environ 1 milliard de dollars d’armes. Les pays de l’Europe ont absorbé 33 % des livraisons (-0,5 point). Du côté des fournisseurs, la France a enregistré une hausse sensible de sa part de marché, passée de 13,2 % des ventes mondiales en 1997, à 17,6 %. Elle est devenue le second vendeur d’armes au monde derrière les États-Unis qui dominent de très loin avec quelque 48,6 % du marché. Le Royaume-Uni passe en troisième position avec 16,2 % du marché. Quatrième, la Russie augmente légèrement sa part à 5,1 %. L’année a été marquée par une accélération du processus de concentration industrielle, souligne l’IISS qui encourage à l’émergence de programmes impliquant tant l’industrie américaine que ses concurrentes européennes. Seul moyen, selon les experts britanniques, de combiner avance technologique maximale et réduction des coûts.
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