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Actualités - Reportages

Cheikh Koborsy : un ingénieur chimiste polyglotte (photo)

Actuellement, les Nakshbandites, disciples de cheikh Koborsy, possèdent un site sur le Wide World Web. La branche nakshbandite dont le cheikh est responsable présente des ramifications aux quatre coins du globe, au point que certains la surnomment «l’entreprise religieuse la plus réussie de cette fin de siècle». Le cheikh, dont la résidence est située à Lekfe dans la République turque de Chypre, grâce à ses voyages ou à ses représentants à l’étranger, entretient des contacts avec des adeptes basés hors du Moyen-Orient. Ses disciples vivent au Canada, au Royaume-Uni, au Kenya, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Autriche, en Afghanistan, en Argentine, en Guadeloupe, en Indonésie, à Brunei, en Malaisie, au Japon, au Pakistan, à Singapour et dans toutes les villes importantes des États-Unis. Ils se comptent par milliers. Parmi eux figurent des musulmans, mais aussi un nombre non négligeable de chrétiens et d’athées convertis à l’islam. Comment une confrérie mystique, comme la Nakhshbandiyaa, peut-elle attirer tant d’adeptes ? «Leurs “Zaouiyas” sont ouvertes à tous», indique M. Mohammed Dernaïka, doyen de la faculté de philosophie à l’Université libanaise de Tripoli, en soulignant que «leur façon sobre de prier et leurs prêches peuvent intéresser beaucoup de personnes». «De plus, les nouveaux convertis européens et américains arborent des vêtements qui sortent du commun tel un grand turban de couleur éclatante ; ils se laissent également pousser la barbe», ajoute-t-il. Un tel accoutrement peut jouer un rôle dans la propagande : un nouveau venu à la confrérie affiche ainsi son appartenance et peut attirer d’autres adeptes. Comment un seul homme, le cheikh Nazem Koborsy, originaire d’un pays non reconnu par la communauté internationale (la République turque de Chypre) et de condition, dit-on, modeste, peut-il monter un tel réseau d’adeptes ? «Il faut rencontrer le cheikh pour comprendre», indique un disciple qui refuse de dévoiler son identité. Il semble que ce soit un homme charismatique et clairvoyant, doté de la faculté de lire l’avenir et de guérir les malades. «Un vrai sage», note le disciple qui avait déjà rencontré plusieurs gourous en Inde bien avant de faire la connaissance du cheikh. M. Dernaïka, qui a rencontré cheikh Koborsy à plusieurs reprises au Liban au cours de cette année, indique que le gourou «n’a pas besoin d’argent, ce sont ses disciples qui peuvent cotiser pour l’inviter dans les pays d’Europe et d’Amérique». Et de poursuivre que «c’est presque un ascète qui a besoin de peu de vêtements et de peu de nourriture». Né à Larnaka (Chypre) en 1922, dans une famille soufie appartenant à la confrérie Quadirriyya, le cheikh Nazem Koborsy se rend en 1940 à Istanbul pour suivre des études d’ingénieur chimiste. En même temps, il s’inscrit à des cours privés d’études islamiques. Il se rend ensuite à Alep et à Homs pour approfondir ses connaissances religieuses. À l’issue d’un court séjour à Tripoli (Liban), il s’installe durant cinq ans à Damas, où il devient le disciple nakshbandite de cheikh Abdullah Daghistany. Ce dernier est accusé parfois d’être un renégat de l’islam. Pour quelles raisons ? «Probablement les mauvaises traductions arabes de ses prêches», indique M. Dernaïka en soulignant que «cheikh Daghistany s’exprimait en turc». Alliances avec des familles libanaises En 1967, cheikh Koborsy fonde une nouvelle branche nakshbandite à Tripoli. Plus tard, les mariages de sa fille et de sa nièce le lient par alliance à des familles très riches de Beyrouth. Ces mêmes familles s’installeront à Tripoli en 1978. Quand la branche commence à avoir des ramifications à l’étranger, le cheikh nomme des représentants jeunes et dynamiques dans chaque pays. Ainsi, aux États-Unis, c’est cheikh Hicham Kabbani, issu d’une famille nakshbandite tripolitaine et époux de l’une des filles du cheikh Koborsy, qui est en charge depuis 1991 des disciples américains. Au Liban, c’est son frère cheikh Adnan Kabbani qui représente cheikh Koborsy. Sa maison de Tripoli forme une «Zaouiya», où les disciples se retrouvent. L’Orient-Le Jour a retrouvé la maison «Zaouiya» mais non le cheikh, qui selon son frère Sélim «s’est rendu à Damas sans laisser d’adresse». «Il ne sera pas de retour avant la mi-novembre», ajoute-t-il. D’autres affirment qu’il serait actuellement à Brunei. Peut-être évite-t-il tout simplement de rencontrer la presse. Depuis son arrivée au Liban, chiekh Koborsy a entretenu, selon ses disciples, «de très bonnes relations avec les autorités religieuses du pays». Dans ce cadre, il aurait rencontré à plusieurs reprises de hauts dignitaires religieux de la république. Installé à Chypre, le cheikh Koborsy se déplace beaucoup dans le seul but de rencontrer ses disciples. Polyglotte, il s’adresse à eux en plusieurs langues, notamment l’arabe, le turc et l’anglais. Il parle également le grec. Au cours de cette année il aurait effectué au moins deux séjours au Liban, durant lesquels ils s’est adressé publiquement à ses disciples et à d’autres personnes, notamment des intellectuels, qui voient en lui un grand uléma. Selon ses disciples, cheikh Koborsy prêche un islam pur, une religion dépouillée où Dieu aime et pardonne les croyants qui cherchent à se racheter. Le gourou prône l’amour et la tolérance et invite tout le monde à mener une vie simple loin des méfaits générés par la civilisation du vingtième siècle. Un siècle de décadence où règne la loi de la jungle. Catastrophes à venir Dans ses prêches, il évoque la pollution qui empoisonne les villes. Il met en garde contre les produits chimiques qui se trouvent notamment dans beaucoup de médicaments ; il invite dans ce cadre à un retour aux médecines douces. Il prêche l’amour de Dieu et du prochain dans une société de consommation où chaque être humain est devenu cupide. Il évoque les problèmes des jeunes qui sont de plus en plus attirés par l’alcool et la drogue… Dans ses prêches également, cheikh Koborsy prédit des événements. Il semble que le monde connaîtra des cataclysmes : des catastrophes naturelles certes, notamment des inondations et des séismes mais aussi des désastres générés par l’homme, comme le bogue de l’an 2000 et une troisième guerre mondiale…Cependant, ce ne sera pas la fin du monde, ce sont les signes précurseurs d’un nouveau début. Comme au temps de Noé, seuls quelques élus seront choisis, et une période de félicité régnera plus tard dans le monde entier. Cependant, tous ces prêches n’expliquent pas le mouvement de location des maisons à Sir Dennyé et ses environs. M. Dernaïka indique que beaucoup de disciples auraient mal interprété les prêches du cheikh Koborsy quand ce dernier avait évoqué des catastrophes naturelles. Et d’expliquer : «Il y a quelques mois, à Tripoli, cheikh Koborsy s’était penché sur la sécheresse au Moyen-Orient, une vérité scientifique». «De plus, au cours de ce séjour, il s’était rendu à Dennyé pour la première fois et il était tombé sous le charme du paysage», ajoute-t-il. Le doyen de la faculté de philosophie, tout comme le cheikh Ziad Sahib, responsable de la mosquée nakshbandite de Basta al-Tahta à Beyrouth, indique que «les prédictions se rapportant à la fin du monde ou à des catastrophes et qui sont attribuées au cheikh Koborsy ne pourraient être qu’une mauvaise interprétation de ses disciples». Ces disciples fournissent d’autres explications. Ils affirment que «ce sont les villes qui souffriront surtout des séquelles du bogue de l’an 2000 ou d’un quelconque dérèglement technologique (coupure de l’électricité ou de l’eau)». Il serait préférable donc de vivre dans des villages durant cette période. «Dans leur mouvement de panique, les citadins pourraient périr», indiquent-ils. Qui croire ? Des intellectuels modérés qui admirent profondément cheikh Koborsy ou des esprits passionnés en quête d’absolu et qui vivent mal une fin de siécle matérialiste ? Seul le cheikh Koborsy, qui séjourne actuellement dans sa résidence de Chypre, pourrait répondre à des questions que se posent certains Libanais.
Actuellement, les Nakshbandites, disciples de cheikh Koborsy, possèdent un site sur le Wide World Web. La branche nakshbandite dont le cheikh est responsable présente des ramifications aux quatre coins du globe, au point que certains la surnomment «l’entreprise religieuse la plus réussie de cette fin de siècle». Le cheikh, dont la résidence est située à Lekfe dans la République turque de Chypre, grâce à ses voyages ou à ses représentants à l’étranger, entretient des contacts avec des adeptes basés hors du Moyen-Orient. Ses disciples vivent au Canada, au Royaume-Uni, au Kenya, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Autriche, en Afghanistan, en Argentine, en Guadeloupe, en Indonésie, à Brunei, en Malaisie, au Japon, au Pakistan, à Singapour et dans toutes les villes importantes des États-Unis. Ils se...