Cent un points, quatorze essais! Les All Blacks ont été sans pitié pour l’Italie, atomisée (101-3), lors de la troisième journée de la Coupe du monde, jeudi à Huddersfield. On jouait les arrêts de jeu. Une longue clameur est montée des travées du stade d’Huddersfield, planté en bordure de cette ville industrielle du nord de l’Angleterre, baignée par un temps gris et froid. Bonheur suprême pour les nombreux supporteurs des All Blacks. Après quatorze essais, leur équipe favorite venaient de passer le cap des cent points, grâce à une transformation de Tony Brown. Une fois la mi-temps atteinte sur le score de 51 à 3, la question affleurait d’ailleurs sur toutes les lèvres. Les All Blacks franchiraient-ils la barre des 100 points pour la deuxième fois en Coupe du monde, quatre ans après le succès record sur le Japon (145-17) Impressionnants de maîtrise, de puissance et de vitesse, ils ont ménagé le suspense jusqu’à la dernière minute, face à des Italiens qui encaissent cent un points pour la deuxième fois en quatre mois. Précédente «raclée» 101-0 lors du second test-match de la tournée en Afrique du Sud, le 19 juin dernier. Lomu finit n° 8 L’adversaire, limité dans tous les domaines, a permis aux Néo-Zélandais de soigner leurs enchaînements. Ainsi, au gré des avancées du pack, des fixations de Daryl Gibson, des percées de Jeff Wilson et de la réussite du buteur Tony Brown (36 points dont 1 essai), les All Blacks ont franchi les dizaines de points allègrement. Ils ont profité de cet exercice grandeur nature pour tester quelques options. Jonah Lomu, auteur d’un essai sur son aile, a ainsi terminé le match en troisième ligne centre, à la place de Taine Randell. Avant la sortie de son capitaine, il avait d’ailleurs inscrit un véritable essai de n° 8, ramassant la balle derrière une mêlée, avant de franchir la ligne (58e). Au milieu d’un match sérieux, les All Blacks ont souligné les carences énormes de l’Italie qui fera son entrée dans le Tournoi des six nations, en février prochain. Hormis en tout début de match, la Squadra a été inexistante sur le plan offensif, et contrainte de défendre pendant quatre-vingts minutes. Le tableau est noir. L’Italie, déjà battue par l’Angleterre (67-7) et les Tonga (28-25) quittent la Coupe du monde sans le moindre succès. Les All Blacks bénéficieront eux de dix jours de répit avant leur quart de finale, programmé le 24 octobre à Murrayfield, vraisemblablement face à l’Écosse. En attendant de se remettre au travail avec quelques certitudes supplémentaires, les Néo-Zélandais iront passer quelques jours à Cannes, au soleil de la Côte d’Azur. L’Afrique du Sud travaille loin de l’agitation Pendant que d’autres prétendants au titre «s’arrachent» pour décrocher leur qualification pour les quarts de finale ou les barrages, l’Afrique du Sud travaille sereinement pour conserver la Coupe du monde conquise en 1995. Arrivés le 24 septembre à Édimbourg, les Springboks ont passé la première partie de la Coupe du monde en Écosse. Loin du tumulte provoqué par les matches-phare, comme Angleterre-Nouvelle-Zélande, le 9 octobre. Les champions du monde en titre ont virtuellement assuré leur qualification pour les quarts de finale dès leur premier match face à l’Écosse, battue (46-29) le 3 octobre à Murrayfield. Depuis, ils travaillent dans la fraîcheur de l’Écosse, en prévision de leur quart de finale du 24 octobre au Stade de France, vraisemblablement face à l’Angleterre. Les titulaires ont même été mis au repos pour le match face à l’Espagne (47-3) le 10 octobre. Ils feront tous leur entrée face à l’Uruguay vendredi, y compris le demi d’ouverture Henry Honiball, contraint de déclarer forfait pour les tri-nations ainsi que pour le match d’ouverture en raison de deux blessures. «C’est le travil collectif qui fait l’équipe et non les performances individuelles», souligne l’entraîneur Nick Mallett. Conquête, conservation du ballon, défense : avec ou sans opposition, les Boks ont révisé leurs classiques pendant dix jours. Anonymat et stades vides Si cet éloignement géographique et la tranquillité morale de la qualification acquise ont permis un travail serein, en revanche les champions du monde se sentent un peu loin de «l’épicentre» de la Coupe du monde. La ferveur du mondial n’a pas gagné l’Écosse. Le match face à l’Espagne s’est joué devant des banquettes vides à Murrayfield, et seuls 4 000 spectateurs ont réservé leur billet pour la rencontre face à l’Uruguay vendredi à Glasgow. «Il y avait une ambiance électrique lors de notre match face à l’Écosse. Même chose quand l’Angleterre a affronté la Nouvelle-Zélande ou quand l’Irlande a joué face à l’Australie à Lansdowne Road. Mais, en fait, les gens ne vont pas voir les matches si leur équipe ne joue pas». Alors les Springboks, emblême de toute l’Afrique du Sud, encouragés par 15 000 de leurs supporteurs lors de leur premier match, s’habituent à l’anonymat. Aux entraînements sans curieux et aux matches devant des banquettes vides. «Cela coûte très cher de venir voir des matches de Coupe du monde, insiste Nick Mallett. Je ne sais pas à quoi correspondent les salaires ici, mais si une famille avec des enfants veut aller voir une rencontre, cela coûte 100 livres». Pour améliorer l’ambiance, Nick Mallett suggère même de laisser entrer les enfants gratuitement. «Les joueurs préfèrent jouer devant des stades pleins», estime-t-il. L’angoisse du stade vide va rapidement disparaître. Une fois passé le match face à l’Uruguay, les Springboks vont se focaliser sur leur quart de finale, face aux Anglais. Ils seront enfin au centre de la Coupe du monde. L’Écosse, déjà loin du Tournoi, mais pas encore dans la Coupe Le coach écossais Jim Telfer avait sûrement rêvé d’une tournée d’adieu plus réussie : joueurs blessés, stades presque vides, jeu brouillon, virus, l’Écosse galère depuis le début de ce Mondial, et le souvenir de sa victoire dans le Tournoi des cinq nations s’éloigne peu à peu. Il y avait déjà eu quelques signes avant-coureurs : une défaite à domicile contre les Argentins, cet été, en l’absence de deux joueurs-clés, l’ouvreur Greg Townsend, épuisé par ses miracles à répétition dans le Tournoi, et le centre John Leslie, qui honorait son contrat avec Sanix, au Japon. Puis le vénérable Alan Tait s’était tordu la cheville en septembre. Dans le premier match de ce Mondial, la défaite contre les Springboks (46-29) n’était pas inquiétante en tant que telle : comme souvent dans les grandes occasions, les Écossais avaient répondu présent, dans un match très intense. Mais ils avaient perdu John Leslie, victime d’une entorse à la cheville. Leur meilleur Kiwi a finalement été obligé de déclarer forfait, mercredi, pour le reste du tournoi. Le match suivant, contre l’Uruguay, aurait dû leur permettre de se rassurer, il n’en a rien été. Pris à leur propre jeu, les partenaires de Gary Armstrong, qui souffre du dos, n’ont pas fait grosse impression (43-12). Pour faire bonne mesure, trois joueurs ont été pris de coliques cette semaine, Paul Burnell, George Graham et Alan Tait, victimes d’un mystérieux virus. Murrayfield sonne creux Telfer continue à faire bonne figure, mais il a quand même dû faire 13 changements pour le dernier match de poule, contre l’Espagne. Un match pour lequel la location ne bat pas son plein, loin de là, comme pour tous ceux du groupe A sauf celui contre les Springboks. Le week-end dernier, il y avait moins de 10 000 spectateurs à Murrayfield pour Écosse-Uruguay, et 4 000 pour voir l’Afrique du Sud contre l’Espagne. «Nous n’avons pas l’impression de participer à cette Coupe du monde, nous sommes un peu isolés dans notre coin», regrette Telfer, conscient que le prix des places est très élevé – de 18 à 50 livres – pour des matches de poule sans grand suspense. Pendant ce temps, les organisateurs du Mondial (RWC) et la Fédération écossaise (SRU) se renvoient la responsabilité du fiasco. Les rues d’Édimbourg ne débordent pas de souvenirs et de maillots de rugby, rien à voir avec la frénésie galloise ou anglaise. Malgré leur victoire dans le Tournoi, les Écossais ne faisaient pas partie des favoris de cette Coupe du monde, et leurs deux premières prestations n’ont pas fait remonter leur cote chez les bookmakers. Reste que les Écossais vont sûrement se qualifier pour le prochain tour, avec au programme un repêchage délicat contre l’Argentine ou les Samoa, puis éventuellement un quart encore plus délicat contre les All Blacks. L’idéal, ou presque, pour motiver Telfer, les joueurs... et les spectateurs.
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