L’Ingouchie a souhaité hier être autorisée à ouvrir ses frontières pour laisser partir vers d’autres régions de Russie des dizaines de milliers de réfugiés tchétchènes qui s’entassent dans cette république du Caucase, fuyant les bombardements russes. Quelque 150 000 déplacés de Tchétchénie se trouvaient hier en Ingouchie, selon les derniers chiffres du ministère ingouche des Situations d’urgence. Le président ingouche Rouslan Aouchev avait évalué le nombre de réfugiés à près de 112 000 hier matin. Les forces stationnées aux frontières de cette république ont reçu la consigne de Moscou de ne pas laisser passer les réfugiés au-delà des frontières de l’Ingouchie, officiellement pour éviter que des «terroristes» ne s’infiltrent parmi les déplacés. Selon Moscou, les auteurs des attentats meurtriers qui ont fait 293 morts en Russie depuis le 31 août se sont réfugiés en Tchétchénie. Une autre justification de cette mesure est peut-être aussi le fait que Moscou souhaite rapidement renvoyer les déplacés dans les «zones libérées» par l’armée russe dans le nord de la Tchétchénie pour susciter l’émergence d’un république plus «docile» que celle dirigée par le président Aslan Maskhadov. «Nous attendons une délégation officielle de Moscou. La seule décision sage à prendre est d’ouvrir les frontières et de laisser passer les réfugiés au- delà de l’Ingouchie. Si cela n’est pas fait, aucune aide humanitaire ne nous sauvera», a déclaré un responsable du ministère ingouche des Situations d’urgence, Moussa Akhriev. «Ce n’est pas entièrement judicieux de maintenir autant de personnes dans un seul et même endroit», a reconnu hier le vice Premier-ministre russe chargé des questions sociales, Valentina Matvienko, en tournée dans la région. Les autorités ingouches prévoient qu’il y aura 400 000 réfugiés dans les jours à venir alors que la petite république, l’une des plus pauvres de la Fédération de Russie, compte seulement 360 000 habitants. «Nous sommes tout simplement asphyxiés et nous ne pouvons pas fournir à ces gens tout ce dont ils ont besoin. Nous n’avons pas assez de nourriture, notamment de produits pour bébé, pas assez de tentes dans lesquelles les réfugiés pourraient être hébergés temporairement», a déclaré hier le président ingouche Rouslan Aouchev. Quatre-vingt-quinze pour cent des déplacés sont des femmes et des enfants qui fuient les bombardements russes, quasi quotidiens depuis le 5 septembre dernier sur la république rebelle. Selon leurs témoignages, et contrairement aux affirmations russes, les bombardements frappent de façon indiscriminée tout le territoire tchétchène. «Avant, c’étaient les villages où se trouvaient des combattants qui étaient bombardés. Maintenant, les Russes ne savent pas où ils se trouvent et ils bombardent tout. La guerre sera cruelle, voilà pourquoi on évacue les femmes et les enfants», confie l’un des déplacés, Mourat Dombaïev. «Nous avons pris des chemins détournés. Les routes sont bombardées. Je suis de Chali. Je ne veux pas que ma famille souffre parce que Bassaïev (Chamil, chef de guerre tchétchène) est né dans le village voisin», explique Khamid, 53 ans. Les déplacés ne peuvent passer en Ingouchie qu’à un seul endroit, distant d’une vingtaine de km de la principale ville du pays, Nazran, et ils doivent marcher à pied jusqu’à cette localité. L’épouse du président tchétchène Aslan Maskhadov, Oussami Maskhadova, a elle aussi quitté la république et se trouvait hier en Géorgie, seul pays autre que la Russie ayant une frontière avec la Tchétchénie, pour tenter d’obtenir une aide humanitaire pour son pays, a indiqué la présidence tchétchène à Grozny.
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