Goskin Sipahioglu, Ralph Morse, Christian Simonpietri, John Morris : le festival de Perpignan (sud de la France) Visa pour l’image a convoqué les «grands ancêtres» du photojournalisme comme pour conjurer les menaces pesant sur un métier à l’avenir plus que jamais incertain. Au moment où la pression s’accentue sur les photographes de presse – multiplication des procès pour le droit à l’image, irruption des grandes banques d’images en ligne, difficultés toujours accrues à être publiés –, Visa a choisi pour sa 11e édition (jusqu’au 12 septembre) de revenir aux sources mêmes de cette profession avec plusieurs rétrospectives saisissantes. Goskin Sipahioglu propose ainsi sous les voûtes de la chapelle Saint-Dominique une remarquable sélection de son travail jusqu’en 1969, date à laquelle il fonda l’agence Sipa. De l’Albanie à Mai 68 en passant par la Chine de Mao, le Vietnam, la guerre arabo-israélienne de juin 1967, mais aussi Brigitte Bardot débarquant aux États-Unis, ses images directes et naturelles rendent compte d’une atmosphère et racontent une histoire avec une tranquille évidence. Sur les mêmes cimaises, le photographe américain Ralph Morse, qui travailla pour le magazine Life dès 1942, déploie toute l’étendue de son talent éclectique. Aucun sujet ne l’a laissé indifférent, du base-ball à la conquête spatiale en passant par la France de la Libération. Il s’intéresse au retour d’un prisonnier français dans son village avant d’inventer quelques années plus tard des dispositifs spéciaux pour filmer les lancements de fusée. Images chocs Le travail du Français Christian Simonpietri est souvent associé à une image qui fit le tour du monde et poursuit encore son auteur : celle d’un homme tué à coup de baïonnette devant la foule par un officier ennemi pendant la guerre du Bangladesh. Une rétrospective au Couvent des minimes, centre névralgique du festival, rend hommage à l’ensemble de sa carrière avec des photos du Vietnam, de la guerre d’octobre 1973, du Nicaragua ou de la Turquie. John Morris, qui donnait une conférence à Perpignan, incarne à lui seul toute la mémoire et l’aventure prestigieuse du photojournalisme américain. Il a en effet été éditeur photo de Life, notamment au moment du Débarquement en 1944, ainsi que du New York Times et de l’agence Magnum. Son meilleur ami était Robert Capa, il a vendu les reportages d’Henri Cartier-Bresson, et a été l’exécuteur testamentaire d’Eugene Smith. Aujourd’hui, il regrette que les photographes n’aient plus assez d’espace dans la presse et s’inquiète de la «recherche systématique des images chocs» qui ont tendance à cacher «tout ce qui passe dans le monde». Des images chocs, il n’en manque pas sur les murs de la trentaine d’expositions de Visa où s’étalent photos de famine, de détresse absolue et de guerre. Mais cette horreur à répétition, où l’Afrique se taille tristement la part du lion, n’est pas sans provoquer une certaine lassitude. On aimerait parfois que les photographes prennent la peine de nous compter une histoire comme Benoît Gysembergh qui a retrouvé les «muchachos» sandinistes côtoyés il y a vingt ans et montre avec émotion et simplicité que les «héros de la révolution» n’ont guère étaient payés de retour.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Goskin Sipahioglu, Ralph Morse, Christian Simonpietri, John Morris : le festival de Perpignan (sud de la France) Visa pour l’image a convoqué les «grands ancêtres» du photojournalisme comme pour conjurer les menaces pesant sur un métier à l’avenir plus que jamais incertain. Au moment où la pression s’accentue sur les photographes de presse – multiplication des procès pour le droit à l’image, irruption des grandes banques d’images en ligne, difficultés toujours accrues à être publiés –, Visa a choisi pour sa 11e édition (jusqu’au 12 septembre) de revenir aux sources mêmes de cette profession avec plusieurs rétrospectives saisissantes. Goskin Sipahioglu propose ainsi sous les voûtes de la chapelle Saint-Dominique une remarquable sélection de son travail jusqu’en 1969, date à laquelle il fonda...