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Actualités - Opinion

Passez le sucre !

C’est un peu comme la main de fer dans un gant de velours, en plus machiavélique encore, la recette consistant tout simplement à mettre beaucoup de miel dans le venin : de cet art peu commun qui consiste à menacer froidement l’adversaire tout en le portant aux nues, à lui mettre le couteau à la gorge dans le même temps qu’on le couvre de fleurs, Ehud Barak s’est livré ces derniers jours à une magistrale démonstration. Voici quelques-unes de ses déclarations les plus lourdes de sous-entendus : • «Il faut conclure des accords avec les leaders historiques du Proche-Orient comme Assad et Arafat ; ils ont façonné leur pays ou moulé leur peuple, et ont cette sorte d’autorité et de perspective qui leur permet de prendre des décisions difficiles». Si Ehud Barak n’a pas caché, dans d’autres propos, sa commisération pour Arafat «qui sait bien qu’il n’obtiendra pas tout ce qu’il réclame», il a invariablement fait part de son admiration pour la personne du chef de l’État syrien ; mais sous les flots d’encens paraît percer, cette fois, ce peu équivoque message : vous êtes forts chez vous, d’accord, mais nul n’est à l’abri de la vieillesse ou de la maladie ; et il n’est pas dit que vos successeurs se verront offrir les mêmes opportunités ou qu’ils pourront imposer chez eux les douloureux compromis qu’implique nécessairement tout accord de paix … • «Le terrorisme au Liban-Sud pourrait bloquer le processus de paix avec la Syrie ; c’est pourquoi Assad et moi-même avons un même intérêt à y mettre fin». C’est bien la première fois que le chef du gouvernement israélien établit un lien direct entre ces deux éléments du dossier ; mais il se garde bien d’exiger, du moins à ce stade, le gel de la résistance préalablement à toute reprise de la négociation, lui qui ne cesse en effet de reprocher à la Syrie de poser des préconditions. Barak, quant à lui, se dit prêt à discuter de tout: de «tout» sauf de l’essentiel, c’est-à-dire Jérusalem, le retour aux frontières de 1967, celui des réfugiés palestiniens dans leurs foyers et le démantèlement des colonies juives ! Ce qu’a voulu sans doute souligner Barak, c’est que si les pourparlers syro-israéliens devaient un jour être «bloqués» du fait des activités du Hezbollah, ce sont les intérêts syriens qui en souffriraient le plus : Israël, alors, se sentirait en droit de sévir durement au Liban, dans le noble objectif de «sauver» le dialogue de paix ; voilà qui ne manquerait pas d’embarrasser politiquement, au plus haut point, la Syrie, à supposer qu’elle soit elle-même épargnée par de telles représailles. • «Le retrait israélien du Liban-Sud interviendra d’ici à juillet de l’an 2000, et je ne conseille à personne d’attaquer le nord d’Israël lorsque nous nous retrouverons sur la frontière internationale». Si l’avertissement adressé au Hezbollah est des plus explicites, celui, savamment codé, destiné à Damas, n’est pas moins évident. Barak, il est vrai, s’est irréversiblement engagé auprès de sa propre opinion publique à «ramener les gars à la maison» dans les délais fixés ; de même, il s’est dit convaincu que le dialogue avec la Syrie n’est plus l’affaire que de quelques semaines et qu’un règlement devrait intervenir avant la fin de l’an 2000 ; mais sur le point de savoir si le Liban-Sud sera évacué même en l’absence de toute entente avec les Syriens (une éventualité qu’on ne saurait exclure), le leader travailliste fait le mystère. Bien sûr, la perspective d’un tel retrait unilatéral inquiète les généraux d’Israël car il mettrait à portée de Katioucha des localités de Galilée qui n’ont jamais expérimenté les descentes en catastrophe dans les abris : d’où la mise en garde de Barak au Hezbollah. C’est surtout pour Damas, toutefois, que l’échéance de juillet 2000 est chargée de périls. En s’assurant de la totale coopération de l’État libanais, en usant du Hezbollah sans trop directement s’exposer eux-mêmes, les Syriens ont réussi, ces dernières années, à lier d’indissociable manière le Liban-Sud et le Golan ; et c’est ce superbe édifice diplomatico-militaire, assemblé avec patience et pugnacité, qui s’écroulerait, si seul le Sud venait à être évacué, faute d’une entente adéquate avec Israël. Non seulement la Syrie aurait alors perdu un précieux et bien commode moyen de pression sur l’ennemi ; non seulement l’État libanais serait bien obligé de reprendre possession – tout aussi unilatéralement – de son bien, puisqu’il n’a cessé de réclamer à cor et à cri la mise en application de la résolution 425 de l’Onu ; mais la Syrie se verrait soudain acculée à choisir, des deux maux, le moindre : veiller (et gratuitement qui plus est, c’est-à-dire sans la moindre contrepartie sur le Golan) au maintien du calme à la frontière libano-israélienne, ne serait-ce qu’en coupant les lignes de ravitaillement d’un Hezbollah qui aurait techniquement atteint son objectif de libération ;ou bien jouer l’instabilité à la frontière, avec tous les risques militaires évoqués plus haut. * * * Ces scénarios-catastrophe, c’était le bâton libanais ; mais notre pays peut aussi être transformé à loisir en une carotte bien juteuse, et c’est dire la place centrale qui lui est dévolue dans une négociation de paix dont il ne participe pas à tous les volets. Ainsi, vient de révéler la presse de Tel-Aviv, «la question du Liban» est l’un des quatre points sur lesquels Israël souhaiterait conclure des accords de principe avec la Syrie, avant même la reprise des négociations suspendues en 1996, les trois autres étant : les arrangements de sécurité sur le Golan, les relations futures et le régime des eaux au Proche-Orient. La «question du Liban», on l’aura compris, cela peut aller de l’avenir de la présence syrienne dans le pays à celui des centaines de milliers de réfugiés palestiniens qui y sont installés, en passant par une multitude d’autres dossiers. Dans le maigre vocabulaire diplomatique libanais, l’implantation a détrôné la 425 et c’est somme toute normal ; ce qui l’est moins, c’est la coupable inconscience d’une classe politique trop occupée à suivre les péripéties de la querelle Hoss-Hariri et à débattre du sexe des patrons de services et autres préposés aux écoutes téléphoniques – ou bien alors de l’immunité parlementaire et du prochain découpage électoral – pour s’alarmer haut et clair des pièges de la paix.
C’est un peu comme la main de fer dans un gant de velours, en plus machiavélique encore, la recette consistant tout simplement à mettre beaucoup de miel dans le venin : de cet art peu commun qui consiste à menacer froidement l’adversaire tout en le portant aux nues, à lui mettre le couteau à la gorge dans le même temps qu’on le couvre de fleurs, Ehud Barak s’est livré ces derniers jours à une magistrale démonstration. Voici quelques-unes de ses déclarations les plus lourdes de sous-entendus : • «Il faut conclure des accords avec les leaders historiques du Proche-Orient comme Assad et Arafat ; ils ont façonné leur pays ou moulé leur peuple, et ont cette sorte d’autorité et de perspective qui leur permet de prendre des décisions difficiles». Si Ehud Barak n’a pas caché, dans d’autres propos, sa...