Dans le Moyen-Orient, le Liban est à la pointe de la production audiovisuelle. Cette activité, principalement axée autour des films publicitaires, connaît une prospérité que beaucoup d’industries sont en droit de lui envier. Même si tout cela n’est pas si simple, dans un contexte économique en pleine récession, l’activité audiovisuelle est en pleine effervescence. Le Liban concentre la majeure partie de la production audiovisuelle de toute la région. Bon nombre de sociétés de production travaillent à la fois pour des clients libanais d’un côté, et arabes du Golfe de l’autre. Cette double clientèle permet aux professionnels libanais de diversifier leurs activités et leurs sources de revenus. Mais pour pouvoir proposer un service de qualité, les sociétés libanaises de production se doivent de mettre «les petits plats dans les grands», en investissant des sommes faramineuses. Qu’est-ce que la production audiovisuelle ? Pour les néophytes, la production audiovisuelle est un concept un peu flou. Ce secteur demande à la fois des éléments humains de qualité, mais aussi des machines fiables et à la pointe de la technologie. Produire un film publicitaire nécessite une très grosse machinerie. La gestation d’un film de trente secondes peut prendre des mois. La préparation, plus ou moins longue et donc réussie, demande l’intervention de créatifs et de dessinateurs pour le story-board du film. Une fois le projet accepté par le client, la machine se lance. Il faut pour le producteur réunir différentes compétences humaines : réalisateur, chef opérateur, directeur artistique, maquilleur, coiffeur, éclairagiste, ébéniste, décorateur... La liste est longue, mais le résultat en dépend. Une fois le tournage terminé, la postproduction commence avec le développement des films de 35 mm ou de 60 mm qui se fait à l’étranger, car aucun laboratoire n’existe à Beyrouth dans ce domaine, et les différents effets spéciaux puis enfin le montage... Sans oublier le son qui doit être impeccable. Cette activité demande donc aux producteurs de fournir des services très professionnels. Le facteur humain rentre évidemment en compte car, si belle soit-elle, une machine ne peut fonctionner sans un bon technicien. La production audiovisuelle se divise en plusieurs secteurs. Au Liban, le plus dynamique est sans conteste celui du film publicitaire pour la télévision. Certaines sociétés se diversifient aussi dans les films institutionnels et d’entreprise, les documentaires et, plus rarement, vers le cinéma Des infrastructures en évolution Ainsi, les sociétés de production n’ont pas hésité à s’équiper en plateaux de tournage vastes et multifonctionnels. Jean-Pierre Sikias, directeur de Laser Films, a fait ce choix : «Nous avons un grand plateau équipé, disponible à Beyrouth. Il se trouve à Dora et fait en totalité avec ses dépendances près de 2 000 m2. Nous y réalisons nos films et proposons ses facilités à la location. C’est une double manière de rentabiliser notre investissement». D’autres confrères ont également choisi de construire des locaux regroupant à la fois des plateaux de tournage, de casting, et des ateliers pouvant accueillir ébénistes et électriciens pour les besoins du décor. C’est le cas de la société Talkies, dont le directeur, Gabriel Chamoun, se félicite de proposer à ses clients des «services intégrés qui comprennent les plateaux, l’éclairage, les caméras, les studios de montage et de son ainsi que les accessoires». Même son de cloche chez Signature où le directeur, Nabil Issa, considère qu’une «entreprise de production audiovisuelle se doit de fournir des services complets à ses clients». La société City Films a opté pour le même principe. «La centralisation de toute la chaîne de production permet de ne pas trop se disperser, explique Marc Hadifé. Notre studio de 200 m2 et nos trois régies sont suffisants pour notre activité. Ce qui compte, c’est la qualité des machines que l’on a et pas leur nombre. Il est facile de faire croire que l’on est une entreprise prestigieuse en alignant une dizaine d’ordinateurs et de tables de mixage. Il faut se méfier des apparences», fait-il remarquer. Une autre entreprise se démarque de ses consœurs. En effet, Intaj a choisi une option différente: elle loue le matériel dont elle a besoin, selon la grosseur de la production. «Il me semble qu’il est plus sage de louer selon les besoins, affirme Youssef Ayoub. Pourquoi avoir un studio de 1 000 m2 quand on a besoin de 200 m2? Je crois que le pragmatisme dans ce cas est une bonne chose, surtout pendant les saisons mortes. En revanche, nous disposons en permanence d’un petit studio pour les castings. Auprès de nos clients, nous sommes des fournisseurs de services». Le facteur humain La production, ce sont des machines, mais aussi des hommes qui, par leurs choix, donnent une direction à leur entreprise et apportent un savoir-faire. Dans tous les domaines, les producteurs ont le choix de faire appel soit à des professionnels libanais, soit à des étrangers. Certains choisissent de faire confiance aux talents du pays, allant contre le sentiment d’infériorité vis-à-vis de l’étranger. Ainsi, Marc Hadifé considère que «le Liban regorge de professionnels de qualité, dans tous les domaines techniques qui touchent à la production. J’ai eu la chance de trouver des collaborateurs excellents, dès l’ouverture de mon entreprise. Cela ne m’empêche pas de faire appel à des étrangers, comme récemment le chef opérateur du Grand Bleu et celui des Nuits Fauves». Dans le même esprit, Nabil Issa, de l’entreprise Signature, a choisi de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier: «Nous travaillons avec des Libanais, ainsi qu’avec des étrangers, surtout pour la réalisation. Ils ont plus d’expérience que nous dans ce domaine et nous permettent d’atteindre nos objectifs de qualité». D’autres semblent plus partagés. Même s’ils reconnaissent à leurs compatriotes certains talents, ils les trouvent souvent «trop généralistes». Ainsi, Gabriel Chamoun regrette devoir «faire appel à des directeurs photo ou des réalisateurs étrangers. Les Libanais ne sont pas assez pointus. Par exemple, il arrive de faire venir un spécialiste de soins du cheveu. C’est dans une optique de qualité». Marc Hadifé le rejoint sur un point : la qualité. Mais selon lui, «faire venir un réalisateur étranger ne provoque pas forcément la réussite du film. Il arrive que, sous prétexte de faire venir un étranger, on fait venir n’importe qui. C’est l’apparence qui compte». Youssef Ayoub met le doigt sur un autre problème : la formation en audiovisuel. « Les deux organismes libanais, l’Alba et l’Iesav, proposent sur le marché des jeunes compétents, mais très prétentieux. Ils sortent tout juste de l’université et veulent être directement réalisateurs. Il y a, dans ce métier, des étapes à franchir avant d’y arriver». Jean-Pierre Sikias est d’un tout autre avis : «Les jeunes qui sortent de ces écoles ont une bonne formation derrière eux. La preuve, nous en embauchons». Une concurrence à deux visages Dans ce domaine, les avis des professionnels sont partagés. Certains y voient une concurrence saine dans un marché ouvert et prospère. D’autres constatent beaucoup de «magouilles» et de manque de fair-play. Nabil Issa, de Signature, compare entre aujourd’hui et ses débuts en 1996 : «Ça a été difficile au début, mais cela est normal. Maintenant, c’est mieux, nous avons trouvé nos marques. Chaque entreprise fait son boulot, avec ses propres clients. Le marché semble aujourd’hui saturé et reste donc très compétitif», ce que confirme Youssef Ayoub. Celui-ci ajoute néanmoins qu’il ne «voit pas d’éthique dans ce métier, à l’image de la guerre des prix»... Jean-Pierre Sikias les contredit. Selon lui, «le marché n’est pas saturé. Il y a encore de la place pour d’autres maisons de production». Mais la guerre des prix semble tout de même avoir lieu, ce qui empoisonne les relations entre confrères. Gabriel Chamoun admet que «le marché est très compétitif au Liban. Comme dans tous les secteurs privés, les clients prennent des devis de chaque société. Si les marges se réduisent juste pour avoir un contrat, ce n’est pas intéressant pour nous. Mais parfois, nous avons une grosse motivation pour un film, alors nous mettons de côté l’aspect purement financier». Car oui, après tout, la production est aussi une affaire de gros sous. C’est ce que conteste Marc Hadifé : «Nous réalisons un très bon chiffre d’affaires. Mais ce n’est pas cela l’important. Je préférerai travailler sur des projets plus intéressants mais moins rentables, plutôt que de m’ennuyer parfois. De plus, certains clients trouvent parfois nos devis plus chers que certains concurrents. C’est vrai, mais le mien comprend toujours, entre autres, un directeur artistique. Chose normalement élémentaire dans cette profession, mais superflue au Liban. C’est une question de culture et d’éducation». Youssef Ayoub est d’accord sur ce point : «Le marché est restreint, mais une des contraintes à laquelle nous faisons face est l’incompréhension des clients vis-à-vis des impératifs de notre métier».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans le Moyen-Orient, le Liban est à la pointe de la production audiovisuelle. Cette activité, principalement axée autour des films publicitaires, connaît une prospérité que beaucoup d’industries sont en droit de lui envier. Même si tout cela n’est pas si simple, dans un contexte économique en pleine récession, l’activité audiovisuelle est en pleine effervescence. Le Liban concentre la majeure partie de la production audiovisuelle de toute la région. Bon nombre de sociétés de production travaillent à la fois pour des clients libanais d’un côté, et arabes du Golfe de l’autre. Cette double clientèle permet aux professionnels libanais de diversifier leurs activités et leurs sources de revenus. Mais pour pouvoir proposer un service de qualité, les sociétés libanaises de production se doivent de mettre «les...