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Actualités - Chronologie

La rue critique l'armée plus que la communauté internationale

L’armée indonésienne et sa domination dans la vie politique du pays, plus que la communauté internationale pour sa condamnation de l’Indonésie et son action au Timor-Oriental, sont la cible des manifestants qui descendent dans les rues de Djakarta. Le risque de réaction xénophobe et violente d’une population qui serait atteinte dans son sentiment national brandi par les autorités indonésiennes, ne s’est pas, tout au moins encore à ce jour, manifesté. Au contraire, les manifestations devant les ambassades d’Australie ou des États-Unis, avec escalade des grilles et incinération de drapeaux devant des soldats bienveillants, ont un caractère quasi rituel et officiel. En revanche, les manifestants qui protestent contre le rôle de l’armée et le projet de nouvelle loi de sécurité qu’ils jugent incompatible avec la démocratie sont plus nombreux et déterminés. Pourtant, dès l’annonce dimanche du président Jusuf Habibie donnant le feu vert à une intervention multinationale au Timor-Oriental, Dewi Fortuna Anwar, son proche conseiller, soulignait à qui voulait l’entendre les risques d’explosion xénophobe «d’une population indonésienne dont le sentiment nationaliste est exacerbé». Le même thème devait être ensuite repris à la tribune du Parlement mais apparemment sans grand succès dans l’opinion et ce en dépit de l’orchestration donnée par la télévision et les médias proches du pouvoir, notamment de sa composante islamique. Pour la deuxième journée consécutive hier, l’armée a ouvert le feu dans le centre de Djakarta tirant des coups de semonce pour disperser des manifestants protestant contre un projet de loi sur la sécurité. C’est la quatrième fois, en moins de 10 jours, que des manifestants descendent dans la rue pour protester contre le débat de ce texte draconien par l’Assemblée élue en 1996 sous le président Suharto qui doit être dissoute avant la fin du mois. Poussée par le général Wiranto, ministre de la Défense et commandant en chef, cette loi permet notamment au président indonésien de remettre tous les pouvoirs aux Forces armées sans avoir à en référer au Parlement. À chaque fois, les soldats sont brutalement intervenus contre les manifestants, essentiellement des étudiants, dont plusieurs ont été blessés et hospitalisés, certains atteints par des balles de caoutchouc durci et des dizaines appréhendés. Les forces de l’ordre sont, en revanche, restées les bras croisés lorsque de petits groupes de personnes, arrivées et reparties sans encombre en autobus, ont manifesté devant les ambassades des États-Unis et de l’Australie et en ont brûlé les drapeaux pour protester contre «les ingérences dans les affaires intérieures de l’Indonésie». Pour Mochtar Buchori, ancien doyen de la Faculté de droit et commentateur politique respecté, ces démonstrations sont le fait de «manifestants payés et ne visent que la consommation intérieure». «La question du Timor-Oriental n’a rien à voir avec le nationalisme, ajoute-t-il encore hier dans les colonnes du Djakarta Post, c’est la conséquence de la politique erronée» du président Suharto. Et Soedjati Djiwandono, professeur en sciences politiques et éditorialiste, concourt : «Il ne faut pas exagérer les manifestations contre de supposées ingérences intérieures et le public ne doit pas se laisser exploiter par le nationalisme mal placé des militaires et de l’élite politique qui cherchent à cacher ses erreurs et ses fautes».
L’armée indonésienne et sa domination dans la vie politique du pays, plus que la communauté internationale pour sa condamnation de l’Indonésie et son action au Timor-Oriental, sont la cible des manifestants qui descendent dans les rues de Djakarta. Le risque de réaction xénophobe et violente d’une population qui serait atteinte dans son sentiment national brandi par les autorités indonésiennes, ne s’est pas, tout au moins encore à ce jour, manifesté. Au contraire, les manifestations devant les ambassades d’Australie ou des États-Unis, avec escalade des grilles et incinération de drapeaux devant des soldats bienveillants, ont un caractère quasi rituel et officiel. En revanche, les manifestants qui protestent contre le rôle de l’armée et le projet de nouvelle loi de sécurité qu’ils jugent incompatible avec la...