La coopération et la bonne volonté des autorités indonésiennes nécessaires autant à la mise au point des modalités préalables à l’envoi d’une force multinationale au Timor-Oriental qu’à sa future action sur le terrain ne peuvent pas être considérées comme acquises, soulignaient plusieurs diplomates hier à Djakarta. La présence dans la version indonésienne du discours lu par M. Habibie, de la mention que la force internationale agira «de concert avec les Forces armées indonésiennes dans une coopération de sécurité» qui ne figure pas dans le texte anglais, a contribué à faire naître les interrogations. L’ambiguïté inquiète d’autant plus qu’elle concerne l’armée, directement accusée d’implication dans les massacres et atrocités en cours, et touche son rôle futur dans l’ancienne colonie portugaise. «Le diable se cache dans les détails», a mis en garde Sandy Berger le conseiller pour la sécurité nationale du président américain. Alors que Bill Clinton, de son côté, soulignait que l’Indonésie ne devait pas être mise en mesure de dicter ses conditions, notamment dans la composition de la force internationale. Le caractère d’extrême urgence de l’intervention fournit cependant un levier de choix aux autorités de Djakarta pour discuter des «détails», tels que la composition de la force, son mandat et le rôle des soldats indonésiens, dont elle peut faire traîner le règlement. La présence de plus de 100 000 Est-Timorais, dont beaucoup emmenés de force, sur le territoire indonésien – au Timor-Occidental mais aussi dans les îles désertiques de l’Est de l’Indonésie – peut également être utilisée comme moyen de pression. L’ambassadeur d’un pays musulman suggérait ainsi hier que les autorités indonésiennes pourraient assurer le libre accès des organisations humanitaires à ces déplacés en échange de l’assurance que l’idée de Tribunal international annoncée par Mary Robinson, le Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, sera abandonnée. Si, à Djakarta, les officiels indonésiens comme ceux des Nations unies soulignent que le président Habibie n’a posé «aucune condition», Dewi Fortuna Anwar, son conseiller pour les Affaires étrangères, a lourdement souligné que Djakarta s’attendait à ce que la majorité des troupes proviennent des pays asiatiques. Un message «fort et clair», selon l’expression d’un diplomate, pour que la participation de l’Australie soit réduite au minimum a été également passé à des chancelleries occidentales et asiatiques. Définition du mandat L’Australie doit servir de base arrière à la force multinationale et le gouvernement de Camberra a offert jusqu’à 4 500 soldats – dont 2 000 disponibles immédiatement. «Si l’Australie est mise sur la touche, explique un analyste militaire occidental, la logistique de l’opération devient beaucoup plus complexe et les délais pour l’arrivée sur le terrain des premiers détachements seront considérablement augmentés». La question de la définition du mandat de la force multinationale est particulièrement épineuse comme l’ont montré de précédentes opérations comme en Bosnie. Les Casques bleus seront-ils chargés de désarmer les milices, quelles seront les règles pour l’emploi de la force, comment sera-t-elle chargée de désarmer les milices par exemple et quelles seront les règles pour l’emploi de la force. «Cela pourrait être encore pire que lors des négociations avec le Fonds monétaire international», remarquait hier un diplomate asiatique. À trois reprises à la fin de l’année 1997 et au début de 1998, et alors que l’Indonésie s’enfonçait dans une crise économique majeure, le gouvernement de Djakarta ne signait des accords que pour en fouler au pied tant la lettre que l’esprit. «Peut-être, la leçon n’a pas été oubliée par la communauté internationale», a ajouté ce diplomate.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La coopération et la bonne volonté des autorités indonésiennes nécessaires autant à la mise au point des modalités préalables à l’envoi d’une force multinationale au Timor-Oriental qu’à sa future action sur le terrain ne peuvent pas être considérées comme acquises, soulignaient plusieurs diplomates hier à Djakarta. La présence dans la version indonésienne du discours lu par M. Habibie, de la mention que la force internationale agira «de concert avec les Forces armées indonésiennes dans une coopération de sécurité» qui ne figure pas dans le texte anglais, a contribué à faire naître les interrogations. L’ambiguïté inquiète d’autant plus qu’elle concerne l’armée, directement accusée d’implication dans les massacres et atrocités en cours, et touche son rôle futur dans l’ancienne colonie...