Heinz-Harald Frentzen (Jordan-Mugen Honda) ne s’attendait pas à remporter le Grand Prix d’Italie de Formule 1, hier à Monza. L’Allemand savait qu’il ne pouvait rien contre Mika Hakkinen et sa McLaren-Mercedes. Mais Frentzen ignorait que le Finlandais était victime d’une sorte de malédiction cette saison en Italie. Début mai à Imola, une erreur avait déjà coûté la victoire au champion du monde. Quatre mois plus tard à Monza, c’est encore une faute qui privait Hakkinen d’un succès facile. Trop facile peut-être. Pendant les vingt-neuf premiers tours en effet, le pilote McLaren semblait intouchable, battant et rebattant les records du tour. Derrière, seul Frentzen limitait l’écart. Huit secondes quand même à l’attaque du 30e tour. «Je suis vraiment désolé d’avoir commis une erreur. J’étais tranquille en tête, avec une avance confortable. Je suis rentré dans la première chicane que j’avais prise tout le week-end en deuxième vitesse et je me suis trompé. J’ai rentré la première, racontait Hakkinen. Les roues arrières se sont partiellement bloquées et je suis parti en tête-à-queue, moteur calé. Je suis furieux contre moi-même. Mais je suis sûr que ce sera ma dernière erreur de l’année». En pleurs La McLaren-Mercedes numéro 1 s’immobilisait sur l’herbe, contre le rail. Ivre de rage, le champion du monde jetait immédiatement son volant, s’extirpait de son cockpit. Puis, jetant ses gants, Hakkinen se dirigeait vers des buissons. Comme un gamin qui, pris en faute, se cache pour donner libre cours à sa peine à l’abri des regards. Hakkinen le froid, l’imperturbable, craquait cette fois. Le pilote s’effondrait en larmes. À genoux, en pleurs, le champion du monde était furieux contre lui-même d’avoir gâché une si belle occasion... Avant d’aller s’excuser auprès de son équipe, de ses mécaniciens. Au lieu de prendre le large dans la course au titre mondial, d’être seul sur sa planète, Hakkinen voit aujourd’hui trois rivaux croire un peu plus en leurs chances. Eddie Irvine (Ferrari) bien sûr, qui, en dépit d’une course anonyme et d’une modeste 6e place, profite de la situation pour rejoindre le Finlandais en tête du championnat. David Coulthard (McLaren-Mercedes) à douze points de son coéquipier, bien que décevant 5e derrière Rubens Barrichello (Stewart-Ford) et Mika Salo (Ferrari), respectivement 4e et 3e. « Tout peut arriver » Dimanche soir à Monza, Frentzen prenait conscience d’une situation nouvelle. «C’est inattendu. Mon but a toujours été le même, être le plus rapide possible à chaque course. Mais là, avec dix points seulement à trois courses de la fin de saison, tout peut effectivement arriver», déclarait l’Allemand de longues minutes après avoir franchi la ligne d’arrivée devant son compatriote Ralf Schumacher (Williams-Supertec). Et pris connaissance du classement exact. Aujourd’hui, Frentzen constitue peut-être le principal danger pour Mika Hakkinen. Comme depuis plusieurs semaines, Jordan-Mugen Honda a gravi encore un échelon à Monza. Dans le même temps, Ferrari a régressé. Et, à moins d’un incroyable sursaut, la Scuderia et Eddie Irvine ne paraissent pas en mesure d’inquiéter Hakkinen et McLaren-Mercedes. Pire même, les trois derniers Grands Prix pourraient être encore plus difficiles pour l’Irlandais et l’équipe italienne, avec le retour des Williams-Supertec, Ralf Schumacher et un Alessandro Zanardi retrouvant ses sensations. Mika Hakkinen, lui, va devoir «digérer» son cauchemar du 30e tour. Dans quinze jours au Nurburgring, aucun faux pas ne lui sera autorisé face à des adversaires à l’appétit aiguisé. Et notamment face à Frentzen qui, avec sa troisième victoire, la seconde cette saison, après une première déjà acquise en Italie, à Imola en 1997 avec Williams, se met à rêver... Déclarations Heinz-Harald Frentzen (All/Jordan-Mugen Honda, vainqueur) : «Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé mais j’ai vu Mika (Hakkinen) partir en tête-à-queue dans la première chicane et je me suis dit, – non, je ne peux pas le croire! –. Il avait sept secondes d’avance. Peut-être s’est-il déconcentré ou quelque chose comme ça. Au début, j’ai essayé de rester au contact de Mika et je ne pouvais pas malgré tous mes efforts. Mon seul problème est que j’avais prévu un ravitaillement tardif et je ne savais pas comment les pneus allaient tenir. J’ai donc essayé de les préserver un petit peu, mais j’ai vu que Ralf (Schumacher) revenait et j’ai recommencé à attaquer. La course au titre maintenant ? Je n’arrive pas à y croire et je n’attendais certainement pas à y être mêlé. Je veux être le plus rapide possible à chaque course et obtenir les meilleurs résultats. Je n’ai pas encore fait les calculs mais dix points c’est beaucoup pour moi. Mais bon, il reste trois courses. C’est la meilleure période de toute ma carrière en F1 et je suis vraiment heureux. D’autant que, je vous l’annonce ce dimanche, ma fiancée Tania est enceinte...». Ralf Schumacher (All/Williams-Supertec, deuxième) : «C’est mon meilleur résultat cette saison et je suis fier de l’obtenir à Monza. Les premiers tours ont été particulièrement chauds avec Salo et Coulthard qui essayaient de me dépasser. Je dois remercier mon coéquipier (Alessandro Zanardi) qui m’a rendu la tâche incroyablement facile en me laissant passer, ce qui m’a permis de faire ma course. Sans son aide, je pense que je n’aurais pas terminé deuxième. Alex et moi avons un accord selon lequel nous nous aidons si quelqu’un est plus rapide car nous pilotons pour permettre à l’équipe d’obtenir les meilleurs résultats. Il ne fait aucun doute que la FW21 a sensiblement progressé. Ce n’est plus du tout la même voiture qu’en Hongrie». Mika Salo (Fin/Ferrari, troisième) : «C’est un résultat incroyable après deux jours d’essais particulièrement difficiles. Arriver du fin fond du classement vendredi à la 3e place dimanche est formidable. Au départ, je n’ai pas pu passer Ralf Schumacher et j’ai ensuite tout fait pour ne pas me laisser distancer par lui, jusqu’à ce que son coéquipier le laisse passer. Ensuite Barrichello m’a dépassé car je ne pouvais pas doubler Zanardi. Je n’étais pas assez rapide en ligne droite. Heureusement, il y a eu un grand ravitaillement qui m’a aidé à obtenir ce résultat. C’est fantastique de se retrouver sur le podium et j’étais particulièrement ému devant tous les supporteurs italiens. Ma voiture était un peu mieux dimanche que les autres jours. Nous essayons de progresser. D’ailleurs, nous testerons quelques petites nouveautés cette semaine». Rubens Barrichello (Bré/Stewart-Ford, quatrième) : «Je voudrais dédier cette course à Gonzalo Rodriguez, que nous avons perdu samedi au cours des qualifications de la course de CART à Laguna Seca. C’était un bon copain et un vrai combattant. J’ai longtemps pensé à lui avant la course. Je suis satisfait du résultat obtenu dimanche. La voiture était bonne et elle m’a permis de piloter agressivement. Pendant un moment, il a manqué peu de chose pour terminer sur le podium mais nous avons perdu un peu de temps lors du ravitaillement». David Coulthard (G-B/McLaren-Mercedes, cinquième) : «Un week-end difficile ! J’ai eu des problèmes à trouver le bon équilibre de la voiture. Les quelques embardées que j’ai faites prouvent à quel point la course a été difficile pour moi. Alors, dans ces conditions, je dois être content des deux points». Eddie Irvine (G-B/Ferrari, sixième) : «J’ai été un peu prudent au départ car je savais qu’il était vital pour moi de terminer. Cela m’a coûté une ou deux places. Les changements effectués sur la voiture nous ont permis d’être plus rapides en vitesse de pointe, mais cela n’allait pas dans les chicanes. Au final, je marque un point et mon adversaire aucun. Maintenant, nous allons sur des circuits qui conviennent un peu mieux à nos voitures et cela nous mettra en position plus favorable pour nous battre pour la victoire. Maintenant nous devons travailler, travailler et travailler encore».
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