Le président indonésien Jusuf Habibie n’est pas hostile à l’indépendance du Timor-Oriental mais il doit faire face à une situation aussi complexe et explosive que la France lors de l’accession de l’Algérie à l’indépendance, a estimé hier le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine. «Tous les grands pays qui se sentent révoltés, horrifiés par ce qui se passe au Timor agissent ensemble en ce moment et exercent toutes les pressions possibles sur les autorités civiles et militaires, je dis bien civiles et militaires, de l’Indonésie pour qu’elles exercent leurs responsabilités au titre de l’accord passé avec l’Onu, c’est-à-dire rétablir la sécurité au Timor avant de reprendre la procédure conduisant le Timor à l’indépendance», a-t-il dit sur RTL. Il a fait valoir cependant que le président Habibie «a accepté le principe du référendum sur l’indépendance : on n’a pas affaire à un président qui a tout fait pour empêcher l’accession à l’indépendance, c’est exactement l’inverse». «C’est le vote de l’indépendance qui a déclenché une sorte de réaction OAS puissance dix dans ce territoire de la part des Indonésiens qui s’y sont installés depuis des années, qui ne veulent pas lâcher leurs maisons et qui à travers les milices (...) réagissent par une politique de massacres et de terre brûlée», a-t-il ajouté, en faisant allusion à l’Organisation de l’armée secrète (OAS), auteur d’attentats sanglants au début des années 1960 contre l’indépendance de l’Algérie. Hubert Védrine a relevé aussi que ces milices «ont des liens avec la partie de l’armée qui est à Timor, mais il ne semble pas que ce soit la position du chef d’état-major et du ministre de la Défense qui est à Djakarta». «Donc la situation est en train d’échapper à l’Indonésie», a conclu le chef de la diplomatie française. Il a réaffirmé que la France était prête à soutenir une force d’interposition au Timor, dont l’Australie, voisine, formerait le cœur, mais à condition que les conditions en soient réunies aux Nations unies. «Pour l’instant, cela bute sur le fait que le président indonésien, qui sans doute aurait intérêt à donner cet accord, ne le peut pas parce que son pouvoir est extrêmement faible, que l’armée a depuis le début contesté l’idée du référendum qui conduisait à l’indépendance et a une réaction en faveur des Indonésiens installés au Timor», a souligné le ministre. «On peut comprendre cela par analogie», a-t-il dit, en évoquant de nouveau la fin de l’Algérie française. «Il faut exercer une pression convergente et qui débloque cette situation du pouvoir à Djakarta si possible sans faire tomber le président Habibie, ce qui serait peut-être la conséquence d’une position mal ajustée et je ne sais pas ce que nous aurions à gagner si nous avions affaire à un chef militaire plus dur que l’actuel chef d’état-major», a dit Hubert Védrine.
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