La bataille pour une alliance avec le Crédit commercial de France (CCF) est bel et bien lancée entre trois groupes financiers européens, le suisse Swiss Life, le belge KBC et le néerlandais ING, même si la forme de cette alliance reste encore à définir. À l’heure où les paysages bancaires français et européen connaissent une recomposition de grande ampleur, la sixième banque française est une des dernières proies potentielles dans l’Hexagone. Une proie attractive, dont le bénéfice net a bondi de 33,6 % à 227 millions d’euros au premier semestre. Trois groupes financiers européens ne s’y trompent pas, qui ont grignoté depuis le début de l’année de substantiels pourcentages du capital du CCF : le groupe batave de services financiers ING, le bancassureur flamand KBC et l’assureur helvétique Swiss Life. Swiss Life, partenaire ancien du CCF, en détient 14,6 % du capital et 19,42 % des droits de vote, ING a porté le 26 août sa participation à 18,6 % et 18,3 % des votes et KBC a riposté à son concurrent néerlandais en annonçant une montée en puissance dans le capital à 218,18 %, soit 15,41 % des votes. Sans dévoiler leurs projets, les trois groupes prennent actuellement position dans une bataille dont ils ne sortiront pas nécessairement tous vainqueurs. en août, ING a prédit que les trois actionnaires devraient négocier le futur du CCF à un moment ou à un autre. Des rumeurs ont circulé que KBC allait vendre sa participation dans le CCF au néerlandais. Le président de KBC, Remi Vermeiren, a nettement réfuté jeudi à cet égard «des rumeurs inventées de toutes pièces». «Il n’y a pas de négociations avec ING», a-t-il lancé, jugeant à l’inverse «certainement envisageable» une alliance entre son groupe et Swiss Life dans le dossier du CCF. Sans être très précis, M. Vermeiren a ajouté que KBC n’excluait pas à l’avenir une offre publique d’échange pour contrôler le CCF, même si le prix bas de l’action KBC (52,25 euros jeudi) ne plaide pas actuellement en ce sens. L’appétit des prédateurs semble tel que, pour la première fois, le CCF a évoqué jeudi la possibilité d’un partenariat. «Le CCF a clairement une préférence pour son indépendance, mais il n’en résulte pas que nous excluons de nous associer éventuellement à un autre projet qui serait encore plus créateur de valeur», a déclaré le président de la banque, Charles de Croisset. Cette déclaration intervient quatre jours après que le ministre français de l’Économie, Dominique Strauss-Kahn, évoquant les banques BNF-Paribas et Société générale, a estimé «souhaitable que les entreprises françaises s’allient d’égal à égal» avec des entreprises européennes. Si une alliance du CCF avec un groupe européen est possible, reste à savoir quelle forme elle prendra : un rapprochement de réseaux ou des alliances d’activités notamment. Le président de KBC a indiqué jeudi «mener des échanges de vue avec le management français du CCF pour examiner quelles synergies sont possibles» entre les deux groupes. «Il y a un potentiel de synergies appréciable, par exemple dans la gestion de fortune et les capitaux gérés. La KBC a un réseau international très étendu, le CCF a un réseau restreint. Nous développerions aussi la vente de produits sur les marchés obligataires et d’actions», a-t-il ajouté. «Nous pourrions aussi offrir des canaux de distribution de produits d’assurances au CCF», a-t-il encore précisé, tout en indiquant «savoir que le CCF donne la priorité à ce sujet à Swiss Life».
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