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Actualités - Chronologie

Les forces armées détiennent la réalité du pouvoir

Les forces armées en Indonésie détiennent la réalité du pouvoir et n’ont à s’embarrasser d’aucun contrôle, pas plus celui du président que du Parlement, constataient jeudi diplomates et analystes dans la capitale encore bruissante de rumeurs de coup d’État militaire. Ces rumeurs se sont propagées d’autant plus facilement que, moins de 24 heures auparavant, le ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée, le général Wiranto, était parvenu à arracher la signature du président Jusuf Habibie au bas du décret proclamant la loi martiale au Timor-Oriental. La mesure est sans précédent depuis 1965, alors prise à l’occasion du coup qui avait permis au général Suharto de chasser du pouvoir le président fondateur de l’Indonésie, Soekarno, pour s’installer à sa place. Exigée par l’armée, la proclamation de la loi martiale au Timor-Oriental avait été refusée par les chefs des factions parlementaires consultés par le président ainsi que le Cabinet réuni en séance plénière. Avant d’être arrachée par le général Wiranto dans un entretien nocturne avec le président Habibie et annoncée à l’aube d’abord sur les ondes d’une radio militaire. Nées dans ces circonstances, mercredi toute la journée et encore jeudi en fin de matinée, malgré un démenti du général Wiranto, des rumeurs continuaient à donner comme imminente la «démission» du président Jusuf Habibie. Accusé de «mollesse», soupçonné d’être sur le point de laisser une force internationale intervenir au Timor-Oriental, il devait être, selon la rumeur que dissèquent les chancelleries occidentales, remplacé par une équipe essentiellement composée de militaires. Le seul «civil» de cette équipe réduite dirigée par le général Wiranto, était, selon cette rumeur, Ali Alatas, le ministre des Affaires étrangères, personnalité d’acier sous un abord le plus souvent suave, jamais complètement lavé du soupçon de vouloir empêcher à tout prix l’indépendance du Timor-Oriental. «Les forces armées ont déjà le pouvoir, elles contrôlent de fait la prochaine élection présidentielle et décideront qui sera élu à la tête de l’Indonésie. Pourquoi prendraient-elles le risque de modifier une situation qui est à leur avantage», se demandait jeudi un diplomate occidental. L’éditorialiste du quotidien The Jakarta Post écrivait que «l’imposition de la loi martiale confirmait une amère réalité : le vrai pouvoir en Indonésie appartient aux forces armées, pas au président, pas à son Cabinet et pas au Parlement». Et nombreux sont ceux, tant au sein des partis politiques que des organisations de défense des droits de l’homme qui, depuis 48 heures, redoutent que le précédent du Timor-Oriental soit utilisé pour étendre la loi martiale, qui donne tous les pouvoirs à l’armée, à d’autres régions. «On peut penser d’abord à Aceh (province de l’extrême nord de Sumatra où l’armée ne parvient pas à mettre au pas un populaire mouvement indépendantiste musulman), aux Moluques (où les affrontements entre catholiques et musulmans ont fait des centaines de morts depuis le début de l’année) puis, pourquoi pas à Djakarta pour mettre au pas les étudiants et autres démocrates», se demandait un autre diplomate occidental jeudi. Un ambassadeur occidental ayant fait une bonne part de sa carrière en Asie déclarait récemment, dans un dîner d’adieu avant de quitter l’Indonésie : «La seule différence entre les généraux indonésiens et les généraux birmans, c’est que les indonésiens sont intelligents...». Et Jusuf Habibie, peu après avoir accédé au pouvoir à la suite de la démission du président Suharto devant la pression populaire, avait confié à un groupe de journalistes : «Je garde toujours près de moi le général Wiranto. Je le regarde souvent et tant que je le vois sourire, je sais que tout va bien».
Les forces armées en Indonésie détiennent la réalité du pouvoir et n’ont à s’embarrasser d’aucun contrôle, pas plus celui du président que du Parlement, constataient jeudi diplomates et analystes dans la capitale encore bruissante de rumeurs de coup d’État militaire. Ces rumeurs se sont propagées d’autant plus facilement que, moins de 24 heures auparavant, le ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée, le général Wiranto, était parvenu à arracher la signature du président Jusuf Habibie au bas du décret proclamant la loi martiale au Timor-Oriental. La mesure est sans précédent depuis 1965, alors prise à l’occasion du coup qui avait permis au général Suharto de chasser du pouvoir le président fondateur de l’Indonésie, Soekarno, pour s’installer à sa place. Exigée par l’armée, la...