Dans les années 60, un couple d’Italiens, les Missoni, Rosita et Tai, inventent une maille tricotée, dont le succès leur permit la prospérité et la réalisation d’une entreprise qui, avec le temps, prend les dimensions d’un empire à l’italienne. Trente-cinq ans plus tard, leur fille Angela, épaulée par ses deux frères, Lucca et Vittorio, reprend les rênes de l’affaire qu’elle mène tambour battant. Son ascension dans la boîte familiale commence par une dépression. Attirée par des études de psychologie, mariée et mère de deux enfants, elle se met à travailler comme vendeuse dans la boîte, tout simplement pour aider sa mère, écrasée par sa tâche. Sa répulsion est si forte qu’elle tombe en dépression grave... Une fois rétablie, son père lui confie la création d’une nouvelle branche «pour qu’elle se change les idées» : celle des accessoires. Articles en cuir, cravates, écharpes. Réussite immédiate. Forte de ce succès, l’envie lui prend de créer sa propre griffe et choisit le prêt-à-porter Angela Missoni qui connut un certain succès pendant quelques saisons. C’est alors que sa mère, vieillissante, lui confie la responsabilité de la publicité, de l’image de la marque et, suprême concession, celle du style de la maison-mère. Aujourd’hui, les deux parents vivants, vaillants et alertes sont toujours dans la boîte malgré leur âge. Ils donnent des conseils, des idées, ils «voient» ce que leur fille laisse parfois échapper... Le père, très artiste, insuffle à sa fille, comme à l’entreprise, fantaisie, goût et originalité. Angela Missoni y introduit des silhouettes nouvelles, plus «classe», de nouvelles matières, du chic et de l’audace. Elle a même réussi à créer une mode du soir qui a anobli la griffe. Des ensembles pratiques et beaux pour femmes «actives» – de longues robes fluides, en maille, à porter sur de mules à hauts talons – redessinent un nouveau profil actif et dynamique de la griffe. Elle introduit science et technologie dans le ronron doux de l’entreprise parentale. Pas d’ourlet, par exemple, mais un nouveau point réversible qui abolit la doublure. Mise en place d’un département «homme», inexistant auparavant. Création d’une ligne «M» plus abordable pour attirer une clientèle plus jeune. Angela Missoni est elle-même une fabrique d’idées, qui ne chôme jamais. Deux cent cinquante personnes carburent sous sa baguette, dans un superbe parc où cohabitent famille, usine et personnel. Aucun revers dans cette image idyllique? Juste une ombre : la perte du marché asiatique. «Mais on a gagné à la place celui de l’Amérique», ajoute radieuse Angela Missoni.
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