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Actualités - Chronologie

Les Serbes de Pristina se demandent qui sera le dernier des Mohicans

Depuis que la peur et la violence ont changé de camp, les Serbes de Pristina ne sont plus que quelques centaines sur 40 000 avant guerre, et devant l’impuissance de la communauté internationale, ils se demandent qui sera «le dernier des Mohicans». «Il y a une sorte de compétition entre nous pour savoir qui sera le dernier à résister», explique Tomica Babic, 45 ans, ancien directeur de la poste centrale du chef-lieu du Kosovo. «Le terme de Mohican nous paraît approprié», renchérit son ami Ratko Tedic, «puisque après avoir fait fuir ou avoir éliminé la majorité des nôtres, on veut mettre les derniers d’entre nous dans des réserves». Le projet de création d’enclaves protégées serbes, proposé notamment par le dirigeant du Mouvement de résistance serbe de Momcilo Trajkovic (opposé à Belgrade) comme une solution désespérée destinée à retenir même une infime quantité de Serbes au Kosovo, a également été évoqué par la communauté internationale. Il ne fait pas l’unanimité chez les Serbes de Pristina qui vivent déjà dans un enfermement quasi total depuis deux mois. «L’Onu et la Kfor veulent se donner bonne conscience en gardant quelques spécimens serbes dociles sous la main», murmure Tomica de sa voix grave. «La vérité c’est que la communauté internationale nous a bombardés au nom de la purification ethnique mais qu’elle a été incapable d’empêcher une telle purification alors qu’elle se déroulait sous ses yeux», dit-il. Tomica et Ratko montrent volontiers le jardin qu’ils cultivent depuis deux mois à l’arrière de l’ancienne maison universitaire qu’ils occupent. «Nous sommes autosuffisants», disent-ils en souriant. Il est impossible pour les Serbes de Pristina de se ravitailler en ville et rares sont ceux qui risquent le voyage jusqu’au marché de l’enclave serbe de Gracanica (à quelque cinq km de Pristina). La plupart baignent dans une atmosphère de fin du monde. Ainsi Veselin Rajevic, peintre reconnu, a sombré dans la folie et l’alcool après deux mois d’enfermement dans une résidence universitaire. Souvent perché sur une chaise, il fait mine de se pendre la cravate noire qu’il porte en permanence sur un tee-shirt jaune. «Un jour, je finirai par réussir», articule-t-il péniblement, «c’est la seule sortie honorable pour les Serbes du Kosovo». Le sort des vieillards – isolés dans les dédales de couloirs sombres des immeubles de Pristina et abandonnés par leur famille vivant souvent en Serbie même – est encore plus tragique. «Les plus faibles sont les principales cibles de violences de la part d’Albanais qui veulent s’emparer de leur appartement, beaucoup ont été assassinés», indique un officier britannique. Slavica Cvilovic, traductrice serbe attachée à un régiment irlandais du centre de Pristina, visite chaque jour avec la Kfor de vieux Serbes terrés dans leurs appartements. «Souvent, ils n’ont vu personne depuis des mois, sont sous-alimentés, n’ont pas de médicaments», dit-elle. «Ils nous demandent de les protéger et de les aider à louer un camion pour échapper aux menaces. Nous ne pouvons pas le faire et personne d’autre ne le fera pour eux». Les ministres des Affaires étrangères allemand Joschka Fischer et français Hubert Védrine ont exprimé à Pristina leur «préoccupation» face à la poursuite des violences contre les populations non albanaises – Serbes et Tziganes – tout en estimant que le rétablissement de la sécurité dans la province «prendrait du temps». La communauté internationale «n’a pas conscience de l’urgence de notre situation», commente Slavica, «le docteur (Bernard) Kouchner (administrateur de l’Onu) n’a pas l’air très doué pour stopper les hémorragies». Si elles veulent justifier leur maintien au Kosovo, la mission de l’Onu et la force de l’Otan devront quand même garder au moins un Serbe dans la province, ironise Tomica.
Depuis que la peur et la violence ont changé de camp, les Serbes de Pristina ne sont plus que quelques centaines sur 40 000 avant guerre, et devant l’impuissance de la communauté internationale, ils se demandent qui sera «le dernier des Mohicans». «Il y a une sorte de compétition entre nous pour savoir qui sera le dernier à résister», explique Tomica Babic, 45 ans, ancien directeur de la poste centrale du chef-lieu du Kosovo. «Le terme de Mohican nous paraît approprié», renchérit son ami Ratko Tedic, «puisque après avoir fait fuir ou avoir éliminé la majorité des nôtres, on veut mettre les derniers d’entre nous dans des réserves». Le projet de création d’enclaves protégées serbes, proposé notamment par le dirigeant du Mouvement de résistance serbe de Momcilo Trajkovic (opposé à Belgrade) comme une...