Mgr Helder Camara, archevêque à la retraite de Recife, est décédé à l’âge de 90 ans d’insuffisance respiratoire, après 68 ans de sacerdoce entièrement dédiés aux pauvres et à la lutte pour le respect des droits de l’homme, d’où son surnom d’évêque rouge du Brésil pendant la dictature (1964-1985). «L’archevêque a écouté des chants grégoriens jusqu’à peu avant sa mort», a dit samedi le père Evaldo Gomes, qui a accompagné dans ces derniers moments Dom Helder, comme on l’appelait au Brésil. Figure de proue de l’Église progressiste latino-américaine, Dom Helder, dont le nom a été évoqué plusieurs fois pour le prix Nobel de la paix, était né à Fortaleza (capitale du Ceara, nord-est) le 7 février 1909. Il était l’un des douze enfants d’un journaliste et critique de théâtre, Joao Camara Filho, et d’une institutrice. À 14 ans, il est entré au séminaire et a été ordonné prêtre en 1931 à Fortaleza. L’année suivante, il assumait la direction de la Légion du Ceara du travail, un mouvement d’inspiration fasciste. «Une erreur de jeunesse», dira-t-il plus tard à propos de cet épisode. «L’intérêt pour les pauvres n’était pas le fort de mes professeurs de l’époque», disait-il. Dès 1936, il était déjà à Rio de Janeiro pour implanter l’enseignement religieux dans les écoles. En 1952, il fondait la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) et en devenait son premier secrétaire général. Trois ans plus tard, il était nommé archevêque auxiliaire de Rio et en 1956 il organisait le 1er congrès général des Favelas, alliant sa mission spirituelle à la lutte pour la justice sociale. «La faim des autres condamne la civilisation de ceux qui n’ont pas faim», répétait-il. Ses activités à la CNBB vont engendrer la création de la Conférence générale de l’épiscopat latino-américain (Celam) dont Helder Camara sera le président de 1958 à 1960. C’est en 1964, année du coup d’État militaire au Brésil, que Dom Helder quitte Rio pour devenir archevêque de Recife (capitale du Pernambouc) et d’Olinda (la petite ville voisine). Dans ses nouvelles fonctions, il commence à agir pour défendre les prisonniers politiques et contre la torture dans le pays. Et c’est alors qu’il en venait à rencontrer ses plus grandes difficultés au Brésil qu’il commençait à être connu à l’étranger. Il est, en effet, accusé par les militaires et une partie du clergé conservateur d’avoir des activités communistes. «Si je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint. Si je demande pourquoi les pauvres n’ont rien à manger, on me traite de communiste», résumait Dom Helder pendant la dictature. À l’étranger, dans des universités et communautés catholiques, Dom Helder dénonçait le non-respect des droits de l’homme et la misère au Brésil. En mai 1970, au Palais des Sports à Paris, il donnait ainsi une conférence devant plus de dix mille personnes sur les tortures au Brésil. Applaudi et invité à faire d’autres conférences en Europe, les militaires, au Brésil, lui interdirent de se manifester, de donner des conférences et des interviews. À la fin de la dictature, en 1985, alors qu’il avait 76 ans, Dom Helder avait dû prendre sa retraite et il avait continué à vivre à Recife dans une maison modeste, et à suivre la vie politique du pays. II a vu son influence diminuer avec l’arrivée du Pape Jean-Paul II qui a commencé à couper la route à la théologie de la libération. À Recife, il a été remplacé par un conservateur qui a peu a peu réduit en cendres le travail réalisé par l’évêque rouge. Admirateurs et fidèles ont aujourd’hui à leur disposition 22 livres publiés en 15 langues écrits pendant les 68 ans de sacerdoce de Helder Camara.
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