L’Indonésie de l’après-Suharto fait face, au Timor oriental, à une épreuve de vérité qui teste autant la volonté de réforme et de démocratisation proclamée de ses dirigeants que leur crédibilité sur la scène internationale. La tenue du vote sur l’avenir de l’ancienne colonie portugaise était impensable il y a encore un an. Et il est prévu que, après quelque 24 ans de ce qui est généralement présenté comme une brutale occupation militaire dont les premières années ont coûté la vie à plus de 200 000 Est-Timorais, elle choisira, plus ou moins massivement, l’indépendance. C’est Jusuf Habibie, le successeur du président Suharto, l’architecte de l’invasion en 1975 et de l’annexion l’année suivante, qui a mis en branle le processus. L’ouverture, saluée en Occident comme une claire volonté de réparer les errements d’un régime autoritaire désormais révolu, a mis apparemment à portée de main le règlement de ce qui est l’un, sinon le dernier, des conflits post-coloniaux traditionnels. Sept mois ont suffi pour arriver à cette étape historique, mais le processus a souvent paru sur le point de capoter, essentiellement en raison de difficultés créées au sein des différents centres de pouvoir de l’Indonésie d’aujourd’hui. La principale menace est venue des milices anti-indépendantistes qui ont fait régner dans le petit territoire de moins d’un million d’habitants, à plus de 2 500 kilomètres à l’est de Jakarta, une violence inégalée depuis les premières années de l’invasion. Depuis le début de l’année, selon les organisations humanitaires, des centaines de personnes ont été tuées. Des dizaines de milliers d’autres, plus de 100 000 soit plus de 10 pour cent de la population selon certaines sources, ont été contraintes à chercher refuge dans des églises ou se cacher dans la montagne. Alors que Jakarta a obtenu de garder la responsabilité du maintien de la sécurité dans le territoire dont l’annexion n’a jamais été reconnue, l’armée indonésienne, jusqu’à son plus haut niveau, ne semble toujours pas vouloir sérieusement sévir contre ces milices. C’est d’ailleurs elle qui les a recrutées, encadrées et équipées. À deux reprises, et chaque fois stigmatisant un peu plus la responsabilité de l’Indonésie, M. Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a dû reporter la consultation en raison du manque de sécurité. Les atermoiements et explications manquant de crédibilité de Jakarta ont provoqué la multiplication des émissaires étrangers de haut rang dont le Premier ministre australien, John Howard, venu en voisin dire lui-même au président Habibie que «la réputation internationale de l’Indonésie était dans la balance». Le département d’État américain très publiquement, comme le Pentagone plus discrètement, ont aussi élevé la voix pour mettre en garde les autorités indonésiennes – et plus spécialement les Forces armées – et l’Europe n’est pas restée à l’écart. «Si le gouvernement indonésien veut montrer qu’il est responsable et a légitimement droit à une place dans le concert des nations, il a maintenant l’occasion de prouver que sa parole est digne de respect et qu’il ne renie pas ses engagements», estime un chef de mission diplomatique européenne en poste à Jakarta. Très concrètement, le gouvernement indonésien a désespérément besoin de la communauté internationale qui a déjà mobilisé plus de 45 milliards de dollars pour tenter de renflouer son économie, comme de l’aide alimentaire venue de l’étranger pour pouvoir nourrir ses quelque 206 millions d’habitants.
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