«Il y a de la musique dans le soupir du roseau Il y a de la musique dans le bouillonnement du ruisseau... Il y a de la musique en toutes choses, si les hommes pouvaient l’entendre»... Il y a de la musique dans la cuisine, aurait pu ajouter aujourd’hui Lord Byron sans altérer sa pensée, après avoir écouté un CD intitulé «Échos épicuriens : une symphonie pour les gourmets». Cette œuvre a été créée par un compositeur de renom, John Sims, en collaboration avec un maître-queue accompli, Mike Flaa. Pourquoi ce spectaculaire mariage d’un grand art et d’un art considéré comme mineur ? Parce qu’actuellement, les Américains qui ne se souciaient guère auparavant des raffinements du leur palais se sont mis depuis quelques années à l’école du bien manger et du bien boire. Ainsi, partout dans les grandes villes, (New York et Washington, en particulier), ont poussé des restaurants de très grande qualité, quelle que soit la nature de la carte proposée (française, italienne, asiatique, américaine ou autres). À suivi l’ouverture de multiples épiceries de luxe où les clients se bousculent comme dans les grandes surfaces. Et cette clientèle n’est pas celle exclusivement triée sur le volet. Elle se compose de personnes de diverses catégories sociales, toutes désireuses de découvrir les mille et un plaisirs de mets savoureux et élaborés. Il faut dire qu’elles ont l’embarras du choix devant les irrésistibles étals de produits proposés. Par ailleurs, la forte compétition empêche la pratique des prix en flèche. Ce qui rassure les consommateurs et les pousse à consommer la conscience tranquille. Sur CD, «une symphonie pour gourmets» Certes, tout le monde ne se nourrit pas de caviar, de truffes et de foie gras. Mais tout le monde en goûte plus souvent qu’autrefois, en explorant parallèlement d’autres ingrédients haut de gamme. À noter qu’à New York, ces épiceries de luxe sont devenues des lieux d’attraction. Les compagnies de tours touristiques les ont inclues dans leur circuit. Ce n’est pas tout, les grandes écoles hôtelières et certaines universités amènent régulièrement là leurs édudiants pour les initier sur le terrain à une certaine qualité de vie qui doit être leur devise. Il y a plus pas besoin d’être un habitant de New York ou de Washington pour se régaler au vrai sens du terme : si l’on habite dans l’Arkansas ou le Mississippi et que l’on ait l’eau à la bouche, toutes ces maisons assurent des livraisons à domicile, en 24 heures. Témoin de cette fringale épicurienne, le CD intitulé Une symphonie pour les gourmets se vend comme des petits pains parce qu’il est une invite à jouir pleinement des délices des nourritures terrestres. Pour cela, il n’y a qu’à écouter la voix du chef Mike Flaa qui déclame, comme s’il disait des vers de Rimbaud, le menu qu’il s’apprête à concocter : «Une crème de pomme de terre à l’ail rôti ; des coquilles Saint-Jacques bien saisies accompagnées d’un chutney de mangue et de gingembre ; un filet de porc dans une croûte de noix et de poivre noir, arrosé d’une sauce au porto et pour finir un fabuleux trio d’une crème brûlée au chocolat, d’une tarte au citron et d’une mousse de framboise». Le tout égrené au son d’une musique de piano ponctuée d’une percussion originale : le son cristallin de verres de champagne qui s’entrechoquent, le tintement de l’argenterie, le frissonnement d’un bain-marie, le grésillement du beurre sur le feu, le tambourinement d’une viande battue, le bruissement de l’eau qui s’écoule, etc. Il y a aussi l’harmonieux murmure de ceux qui préparent dans la sérénité ces plats délectables. Outre-Atlantique, on s’est mis à l’heure de Brillat-Savarin et de sa grande leçon : les animaux se repaissent, l’homme mange, l’homme d’esprit seul sait manger».
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