Rainier III s’est imposé comme un «prince bâtisseur» et un artisan obstiné du développement de sa ville-État méditerranéenne. Le doyen des souverains en exercice, qui a connu sept présidents français et cinq papes, aura changé la vocation d’une principauté vouée aux seuls jeux et plaisirs en une plate-forme économique et financière, où, insiste-t-il, «travaillent 30 000 personnes». Rainier III, qui dit «avoir la chance immense d’être sans doute le dernier chef d’État à pouvoir reconnaître tous ses administrés dans la rue», avait succédé le 9 mai 1949 à son grand-père, le prince Louis II, sa mère, la princesse Charlotte, ayant renoncé en sa faveur à ses droits à la succession. Souverain d’un minuscule territoire blotti au pied des contreforts alpins, Rainier a regardé vers la mer pour étendre de 20 % la superficie de sa principauté. Quarante hectares gagnés sur l’eau ont permis la création du quartier d’affaires de Fontvieille, en attendant le prochain centre de congrès, le «Forum Grimaldi», qui sera lui aussi pris sur la mer. Sous le principat de Rainier, la ville a aussi gagné en hauteur avec l’édification des buildings qui lui donnent de faux airs de Hong Kong. Soixante-dix banques ou établissements financiers s’y concentrent, totalisant en 1998 quelque 225 milliards de francs (34 milliards d’euros) de dépôts. Sans compter les 1 220 commerces monégasques, hôtellerie et restauration comprises. « Big bang » Monaco se vante en 1998 d’un «chiffre d’affaires» — la principauté n’a pas de budget, mais un «chiffre d’affaires», somme de toutes les recettes de l’État — de 44 milliards de francs (6,7 milliards d’euros), plus 9 % par rapport à 1997, chiffre lui-même en hausse de 14 % par rapport à 1996. Le commerce y compte pour 40%, le secteur bancaire 20 % et les industries 10 %, le produit des jeux n’intervenant plus que pour 4 %. Ces chiffres témoignent du «big bang» qu’a connu le Rocher en un quart de siècle. À cette époque, le «CA» de Monaco atteignait à peine 3,5 milliards de francs. Homme d’affaires avisé, Rainier avait repoussé en 1966, par une habile augmentation de capital de la Société des Bains de Mer (SBM) qui gère les salles de jeux, les prétentions de l’armateur milliardaire grec Aristote Onassis qui guignait Monte-Carlo. «Le prince aujourd’hui doit être capable de réagir en chef d’entreprise lorsqu’il le faut, mais il ne doit pas permettre au chef d’entreprise qu’il est d’empiéter sur les prérogatives du prince», expliquait-il voici deux ans, à l’occasion des célébrations du 700e anniversaire de la dynastie Grimaldi. Avec la France, pas de nuage, depuis le différend de 1961, quand de Gaulle, prenant ombrage d’une trop grande liberté fiscale sur le Rocher, décida un matin de poster des douaniers aux deux bornes frontière. L’affaire fut réglée en deux ans par une révision de la convention franco-monégasque. En butte à des accusations récurrentes de blanchiment d’argent, la principauté se défend ferme-ment : «Nous ne sommes pas une place financière opaque», expliquent les officiels qui soulignent l’intégrité des magistrats monégasques ou français, accusés d’être «sous influence». Désireux de faire respecter son pays sur l’échiquier international, Rainier a porté à dix le nombre des ambassades de Monaco dans le monde, obtenu du Vatican l’élévation de son diocèse en archevêché et fait adhérer la principauté à de nombreuses organisations internationales dans la foulée de son admission à l’ONU, comme 183e État membre, voici exactement six ans.
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