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Actualités - Chronologie

Art-Un boucheer à l'âme d'artiste La peiture à l'usine

Pour remonter le moral de ses ouvriers pendant la guerre 1939-45, l’industriel et amateur d’art canadien J.S. McLean (1876-1954) avait coutume de couvrir les murs de ses usines de peintures d’artistes. La Galerie d’art de l’Ontario, à Toronto, expose jusqu’au 6 septembre la collection particulière, intitulée “A Collector’s Vision – J.S. McLean and Modern Art Painting in Canada”, de l’ancien président de Canadian Packers, l’une des usines de conditionnement de viande les plus importantes du pays. Selon Anna Hudson, commissaire de l’exposition, McLean croyait profondément à l’art comme valeur sociale et a tenté de faire partager cette conviction. Si rien n’indique que l’ouvrier de base en ait tiré profit, cette approche de l’art a au moins bénéficié aux créateurs eux-mêmes – pendant la crise de 1929 et alors que le gouvernement avait pratiquement coupé toutes ses subventions, la générosité de McLean a permis à nombre d’artistes canadiens d’éviter la ruine. McLean n’était pas le seul à se préoccuper de la culture. D’autres industriels comme Harry Southam du groupe de presse Southam, le colonel Robert McLaughlin, qui dirigeait alors General Motors of Canada, et Charles Band, vice-président de Gutta Percah & Rubber, étaient déterminés à montrer aux artistes que le monde des affaires n’était pas insensible à leurs cris de désespoir. Amateurs éclairés et fortunés, ces collectionneurs audacieux n’accumulaient pas les œuvres pour en garnir leurs hôtels particuliers – ils étaient résolus à investir dans l’avenir culturel du Canada. Scepticisme On ignore si McLean avait exposé des toiles dans ses abattoirs mais on sait que des peintures avaient trouvé une place dans les bureaux de la compagnie, les cafétérias et autres lieux publics où elles ont parfois été endommagées, voire saccagées ou même volées. Pourtant, malgré la perte de certaines œuvres de valeur, l’exposition de la galerie de l’Ontario semble indiquer que McLean savait que ses efforts ne seraient pas vains, même si pendant de nombreuses années il a rencontré beaucoup de scepticisme. «(La collection McLean) ne rend pas hommage aux ouvriers de l’industrie du conditionnement intéressés par l’art», déclarait ainsi en 1951 le magazine Mclean’s. «C’est peut-être dans l’espoir d’égayer l’environnement de travail de ses employés que McLean envoie sa collection d’œuvres canadiennes faire la tournée des cafétérias de ses usines. Ou peut-être seulement parce qu’il en a tellement qu’il ne sait pas quoi en faire». McLean aurait rétorqué qu’il ignorait le nombre exact des œuvres de sa collection qui couvraient les murs de chaque pièce et couloir de sa résidence. «Je sais que certaines d’entre elles valent bien plus cher que ce que j’ai déboursé pour elles, mais je n’achète jamais de toiles avec l’idée de faire de l’argent avec», avait révélé sans détour McLean à la revue. Sa collection semble en tout cas révéler chez lui une conscience morale et sociale développée : paysages naturels, décors champêtres ou peintures des usines ou des abattoirs commanditées par l’industriel, chaque toile paraît rendre hommage à l’ouvrier de base. McLean écrivait en 1952 dans un article pour la revue Canadian Art que l’ambition d’un modeste collectionneur «ne va pas plus loin que de posséder quelques toiles d’artistes contemporains de son propre pays - une ambition à la portée de tout le monde». Peut-être pas à la portée de n’importe qui quand on sait que les toiles acquises par le «boucher à l’âme d’artiste» pouvaient coûter entre 25 et 150 dollars, une somme conséquente, surtout en pleine crise de 1929.
Pour remonter le moral de ses ouvriers pendant la guerre 1939-45, l’industriel et amateur d’art canadien J.S. McLean (1876-1954) avait coutume de couvrir les murs de ses usines de peintures d’artistes. La Galerie d’art de l’Ontario, à Toronto, expose jusqu’au 6 septembre la collection particulière, intitulée “A Collector’s Vision – J.S. McLean and Modern Art Painting in Canada”, de l’ancien président de Canadian Packers, l’une des usines de conditionnement de viande les plus importantes du pays. Selon Anna Hudson, commissaire de l’exposition, McLean croyait profondément à l’art comme valeur sociale et a tenté de faire partager cette conviction. Si rien n’indique que l’ouvrier de base en ait tiré profit, cette approche de l’art a au moins bénéficié aux créateurs eux-mêmes – pendant la...