Sergueï Vadimovitch Stépachine, limogé hier par Eltsine, devait pourtant son ascension politique essentiellement à sa fidélité totale au président russe. Ses échecs à rétablir l’ordre dans le Caucase, où le spectre d’une nouvelle guerre menace, et à faire barrage au maire de Moscou Iouri Loujkov, dont le mouvement La Patrie ne cesse d’étendre son influence à quelques mois des législatives, sont vraisemblablement à l’origine du limogeage de M. Stépachine. Cette figure des services secrets avait été confirmée au poste de chef du gouvernement le 19 mai par une Douma pourtant hostile à Boris Eltsine, avec comme devoir de rétablir l’ordre dans le Caucase et de limiter la casse aux prochaines élections législatives pour le gouvernement. Aux yeux du président russe, la fidélité de Sergueï Stépachine, 47 ans, devait largement compenser l’absence de profil politique net chez cet ancien apparatchik. Dimanche pourtant, tandis que les forces de l’ordre s’apprêtaient à affronter au Daguestan des centaines de combattants soupçonnés être des extrémistes islamistes venus de Tchétchénie, M. Stépachine assurait qu’il était prêt à prendre ses responsabilités dans cette région agitée du Caucase russe. «Je n’ai pas peur, moi, de prendre mes responsabilités», a-t-il déclaré, assurant immédiatement que «la population civile ainsi que les soldats (russes) ne devaient pas souffrir» de la nouvelle opération dans le Caucase, faisant référence à la traumatisante guerre entre la Russie et la Tchétchénie (décembre 1994-août 1996). M. Stépachine, qui a travaillé pendant 17 ans au sein du ministère de l’Intérieur de l’URSS (de 1973 à 1990), puis de 1990 à 1995 dans les services secrets russes, a été un farouche partisan de la guerre en Tchétchénie. Il a dirigé les services secrets russes (FSB, ex-KGB) pendant plus d’un an, à partir d’avril 1994. Mais en 1995, il a été contraint d’abandonner son poste après la prise en otages de 1 500 personnes par un commando tchétchène dans un hôpital de Boudennovsk (sud de la Russie) qui avait fait quelque 150 morts en juin. Après deux assauts ratés des forces spéciales russes, les preneurs d’otages avaient négocié leur départ et rejoint tranquillement la Tchétchénie. L’homme faisait personnellement moins d’ombre que M. Primakov au président Eltsine, mais il n’a pas réussi à endiguer la montée en puissance de Iouri Loujkov. Déjà populaire, – le maire de Moscou apparaît comme un des plus probables successeurs au président russe en l’an 2 000 –, M. Loujkov a en outre conclu le 4 août une alliance entre son parti La Patrie et le mouvement des gouverneurs Toute la Russie, afin d’étendre son influence sur l’ensemble du territoire en vue des élections législatives. Comble de l’inacceptable pour M. Eltsine, Iouri Loujkov souhaite qu’Evgueni Primakov prenne la tête de cette nouvelle liste. Les liens entre Stépachine et le président russe datent de 1991, quand Eltsine a précipité l’effondrement de l’Urss et le changement de régime. M. Stépachine s’était alors immédiatement rangé dans le sillage du nouvel homme fort. Après son passage aux services secrets, il a été ministre de la Justice de juillet 1997 à mars 1998, lorsqu’il est devenu ministre de l’Intérieur par intérim, à la suite du limogeage d’Anatoli Koulikov et du gouvernement de Viktor Tchernomyrdine. La crise financière d’août 1998 a provoqué la chute du gouvernement de Sergueï Kirienko, mais Sergueï Stépachine a retrouvé son portefeuille dans le gouvernement suivant, dirigé par Evgueni Primakov. Au jeu des chaises musicales imposé par Eltsine, le ministre de l’Intérieur a pris du grade le 27 avril étant nommé vice-Premier ministre chargé des régions, avant de s’asseoir à la droite du président jusqu’à hier.
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