Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a recommandé au Conseil de sécurité de nommer la magistrate suisse Carla Del Ponte comme procureur général du Tribunal pénal international pour la Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda pour succéder à la Canadienne Louise Arbour. Mme Del Ponte, âgée de 52 ans, est procureur de la Confédération helvétique. Elle a rencontré jeudi dernier à New York Kofi Annan. Le procureur du TPI et du TPR, dont le mandat est de 4 ans, est chargé de poursuivre les crimes en ex-Yougoslavie et au Rwanda. Le tribunal chargé de l’ex-Yougoslavie est basé à La Haye, celui du Rwanda est basé à Arusha, en Tanzanie. À l’issue de sa rencontre jeudi avec le secrétaire général, le porte-parole de l’Onu Fred Eckhard avait affirmé qu’elle était «le candidat favori». «Je cherchais un procureur fort et intrépide. Je pense qu’elle est très capable, elle a démontré un grand professionnalisme et une forte détermination dans ce qu’elle a fait dans son propre pays», a dit M. Annan, à son arrivée au siège de l’Onu. Le Conseil de sécurité doit formellement approuver la recommandation du secrétaire général, mais M. Annan a indiqué qu’il «ne s’attendait pas» à des difficultés au Conseil. Elle doit succéder à Louise Arbour, nommée le 1er octobre 1996, qui a décidé d’abandonner son poste avant la fin de son mandat afin de rejoindre la Cour suprême du Canada à la mi-septembre. Mme Arbour a notamment inculpé en mai le président yougoslave Slobodan Milosevic pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Carla Del Ponte héritera d’un personnel de 324 juristes pour ce qui est du tribunal chargé de l’ex-Yougoslavie et d’un budget de près de 27 millions de dollars. Le tribunal d’Arusha sur les crimes commis au Rwanda compte 648 employés et un budget global de 68 millions de dollars. Elle aura ainsi pour tâche de reprendre plusieurs dossiers brûlants, notamment celui du Kosovo, où l’on estime que les fosses communes identifiées contiennent au total 11 000 corps d’Albanais. Âgée de 52 ans, Carla Del Ponte s’est acquis une grande réputation dans son pays dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le crime organisé, au poste de procureur de la Confédération où elle a été nommée en avril 1994, et qui fait d’elle le chef de l’appareil judiciaire, de la police et des services secrets suisses. Née à Lugano dans le Tessin en 1947, Carla Del Ponte a entamé une carrière juridique dans sa ville natale en 1975 avant de devenir juge d’instruction en 1981. Au poste de «procureure de la Confédération», elle s’est révélée une grande alliée des juges milanais enquêtant sur la corruption dans les milieux politiques italiens et a fait ainsi geler les avoirs bancaires d’un certain nombre de suspects, dont l’ancien président du Conseil Bettino Craxi. En Suisse, nombre de banquiers n’ont guère apprécié les méthodes de la «procureure» et ses coups de boutoir contre le fameux secret bancaire. Ainsi a-t-elle traqué l’argent sale des cartels de la drogue ou encore inculpé l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto et son mari pour blanchiment d’argent. Elle a aussi, entre autres initiatives, lancé ses enquêteurs sur les traces de l’opposant séoudien Oussama ben Laden pour son rôle dans l’attentat de Louxor en 1997, lors duquel 58 étrangers, dont de nombreux Suisses, avaient été tués. Ses méthodes lui ont valu des critiques notamment parce que certaines opérations à grande échelle ont pris fin sans condamnation de suspects.
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