Sur la question de la formation d’analystes, les psychanalystes, eux, sont intraitables. Non pas qu’il s’agisse d’une prise de position dogmatique, mais, disent-ils, un analyste doit nécessairement avoir pratiqué le divan, c’est-à-dire «faire la curtique», pour utiliser un jargon propre au métier. Bref, il faut avoir parcouru le labyrinthe de l’inconscient pour en connaître les multiples pièges et détours. À la question de savoir si les études de psychologie pouvaient, à elles seules, aboutir au métier d’analyste, le Dr Adnan Houbballah, répond sur un ton plein d’humour : «C’est comme si quelqu’un se mettait à lire tous les livres qui existent au monde sur la natation et se jetait ensuite dans la piscine. Eh bien, il va se noyer, parce qu’il ne sait toujours pas nager». Savoir nager et se mouvoir entre les sinuosités de notre inconscient, c’est un peu à cela que sert une curtique. Mme Viviane Touma, psychologue clinicienne et chargée d’enseignement à l’Institut libanais d’éducateurs, nous explique les différentes étapes d’une formation, pour accéder à la profession de thérapeute. «Toute personne est à même d’entreprendre une analyse si elle en ressent le besoin, mais il est indispensable d’avoir une formation personnelle pour devenir thérapeute ou analyste, dit Mme Touma. La personne en formation peut opter, soit pour une thérapie analytique de face à face, soit pour une analyse sur le divan, cette dernière étant plus profonde et plus étendue dans le temps». Le choix dépendra des objectifs de formation que la personne s’est fixée dès le départ : devenir psychothérapeute ou psychanalyste, ajoute la jeune psychologue. Une fois ce premier cap passé, et ayant terminé sa curtique (fauteuil ou divan), le (la) thérapeute peut alors «commencer à prendre des personnes en thérapie (de face à face) ou en analyse, toujours sous la supervision de quelqu’un de plus expérimenté». Enfin, dans un troisième temps, le (ou la) thérapeute en herbe est alors habilité(e) à poursuivre normalement sa profession à condition toutefois «d’effectuer de manière continue des recyclages et d’être au courant des dernières nouveautés et recherches en la matière», conclut Mme Touma. Mme Mona Charabati, psychanalyste, fait remarquer de son côté, qu’il est interdit à une personne qui a fait de hautes études en psychologie (même un doctorat) d’exercer un métier de thérapeute, à moins d’avoir effectué elle-même une thérapie propre qui doit être d’une durée de quatre ans au moins. Bref, tout cela pour dire que, si les contours de la profession analytique ont été déjà balisés et ses règles relativement bien établies, il est à relever que les déviations abondent en ce domaine et les «boutiques du bonheur» se multiplient à tous les coins de rue, d’où l’importance du rôle que sera appelé à jouer à l’avenir la SLP (Société libanaise de psychanalyste) – et pourquoi pas l’État, qui a longuement ignoré ce domaine jusque-là.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Sur la question de la formation d’analystes, les psychanalystes, eux, sont intraitables. Non pas qu’il s’agisse d’une prise de position dogmatique, mais, disent-ils, un analyste doit nécessairement avoir pratiqué le divan, c’est-à-dire «faire la curtique», pour utiliser un jargon propre au métier. Bref, il faut avoir parcouru le labyrinthe de l’inconscient pour en connaître les multiples pièges et détours. À la question de savoir si les études de psychologie pouvaient, à elles seules, aboutir au métier d’analyste, le Dr Adnan Houbballah, répond sur un ton plein d’humour : «C’est comme si quelqu’un se mettait à lire tous les livres qui existent au monde sur la natation et se jetait ensuite dans la piscine. Eh bien, il va se noyer, parce qu’il ne sait toujours pas nager». Savoir nager et se mouvoir...