L’Église orthodoxe, en conflit ouvert avec le pouvoir de Slobodan Milosevic, se pose désormais en principal défenseur de la cause des Serbes du Kosovo, occupant le terrain abandonné par les politiques et les militaires. Le patriarche Pavle, 84 ans, et plusieurs autres dignitaires religieux ont fait un coup d’éclat en allant s’installer au Kosovo pour tenter de limiter l’exode serbe et surtout protéger les lieux saints par leur présence. L’appel sans précédent à la démission du chef de l’État yougoslave, lancé par le saint-synode de l’Église, marque sa rupture avec le pouvoir, tenu pour responsable de la «tragédie» des Serbes, dont 40 000 ont déjà fui le Kosovo de crainte de représailles albanaises après le retrait de l’armée yougoslave. L’Église a toujours été proche de l’opposition serbe au Kosovo. Le conflit pouvoir-opposition s’est ainsi porté subitement sur le terrain religieux, la presse progouvernementale allant jusqu’à accuser l’Église de s’être mise au service des «assassins de l’Otan». Siège du royaume serbe médiéval à l’époque de son apogée au XIVe siècle, pièce essentielle du patrimoine historique et culturel des Serbes, le Kosovo abrite pas moins de 1 300 églises et monastères. Deux de ces établissements ont été incendiés ces jours-ci par l’Armée de libération du Kosovo (UCK), tandis qu’un prêtre a été enlevé, selon l’évêque orthodoxe de la province, Mgr Artemije, lui-même contraint de fuir son diocèse de Prizren (sud) avec quelque 250 habitants serbes. Faisant étape au monastère de Gracanica, près de Pristina, le chef de l’Église orthodoxe a appelé la population serbe à ne pas quitter ses foyers, «à être courageuse et à tenir bon». Lors de son passage à Pristina, il n’a pas manqué de rencontrer le général britannique Michael Jackson, commandant de la force de paix (Kfor), et le représentant spécial de l’Onu par intérim, Sergio Vieira de Mello. Avant de quitter Belgrade, il a promis d’«intervenir de toutes (ses) forces» auprès de autorités serbes et «des plus hauts représentants» de la Kfor pour que la population serbe et ses biens soient protégés au mieux. «Je demanderai la même chose pour tous les autres habitants de la province, sans égard à leur religion et leur nationalité», a-t-il assuré. L’Église tente de combler un vide laissé par les autorités civiles serbes, qui s’interrogent aujourd’hui sur leur rôle futur, en l’absence d’accord définissant leurs pouvoirs. Le gouvernement serbe a annoncé en milieu de semaine avoir dépêché au Kosovo des «dirigeants d’entreprises publiques, ministres, professeurs d’université, médecins, députés», avec pour mission de «contribuer à la normalisation de la situation» dans la province. Mais la plupart des entreprises, usines et mines d’État ont été laissées à l’abandon et certaines ont déjà été occupées par les Albanais, selon des responsables serbes cités par la presse.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’Église orthodoxe, en conflit ouvert avec le pouvoir de Slobodan Milosevic, se pose désormais en principal défenseur de la cause des Serbes du Kosovo, occupant le terrain abandonné par les politiques et les militaires. Le patriarche Pavle, 84 ans, et plusieurs autres dignitaires religieux ont fait un coup d’éclat en allant s’installer au Kosovo pour tenter de limiter l’exode serbe et surtout protéger les lieux saints par leur présence. L’appel sans précédent à la démission du chef de l’État yougoslave, lancé par le saint-synode de l’Église, marque sa rupture avec le pouvoir, tenu pour responsable de la «tragédie» des Serbes, dont 40 000 ont déjà fui le Kosovo de crainte de représailles albanaises après le retrait de l’armée yougoslave. L’Église a toujours été proche de l’opposition serbe au...