L’Église orthodoxe serbe s’est jointe à une partie de l’opposition en réclamant hier pour la première fois la démission du président yougoslave Slobodan Milosevic, coupable à ses yeux de la «tragédie» du peuple serbe. Dans «l’intérêt du peuple et de son salut», le Saint-Synode de l’Église a demandé la formation d’un «gouvernement de salut national», composé d’«hommes nouveaux, acceptables pour l’opinion nationale et internationale», selon un communiqué diffusé par l’agence Beta. L’Église orthodoxe, dirigée par le patriarche Pavle, a toujours eu des relations tendues avec le pouvoir serbe détenu par d’anciens communistes. Si elle n’a jamais influé de façon déterminante sur la vie politique, son autorité morale s’est renforcée ces dernières années, avec un regain notable de la ferveur religieuse parmi les Serbes. L’Église ne s’est jamais privée de critiquer le pouvoir, l’accusant notamment d’avoir trahi la cause des Serbes vivant dans les ex-républiques yougoslaves. Les évêques orthodoxes serbes reprochent à Slobodan Milosevic d’avoir permis l’exode de centaines de milliers de Serbes de Croatie et de s’être désintéressé du sort de ceux de Bosnie. C’est cependant la première fois qu’ils réclament ouvertement le départ du chef de l’État et de son gouvernement, responsables à leurs yeux de «la situation tragique» dans laquelle se trouve la Serbie, après 79 jours de bombardements par l’aviation de l’Otan. L’Église rejoint à cet égard une partie de l’opposition, incarnée notamment par le Parti démocratique (DS) de l’ancien maire de Belgrade, Zoran Djindjic, mais aussi par le président pro-occidental du Monténégro, Milo Djukanovic, que le patriarche Pavle a d’ailleurs rencontré début juin à Podgorica, la capitale monténégrine. Toutefois, la position de l’Église demeure ambiguë. Elle souhaite une rupture de «l’isolement» international de Belgrade. En même temps, «convaincue que le nom de Dieu incarne la justice», elle récuse l’autorité du Tribunal pénal international (TPI), qui a inculpé Slobodan Milosevic et quatre autres dirigeants yougoslaves et serbes pour crimes de guerre au Kosovo. L’Église considère que la Force de paix internationale (Kfor) est «en train d’occuper le Kosovo», tout en lui demandant de protéger les Serbes comme les autres communautés de la province. Elle rejoint en cela les thèses des ultranationalistes de Vojslav Seselj. Le Saint-Synode exprime «sa profonde inquiétude devant les événements au Kosovo et l’exode de la population serbe» et réclame «une protection urgente des monastères de la patriarchie de Pec, de Decani, Gracanica et des autres monastères» situés au Kosovo. C’est à Pec (ouest du Kosovo) que sont traditionnellement intronisés les patriarches serbes. L’Église orthodoxe a toujours affirmé que sans le Kosovo, «la Jérusalem serbe», le peuple serbe serait privé de son passé. À l’instar des autorités, elle a souvent dénoncé «le séparatisme et le terrorisme albanais». Son communiqué de mardi ne contient cependant aucune référence à ce qu’elle qualifiait, en novembre dernier, d’«expansionnisme panalbanais» responsable des «crimes sans précédent commis contre les Serbes».
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