Plus d’une vingtaine de corps calcinés, preuves d’une tuerie collective, ont été découverts hier dans le village de Velika-Krusa, au Kosovo, que les forces serbes venaient juste d’abandonner la veille au soir. Au rez-de-chaussée d’une maison de brique rouge, gisent des corps calcinés, des os carbonisés. Des bouts de têtes semblent parfois séparés des corps. Il n’en reste souvent que des os auxquels est collée de la peau durcie et noircie. Cinq chiens tournent dans les gravats brûlés et rongent des bouts d’os. Une odeur de cadavres flotte dans l’air. «Pour l’instant, nous savons de façon certaine qu’il y a au moins 20 cadavres», précise le capitaine Michael Bos, des troupes allemandes de la Kfor. Les corps ont été découverts, grâce aux combattants de l’UCK qui y ont mené la Kfor. Une commission d’enquête a été dépêchée sur place. «Plus de 50 hommes du village» ont été massacrés, «brûlés vifs» dans cette maison le 26 mars, raconte Ismet Tara, combattant de l’UCK, qui a mené sur place les hommes de la Kfor. Le village comptait quelque 6 000 habitants, et abritait une cinquantaine de combattants de l’UCK avant le début des bombardements de l’Otan (24 mars). «Le 26, des chars, des blindés, militaires et paramilitaires serbes sont entrés dans le village. Ils ont tiré à l’arme lourde et détruit les maisons. Les soldats de l’UCK ont dû partir. Mais la population civile est restée à la merci des Serbes», raconte Ismet Tara. «Les hommes de 16 à 60 ans ont été mis à part. Ils étaient 250. Ils ont été séparés en trois groupes : le premier est celui qui se trouve dans cette maison», assure ce témoin oculaire. Les autres hommes ont été emmenés sur la route de Prizren, ajoute-t-il. Tout le village constitué de grandes maisons de briques rouges a été détruit, toutes les maisons brûlées, à l’exception de trois : celles que les forces serbes avaient prises pour quartier général. Devant l’une d’entre elles, Fodil Zeqiri, 50 ans, pleure. Il est revenu le matin même d’Albanie, pour constater la mort de son père que deux témoins lui avait racontée. Propriétaire d’une des maisons choisies par les militaires serbes, son père, 77 ans, a été attaché à un arbre, puis exécuté sommairement par balle. Il a ensuite été jeté dans une autre maison et le tout a été brûlé. Le corps calciné est sur place, un collier de fer et une chaîne pendent encore d’un pommier. «Les Serbes sont partis cette nuit», explique Fodil Zeqiri, qui veut que «le tribunal de la Haye vienne ici». La route menant de Prizren à Djakovica, sur laquelle se trouve Velika-Krusa, est une succession de maisons entièrement détruites, de briques éclatées, de toits incendiés... Mendovica, Pirana, Mala-Krusa, Drini, Celina, Bellacerka... Devant certains de ces villages, flotte cette même odeur de cadavres. Des petits bourgs, qui souvent accueillaient des membres de l’UCK, et qui sont aujourd’hui bourrés de mines. On pense que de nouveaux massacres y seront découverts : dans les témoignages les plus terribles, souvent concordants et précis, des réfugiés en Albanie, les noms des villages bordant cette route revenaient souvent. Déjà, un autre témoin s’approche des forces de la Kfor postées à Velika Krusa : d’autres corps d’hommes, tués par balles cette fois, se trouvent dans une autre maison à Drini, près de Mala-Krusa, dit-il. «Ils faisaient partie du groupe de Velika Krusa emmené vers Prizren. Ils ont en fait été stoppés et tués à Drini. Ils sont encore là», dit Dina Shyqri. La Kfor à Prizren est immédiatement informée, une autre équipe sera dépêchée sur place. Au bout de la route, c’est Djakovica, surnommée «la cité martyre». «Près de 1 000 jeunes hommes de la ville, les meilleurs, ont été embarqués par les Serbes. On ne sait pas ce qu’ils sont devenus», raconte un habitant, Skander Nikolici. La quasi-totalité de la population de la ville est albanophone. La ville antique est massivement détruite.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Plus d’une vingtaine de corps calcinés, preuves d’une tuerie collective, ont été découverts hier dans le village de Velika-Krusa, au Kosovo, que les forces serbes venaient juste d’abandonner la veille au soir. Au rez-de-chaussée d’une maison de brique rouge, gisent des corps calcinés, des os carbonisés. Des bouts de têtes semblent parfois séparés des corps. Il n’en reste souvent que des os auxquels est collée de la peau durcie et noircie. Cinq chiens tournent dans les gravats brûlés et rongent des bouts d’os. Une odeur de cadavres flotte dans l’air. «Pour l’instant, nous savons de façon certaine qu’il y a au moins 20 cadavres», précise le capitaine Michael Bos, des troupes allemandes de la Kfor. Les corps ont été découverts, grâce aux combattants de l’UCK qui y ont mené la Kfor. Une commission...