Les européennes en Grande Bretagne s’annoncent hautement paradoxales, avec le risque d’un revers pour les travaillistes de Tony Blair, europhile ultrapopulaire, et la promesse de gains pour deux partis en déshérence : les conservateurs eurosceptiques, et libéraux démocrates euro-enthousiastes. Outre le refus par le Labour au pouvoir d’engager le débat sur sa politique attentiste vis-à-vis de la monnaie unique, deux facteurs promettent de brouiller la lecture du scrutin : l’introduction de la proportionnelle intégrale, et un abstentionnisme record. La réforme du mode de scrutin, qui enterre la bipolarisation traditionnelle nationale, va bouleverser la répartition des 87 sièges de députés européens en jeu. Les projections des instituts de sondages indiquent que le Labour pourrait perdre jusqu’à 20 de ses 62 représentants. Les Tories gonfleraient leurs effectifs de 18 à 25 députés. Les Lib-dem, menacés d’extinction voici peu, passeraient de 2 à 12 au moment où leur figure emblématique Paddy Ashdown se retire de la politique sans successeur désigné. Il y a un mois, les indépendantistes écossais et autonomistes gallois avaient déjà amplement bénéficié du changement des règles électorales. Par ailleurs, les Britanniques qui comptent parmi les électeurs Européens les moins empressés à désigner leurs représentants au Parlement de Strasbourg pourraient cette fois être moins de 30 % à se déplacer. Si cette hypothèse se vérifiait, le gouvernement serait amené à regretter sa politique de l’autruche. Tout occupé à la guerre du Kosovo qui contribue au record de popularité de M. Blair, il a choisi de ne quasiment pas faire campagne. Margaret Beckett, leader travailliste à la Chambre des communes censée coordonner l’opération, a pris des vacances en France à mi-parcours. Plusieurs spots publicitaires télévisés du Labour sont allés jusqu’à occulter toute référence à l’Europe. Et le ministre des Finances Gordon Brown a attendu mardi pour sortir de sa réserve et réaffirmer sa confiance à long terme en l’euro. Le gouvernement est tardivement passé à l’offensive face aux Tories, traditionnellement divisés sur l’Europe mais qui espèrent amorcer enfin leur redressement sur un discours eurosceptique, deux ans après leur déroute électorale. Leur leader William Hague, au faîte de l’impopularité, résumait ainsi mercredi sa pensée européenne : «La Grande-Bretagne veut conserver sa livre. Son avenir consiste à être en Europe, pas gouvernée par l’Europe». «C’est une approche démente» qui revient à «trahir l’intérêt national» a rétorqué Tony Blair tandis que son ministre des Affaires étrangères Robin Cook dénonçait «l’extrémisme» tory. Comme pour atténuer les leçons du scrutin, le Premier ministre explique cependant : «L’opinion publique en ce moment ne voterait pas en faveur de l’adhésion à la monnaie unique, si l’on en croit les sondages. Mais nous ne leur demandons pas de trancher aujourd’hui». Imperturbablement, il revendique le leadership en Europe pour mieux la réformer et répète que la décision a priori favorable concernant l’euro serait arrêtée «dans l’intérêt économique national», à l’horizon 2002. En attendant, les partisans de la construction européenne s’inquiètent des progrès de l’opposition à l’euro. Majoritaire à 61 % dans le dernier sondage, elle s’est récemment nourrie de la chute de la monnaie unique accréditant l’impression de divergence entre les cycles économiques du Royaume-Uni et d’Europe continentale.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les européennes en Grande Bretagne s’annoncent hautement paradoxales, avec le risque d’un revers pour les travaillistes de Tony Blair, europhile ultrapopulaire, et la promesse de gains pour deux partis en déshérence : les conservateurs eurosceptiques, et libéraux démocrates euro-enthousiastes. Outre le refus par le Labour au pouvoir d’engager le débat sur sa politique attentiste vis-à-vis de la monnaie unique, deux facteurs promettent de brouiller la lecture du scrutin : l’introduction de la proportionnelle intégrale, et un abstentionnisme record. La réforme du mode de scrutin, qui enterre la bipolarisation traditionnelle nationale, va bouleverser la répartition des 87 sièges de députés européens en jeu. Les projections des instituts de sondages indiquent que le Labour pourrait perdre jusqu’à 20 de ses 62...