Dix ans après la mort de l’ayatollah Khomeyni, sa modeste maison dans le nord de Téhéran témoigne de la vie d’ascète du chef de la révolution islamique, qui mit fin à 2 500 ans de monarchie en Iran. Transformée en musée, la demeure du quartier escarpé de Jamaran est aujourd’hui visitée par des groupes d’écoliers et de curieux, dans une atmosphère paisible qui tranche avec la fureur des journées révolutionnaires. Les autorités iraniennes, qui vont célébrer vendredi le 10e anniversaire de la disparition de l’imam, ont résolument mis l’accent sur la «vie simple d’un homme qui a marqué l’Histoire». Dans un petit salon où il recevait ses visiteurs, seule pièce d’habitation ouverte au public, les sandales du chef charismatique de la révolution sont rangées au pied d’un tabouret, devant un sofa recouvert de tissu bon marché. La bibliothèque ne contient pas plus d’une douzaine de livres, tous des ouvrages d’études religieuses. Un Gardien de la révolution (pasdaran), en uniforme, raconte avec fierté la stupéfaction des visiteurs de marque étrangers qui venaient voir l’imam. «Quand Edouard Chevarnadzé (à l’époque ministre soviétique des Affaires étrangères) est venu voir Khomeyni, il n’en a pas cru ses yeux et a demandé: “C’est bien ici?”», raconte le militaire. Un poste de téléphone constitue la seule concession à la modernité. Les proches de l’imam avaient réussi à le convaincre, pendant ses années d’exil en Irak puis en France, des mérites de la communication directe. Dans une salle de prière voisine on trouve encore la chaire d’où il a lancé quelques-uns de ses plus célèbres discours. Une seconde chaire a été installée depuis sa mort «car personne, pas même son fils, n’a osé utiliser la première», explique le guide de la maison-musée. Cette salle de prière est désormais utilisée pour montrer des vidéos sur la vie de Khomeyni aux enfants. Tout à côté, les autorités ont fait aménager une salle d’exposition où l’on trouve entre autres le relevé de l’électrocardiogramme sur lequel sont inscrits les derniers battements de son cœur, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989. Un certificat datant de l’époque impériale – les emblèmes monarchiques du Lion et du Soleil soigneusement effacés – atteste de la naissance de l’ancien leader en 1900. Sur le passeport émis quelques jours avant son triomphal retour d’exil à Téhéran en février 1979, on peut lire : «Profession: théologien ; Lieu de résidence: Najaf (Irak) ; Adresse en Iran: aucune». On trouve aussi quelques effets personnels : ses lunettes de lecture, un chapelet, une canne de marche, des pantoufles et un petit flacon d’after-shave bon marché. Les visiteurs ont également droit à un échantillon de l’énorme courrier reçu par Khomeyni – un million de lettres d’Iran et 200 000 de l’étranger. «À lire par l’ayatollah Khomeyni uniquement», est-il mentionné sur une lettre venant de Suisse. Un courrier envoyé des États-Unis a fini par arriver à son destinataire avec pour seule adresse: «Monsieur le Prophète, leader de l’Iran, Boulevard de la capitale de la nation». Certaines lettres ont été soigneusement sélectionnées pour montrer la confiance des Iraniens dans les héritiers politiques de Khomeyni. L’une de ces missives est adressée au président de l’époque, Ali Khamenei, devenu depuis son successeur comme Guide de la révolution iranienne. Une autre est envoyée à l’hojatoleslam (rang moyen du clergé chiite) Mohammad Khatami, l’actuel président de la République, qui fut de 1982 à 1989 le ministre de la Culture et de l’Orientation islamique de Khomeyni.
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