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Actualités - Chronologie

Animaux radars au zoo de Belgrade

Les animaux du zoo de Belgrade constituent un excellent radar puisqu’ils commencent à s’agiter une demi-heure environ avant que ne tombent les bombes de l’Otan, si l’on en croit son directeur Vuk Bojovic. «C’est l’un des concerts les plus étranges et les plus perturbateurs qui se puisse écouter, a-t-il dit, dans une interview. Le bruit croît en intensité lorsque les avions approchent – seuls les animaux les entendent, pas nous – et lorsque les bombes commencent à tomber, c’est le chœur des furies. Les paons braillent, les loups hurlent, les chiens aboient, les chimpanzés secouent les barreaux de leur cage». «J’ai enregistré chaque heure de chaque jour durant lesquels les animaux se donnent en spectacle. Un jour, quand cette folie sera finie, j’aimerais comparer ce matériel à des données fiables sur les vols des avions; quelqu’un pourrait en tirer une étude scientifique». Bojovic a précisé que le zoo avait sévèrement pâti des raids aériens de l’Otan, notamment sur les installations électriques de la capitale yougoslave. «J’avais un millier d’œufs d’espèces rares ou en danger en incubation, dont certains devaient éclore dans les jours à venir. Ils ont tous été détruits; 1 000 vies de perdues !», s’est lamenté Bojovic. La viande s’est décomposée dans les chambres froides du zoo privées d’alimentation électrique et n’a pu être servie qu’aux hyènes et aux vautours. Certes la population a proposé de nourrir les animaux avec sa propre viande elle aussi décongelée «mais pour l’essentiel, elle ne leur convenait pas». Enfin, le manque d’eau a fait que des animaux comme les hippopotames nageaient littéralement dans leurs excréments. «On a dû donner de l’eau souillée à beaucoup d’animaux fragiles et nous en avons pour deux à trois mois avant d’en voir les effets», a poursuivi Bojovic. Le zoo domine le confluent du Danube et de la Save mais ces deux cours d’eau sont pollués par des déchets chimiques et industriels. Quand le tigre se ronge les pattes Quant aux raids aériens nocturnes, ils ont provoqué dans bien des cas des avortements naturels ou encore des oiseaux ont quitté leur nid, paniqués, sans couver leurs œufs. Un serpent par exemple a avorté d’une quarantaine de fœtus, en réaction apparemment aux secousses générées au sol par les explosions de missiles. La pire des nuits qu’ait connues le zoo fut lorsque l’Otan a touché le quartier général de l’armée distant de 600 mètres. «Le jour suivant, on a découvert que certains animaux avaient tué leur progéniture. Une tigresse avait tué deux de ses quatre bébés de trois jours. Quant aux deux autres, ils étaient tellement amochés qu’on n’a pu les sauver», a encore dit Bojovic. «Jusqu’alors, elle avait été une mère admirable, élevant plusieurs portées sans aucun problème. Je ne sais pas si c’est la déflagration ou l’abominable odeur qui a suivi l’explosion qui l’a fait réagir comme ça. Pour ma part, je pense qu’il s’agit de la déflagration». La même nuit, un grand-duc a tué ses cinq petits et dévoré le plus petit d’entre eux. «Il ne s’agissait pas de faim, mais de peur», tranche Bojovic. Mais le cas le plus troublant fut celui d’un énorme tigre du Bengale qui commençait à ronger ses propres pattes. «Il avait pratiquement été élevé dans mon bureau et avait confiance en l’homme», déplore Bojovic. En levant les yeux au ciel, le directeur du zoo de Belgrade a fait aussi remarquer que le ballet des avions de l’Otan, qui s’accompagne de gaz polluant l’atmosphère, menace de perturber le migration de plusieurs espèces d’oiseaux qui passent au-dessus de la région tous les ans. Certaines piquaient plein nord quand les bombardements de l’Otan ont commencé. «Elles ont toujours emprunté ces couloirs et je me demande s’il en sera encore ainsi à l’avenir. Pour moi, la faune de l’Europe entière d’ailleurs ressentira les effets de cette guerre», dit-il. Mais la conséquence peut-être la plus sinistre de cette guerre qui en est à son troisième mois, c’est la vue de gardes armés patrouillant dans le zoo. «Ils ne sont pas là pour protéger les animaux mais pour leur tirer dessus si certains tentaient de s’échapper au cas où le zoo serait bombardé», explique Bojovic.
Les animaux du zoo de Belgrade constituent un excellent radar puisqu’ils commencent à s’agiter une demi-heure environ avant que ne tombent les bombes de l’Otan, si l’on en croit son directeur Vuk Bojovic. «C’est l’un des concerts les plus étranges et les plus perturbateurs qui se puisse écouter, a-t-il dit, dans une interview. Le bruit croît en intensité lorsque les avions approchent – seuls les animaux les entendent, pas nous – et lorsque les bombes commencent à tomber, c’est le chœur des furies. Les paons braillent, les loups hurlent, les chiens aboient, les chimpanzés secouent les barreaux de leur cage». «J’ai enregistré chaque heure de chaque jour durant lesquels les animaux se donnent en spectacle. Un jour, quand cette folie sera finie, j’aimerais comparer ce matériel à des données fiables sur...