Un intégrisme catholique, encore marginal mais agissant, a fait sa percée en Pologne, illustré par l’affaire des croix d’Auschwitz, la dérive extrémiste de l’ancien prêtre de Lech Walesa, ou les succès de la station catholique radicale «Radio-Maryja». Embarrassant pour l’Église polonaise, ce courant mélange traditionalisme religieux et idées nationalistes. Il n’en jouit pas moins des sympathies au sein du clergé, il a ses partisans dans la Pologne profonde et même parmi les députés et sénateurs. Pendant plus d’un an, un groupuscule de catholiques nationalistes a défié à Auschwitz le gouvernement et l’épiscopat, plantant en lisière de l’ancien camp nazi quelque 300 crucifix, au grand dam de la communauté juive internationale opposée à la présence de symboles religieux sur les lieux de l’Holocauste. Malgré la condamnation officielle de cette action par l’Église, des prêtres sont venus y célébrer des messes, au milieu des crucifix plantés dans une ancienne gravière autour d’une croix de huit mètres qui avait servi lors d’une messe célébrée à Auschwitz par le pape Jean-Paul II en 1979. Ce n’est qu’à huit jours d’un nouveau pèlerinage de Karol Wojtyla dans sa patrie que les autorités ont décidé d’agir. Les forces de l’ordre ont enlevé les croix, sauf celle «du pape», pour les mettre dans un monastère des pères franciscains. La police a interpellé le leader des «défenseurs des croix», Kazimierz Switon, qui avait menacé de se faire exploser avec la «chapelle» qu’il venait de construire dans la gravière – en fait un cabanon en bois auquel l’Église a dénié tout caractère religieux – et que la police a fini par démolir. Il reste que l’action de Switon, qui n’a pas hésité à traiter les évêques de «satanistes ennemis de la croix», lui a attiré des sympathisants. Les traditionalistes lefébvristes se sont engagés dans le conflit, proclamant leur «assistance spirituelle aux défenseurs des croix». Les évêques polonais ont officiellement mis en garde les «fidèles égarés» contre les activités des lefébvristes en Pologne. La puissante station catholique radicale Radio-Maryja a également soutenu l’action de Switon sur ses ondes. Son directeur, le père Tadeusz Rydzyk, a été poursuivi en justice pour avoir comparé à l’antenne les parlementaires pro-avortement aux «prostituées qui couchaient avec les nazis». Un groupe de 106 parlementaires de la majorité de droite, dont le chef de Solidarité-AWS, Marian Krzaklewski, ont signé une déclaration de soutien au directeur de Radio-Maryja et accusé le parquet de «harcèlement». L’affaire a fini par être classée du fait de sa «faible nuisance sociale». Tout au long de l’enquête, les auditeurs de Radio-Maryja n’ont cessé de protester contre ce qu’ils considéraient comme une persécution religieuse et politique visant à liquider la station. Le ministre de la Justice, après avoir reçu des milliers de lettres et de fax, certains très violents, des partisans du père Rydzyk, a demandé la protection policière pour la magistrate chargée du dossier. Quant à l’ancien confesseur de Lech Walesa et aumônier des chantiers navals de Gdansk, le père Henryk Jankowski, la hiérarchie de l’Église, embarrassée par ses sorties antisémites, a fini par le sanctionner, mais sans trop de sévérité. Le curé de Sainte-Brigitte à Gdansk, qui avait mis dans son église un signe d’égalité entre l’étoile de David, la faucille et le marteau communistes et la croix gammée nazie, a été interdit de prêche pendant un an pour avoir dénoncé dans une homélie «la minorité juive» au sein du gouvernement polonais. Cette relative bienveillance à l’égard du père Jankowski semble liée à sa popularité dans l’aile catholique radicale de Solidarité. On se rappelle le père Jankowski célébrant en 1980 des messes en plein air pour les ouvriers en grève des chantiers navals de Gdansk, puis aidant avec courage les clandestins de Solidarité.
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