Tous les quotidiens français ont fait leur une hier sur l’espoir de paix en Yougoslavie après l’acceptation par le président Slobodan Milosevic des conditions de l’Otan mais ils recommandent tous de rester prudents. Pour Le Figaro (conservateur) «Milosevic n’est pas vaincu». «Depuis dix ans, le croisé de la Grande Serbie en est à sa quatrième défaite militaire. Il va maintenant lutter pour sa survie. Tant qu’il sera aux commandes à Belgrade, la paix ne sera pas acquise», prévient le quotidien. «Pour l’Europe, les jours qui viennent seront décisifs, car c’est à elle qu’il reviendra de relever les défis de l’après-guerre» conclut Le Figaro. Libération (indépendant) reste également prudent. «À moins de “coups tordus” imprévisibles aujourd’hui mais toujours possibles, la guerre pour le Kosovo est finie». «Elle se termine par une quasi-capitulation pour Slobodan Milosevic, contraint d’accepter aujourd’hui ce qu’il avait obstinément refusé à Rambouillet», constate le quotidien qui fait le bilan désastreux de la guerre pour les populations de la Yougoslavie. Même soulagement prudent et même constat navré de L’Humanité (communiste) qui s’exclame : «Enfin ! C’est avec d’infinies précautions, à la mesure de l’espérance qu’il représente, que l’on ose enfin imaginer le dénouement de l’atroce conflit des Balkans. Il semble bien que cette fois la dynamique de la diplomatie va l’emporter sur la logique de la guerre : il n’y aura pas d’autres vainqueurs que tous les peuples de la région qui voient avec soulagement approcher l’heure de l’adieu aux armes... Et une remarque de bon sens s’impose aussitôt : les conditions réunies aujourd’hui pour que s’éteigne le feu de la violence de Pristina à Belgrade avaient déjà été réunies pour l’essentiel autour de la table de la négociation de Rambouillet au début de l’année». Pour France-Soir (informations générales), «il faut encore attendre de voir si les Kosovars commencent à rentrer chez eux et si les habitants de Belgrade se remettent à dormir la nuit». Le quotidien populaire ne peut s’empêcher cependant de montrer un certain triomphalisme. «(....) Si les conditions du G8 sont réellement acceptées, cela signifiera que les gouvernements unis dans l’Otan avaient raison d’intervenir, qu’une ingérence antidictatoriale produit des résultats et que n’importe quel Caligula déchaîné ne pourra plus prendre une partie de sa population comme cobaye de ses phantasmes. Au suivant !» La Tribune (informations économiques) se pose des questions d’espoir pour l’avenir. «La paix est en vue au Kosovo. C’est-à-dire en Europe. Slobodan Milosevic n’y tient plus le dé. Du mal qui aura submergé les Balkans dix semaines durant, des déportations, des destructions, des frappes dévastatrices et des mortelles erreurs accumulées, pourra-t-il sortir un bien ? Pour nous autres Européens, une aire de sécurité commune, véritable “Graal” de ce siècle, havre de paix entre une Amérique volontiers hégémonique et un Orient (russe d’abord) forcément compliqué, est-elle sur le point de se dessiner ? L’espérance est plus que jamais de mise». La Croix (catholique) insiste sur de possibles «manœuvres» de la part du régime yougoslave. «La Yougoslavie accepte le plan de paix présenté par les Russes et les Européens». Cette phrase, dans sa sobre et efficace simplicité, fait passer, depuis hier, sur l’Europe entière et sur tous les hommes de bonne volonté, un souffle rafraîchissant. «Enfin ?» nous demandions-nous hier. Enfin ! Peut-on raisonnablement dire aujourd’hui. (....) Il reste, naturellement, à vérifier la valeur des engagements serbes, sachant qu’un régime qui vient de consentir à ce qu’il avait rejeté peut disposer d’une marge pour ses grandes et ses petites manœuvres. Il ne saurait être présumé innocent.
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