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Actualités - Opinion

A l'auditorium Emile Boustani-Beit Méry Destins de femmes

Une voix comme le premier réveil du monde... Pour l’accompagner, quelques accords de piano ou une grappe de notes cristallines surgies d’un clavecin... Pour symboliser ou concrétiser le thème suggéré des «femmes dans la main du destin», la musique a pris plus d’un masque, plus d’une réalité, plus d’un rêve, plus d’un fantasme, plus d’un bonheur, plus d’un interdit, plus d’un combat, plus d’une adversité... À tous ces visages, ces portraits ou destins de femmes, la soprano Dominique Hellsten a prêté sa voix admirable, ses soupirs, ses cris, ses modulations et David Roblou son talent au clavier du piano et du clavecin. À ce programme où Phèdre et Shasta de Naji Hakim ont la part belle, s’inscrivent aussi des pages de Gluck, Duphly, Cherubini et Olivier Messiaen. Ouverture quelque peu majestueuse et toute en invocation avec le vibrant appel des Divinités du Sty de Gluck, sommet dramatique d’Alceste tiré de la tragédie d’Euripide. Par ce chant simple mais émouvant se dessine le profil d’une épouse aimante et fidèle qui se sacrifie pour le salut de son époux. De Jacques Duphly La vanloo, La felix et Médée au rythme d’un clavecin en solo, emporté dans le tourbillon des rythmes et d’une écriture douce et aimable... Monde enchanté et enchanteur narrant des histoires d’un autre temps... Pour terminer la première partie de ce programme, la Phèdre de Naji Hakim. Après une première à Londres, cette œuvre intense, originale et surtout résolument moderne, est présentée pour la première fois au Liban. Un personnage de femme qui a inspiré plus d’un auteur, sans oublier Sophocle, Euripide et Racine... Ici nous l’écoutons dans les alexandrins de l’auteur d’Andromaque, vers aux rimes riches et eux-mêmes d’une absolue musicalité... Dans cette cantate pour soprano et piano éclate la passion dévorante d’une amoureuse consommée et consumée par ce mortel désir qu’elle porte si voracement au bel Hippolyte... Intonations fortes et marquées où à travers invectives, anathèmes, supplications et aveux se dessinent les flammes d’un cœur douloureusement épris. Mais il y a ici comme un accent de repentir, une voix secrète qui murmure et c’est ça la dimension nouvelle de cette Phèdre, fille de Minos et Parsiphae, oubliant au bout de son calvaire la folie des corps et touchée in extremis peut-être par la grâce de Dieu... Et ce ne sont pas les mots de Racine qui le disent, mais la musique, haletante, martelée, aux stridences mesurées, de Naji Hakim qui le suggère... La cantatrice Dominique Hellsten a non seulement donné à cette œuvre toute sa force et son intensité vocale mais elle lui a prêté aussi toute sa poigne dramatique par un indéniable talent de tragédienne. Après l’entracte, les pleurs et l’insoutenable crime de Médée, mère dénaturée, contant l’incroyable passion d’une femme trahie, abandonnée mais monstrueusement aveuglée par son désir de vengeance... Accents poignants auxquels Cherubini prête en habile mélodiste toute l’émotion et le tragique nécessaire. Retour à la scène d’une œuvre de Naji Hakim. Shasta, ballet imaginaire, nom d’une montagne en Amérique et en même temps d’une fille, est une suite pour clavecin avec des nuances subtiles, une narration moderne, des sonorités audacieuses et un souffle soutenu et original. Pour terminer, du Messiaen. Poèmes pour Mi renoue avec la tradition lyrique où la poésie, tout en gardant une certaine essence éthérée mais quelque peu hermétique, n’en est pas moins perceptible... Écrits en 1936, ces poèmes à une voix de soprano et orchestre (mais remplacé ici bien entendu par le piano) chantent le sacrement du mariage ; ils présentent une sorte de mélodie continue qui se développe directement, sans mesure régulière... Chant serein magnifiant la femme dans le bonheur conjugal après tous les désordres entrevus dans ce parcours vocal de destins marqués par les débordements et les désordres de la chair où tout n’est que larmes et malheurs... Paisible note d’orgue pour désigner que ce qui est béni par Dieu est à jamais lumineux et rayonnant... Le dire en termes universels de musique si belle et touchante, voilà un pari bien gagné même si la salle était réservée à des «happy few» (pour reprendre un terme bien stendhalien!) car le public, ce soir-là, était probablement partagé entre la victoire des Verts de la Sagesse et la silhouette de Naomi Campbell défilant sous le ciel de Beyrouth...
Une voix comme le premier réveil du monde... Pour l’accompagner, quelques accords de piano ou une grappe de notes cristallines surgies d’un clavecin... Pour symboliser ou concrétiser le thème suggéré des «femmes dans la main du destin», la musique a pris plus d’un masque, plus d’une réalité, plus d’un rêve, plus d’un fantasme, plus d’un bonheur, plus d’un interdit, plus d’un combat, plus d’une adversité... À tous ces visages, ces portraits ou destins de femmes, la soprano Dominique Hellsten a prêté sa voix admirable, ses soupirs, ses cris, ses modulations et David Roblou son talent au clavier du piano et du clavecin. À ce programme où Phèdre et Shasta de Naji Hakim ont la part belle, s’inscrivent aussi des pages de Gluck, Duphly, Cherubini et Olivier Messiaen. Ouverture quelque peu majestueuse et...