Les sorcières ont fondu d’un seul coup sur les montagnes du Harz (nord de l’Allemagne), dansé autour d’un grand feu avec le diable et balayé l’hiver à minuit sonnant pour faire place nette au printemps. Comme chaque année, la réalité a rejoint la fiction à la fin de la semaine dernière dans les villages qui entourent le mont Brocken (1 142 mètres), pour la grande nuit de Walpurgis, sortie tout droit de la mythologie germanique. Selon une vieille croyance, les sorcières volent vers le Brocken, dans une chevauchée fantastique de balais, pour y rencontrer le diable lors de la nuit qui précède le 1er mai. À Thale (ex-RDA), un des hauts lieux de la légende, plus de 20 000 «balais volants» et diablotins ont rallié la «place de Danse des Sorcières», dans un décor vertigineux de gorges et de forêts. Mégères en jupons, nez crochus et mines ensorceleuses ont empreint les lieux de leur ombre mystérieuse, mêlant ricanements sarcastiques et hululements prémonitoires, sur fond de pleine lune, qui n’avait pas manqué d’être au rendez-vous. «Hihihihi ! Entrez dans mon cercle magique», scandait la sorcière Babayaga, tout près du grand feu de joie dressé pour les esprits de la nuit. Mythologie et christianisme Masques et sculptures en métal géantes, au message énigmatique, ont également surgi dans la nuit, peuplée subitement de mille démons, jusqu’à l’apparition finale d’un grand diable à cape rouge, comme accroché aux étoiles au bout de son filin. Légende oblige, la genèse de la «nuit des sorcières» reste des plus opaques. «Elle n’a rien d’étonnant dans ces montagnes aux forêts épaisses, sombres, presque mystiques», avance la sorcière Cornelia Meints, 38 ans, de Brême (nord). Walpurgis mêle en fait mythologie germanique et héritage chrétien. Chez les Germains, la nuit du 30 avril au 1er mai consacrait le mariage du dieu Wodan et de Freya, la reine de l’amour et de la fertilité. À l’ère de la christianisation, les dieux germaniques devinrent autant de diables à bannir. Quant au 1er mai, il fut proclamé jour de la sainte Walpurgis, une missionnaire venue convertir les «barbares». L’Église, jugeant certaines femmes trop «libérées» dans la société germanique, où elles avaient des dons de guérison et un rôle social assez important, se lança dans une chasse aux sorcières contre les «impies», générant du même coup la naissance de superstitions tenaces. Depuis, toutefois, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et désormais, il n’est plus question que de gentilles sorcières, comme celles dont se réclamait le mouvement féministe dans les années 70 et 80. La consécration dans «Faust» «Pour moi, les sorcières viennent des contes de fées, de mon enfance», raconte Cornelia. «Hou Hou ! Nous venons chasser l’hiver, nous n’avons rien de satanique ... C’est l’Église qui a vu en nous des créatures du diable», renchérit Babayaga. Goethe enracina la légende de la nuit de Walpurgis au Brocken dans une scène de son «Faust». Au tournant du XXe siècle, les fêtes de Walpurgis se multiplièrent dans la région. Après la parenthèse de la RDA, où elles étaient interdites, elles ont repris de plus belle avec la réunification allemande. N’en déplaise aux organisateurs, les simples badauds, arborant leurs vêtements de tous les jours, ont constitué toutefois cette année l’immense majorité de la marée humaine venue célébrer Walpurgis à Thale. Des paires de cornes phosphorescentes, achetées à la sauvette et émergeant ici et là dans la foule, ont mis pour l’essentiel la note diabolique à ce qui semble devenu avant tout une grande fête populaire, avec profusion de bière et de saucisses. Dix ans après la chute du Mur de Berlin, Walpurgis aurait-elle donc pactisé avec le dieu du commerce et des affaires ?
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les sorcières ont fondu d’un seul coup sur les montagnes du Harz (nord de l’Allemagne), dansé autour d’un grand feu avec le diable et balayé l’hiver à minuit sonnant pour faire place nette au printemps. Comme chaque année, la réalité a rejoint la fiction à la fin de la semaine dernière dans les villages qui entourent le mont Brocken (1 142 mètres), pour la grande nuit de Walpurgis, sortie tout droit de la mythologie germanique. Selon une vieille croyance, les sorcières volent vers le Brocken, dans une chevauchée fantastique de balais, pour y rencontrer le diable lors de la nuit qui précède le 1er mai. À Thale (ex-RDA), un des hauts lieux de la légende, plus de 20 000 «balais volants» et diablotins ont rallié la «place de Danse des Sorcières», dans un décor vertigineux de gorges et de forêts. Mégères en...