En plein milieu du camp de transit macédonien de Blace, à la frontière avec le Kosovo, un groupe de réfugiés ramasse en toute hâte quelques affaires éparpillées au sol : après deux nuits à la belle étoile, ils vont rejoindre les plus chanceux, déjà installés sous une tente qui les protège au moins du froid. Vide il y a une semaine, après avoir accueilli aux premiers jours des frappes de l’Otan des dizaines de milliers d’Albanais du Kosovo fuyant la répression serbe, le camp de Blace a recommencé à se remplir dans l’urgence, faute de place dans les sites voisins qui croulent sous la foule des réfugiés. «Nous avons atteint la limite. Nous ne faisons plus de plans d’un jour à l’autre, mais heure par heure. Avec une seule préoccupation, trouver des couvertures, des matelas, des médicaments pour ces gens à bout de forces, et éviter qu’ils ne dorment dehors», explique Joanna Kotcher, de l’organisation humanitaire américaine Mercy Corps. Paula Ghedini, responsable pour la Macédoine du Haut-Commissariat de l’Onu aux réfugiés (HCR), confirme le «grave problème» que pose la saturation des camps. Mercredi et jeudi, plusieurs centaines de personnes ont dormi en plein air à Blace, entassées sur des bâches en plastique, en contrebas de la petite route venant de Yougoslavie sur laquelle, du matin au soir, s’étire une colonne ininterrompue de femmes, d’enfants et de vieillards. «Nous sommes arrivés en pleine nuit. On nous a dit, mettez-vous là, par terre. Depuis, nous attendons ; hier, il y avait encore des médicaments pour les enfants, aujourd’hui, plus rien», raconte Rampiz Bekisa, 42 ans, arrivé dans un groupe de neuf personnes, dont cinq enfants en bas âge. À l’inquiétude des organisations humanitaires s’ajoute celle du gouvernement macédonien, alors qu’à un rythme de 3 000 à 4 000 par jour, la barre des 200 000 réfugiés risque d’être bientôt franchie dans ce pays de 2,2 millions d’habitants. La Macédoine affirmait au début du conflit ne pas pouvoir accueillir plus de 20 000 personnes. Son ministre de la Défense, Nikola Kljusev, déclarait récemment ne pas vouloir qu’elle devienne «un pays de camps de réfugiés». Le porte-parole du HCR Ron Redmond a cependant annoncé que le gouvernement avait donné son «accord» pour la recherche de nouveaux sites. À Brazda, l’un des deux immenses camps aux portes de la capitale, Skopje, les réfugiés s’entassent par dizaines dans les tentes alignées à perte de vue. «Pas question d’accueillir une personne de plus. Ici c’est surpeuplé. Il y a près de 30 000 réfugiés, deux fois plus que la capacité normale», affirme un employé du HCR. Pas question non plus d’agrandir le camp enserré dans des grillages, entouré de champs dont les propriétaires ont déjà crié leur refus de voir leurs terres envahies. Seules quelques installations rudimentaires, comme les rangées de sanitaires en construction, devraient améliorer le quotidien dans ce camp qui prend jour après jour le visage d’une ville de fortune. Les départs, 600 à 1 000 par jour, ne suffisent pas à désengorger le camp, et le HCR espère profiter d’un répit consécutif à l’ouverture cette semaine d’un nouveau site à Cegrane, dans l’ouest du pays, pour installer tant bien que mal les derniers arrivés. «Partout, nous sommes au bord de l’asphyxie», dit Joanna Kotcher. À Blace, elle a dû choisir des réfugiés «prioritaires», enfants ou personnes malades, qu’elle a autorisés à prendre place sous les tentes pendant que les autres restaient dehors. «Un homme a craqué, il s’est mis à crier, il y a eu un mouvement de foule», raconte-t-elle. «Tout est ensuite rentré dans l’ordre. Mais nous avons pu voir à quel point les gens sont dans un état de stress extrême».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats En plein milieu du camp de transit macédonien de Blace, à la frontière avec le Kosovo, un groupe de réfugiés ramasse en toute hâte quelques affaires éparpillées au sol : après deux nuits à la belle étoile, ils vont rejoindre les plus chanceux, déjà installés sous une tente qui les protège au moins du froid. Vide il y a une semaine, après avoir accueilli aux premiers jours des frappes de l’Otan des dizaines de milliers d’Albanais du Kosovo fuyant la répression serbe, le camp de Blace a recommencé à se remplir dans l’urgence, faute de place dans les sites voisins qui croulent sous la foule des réfugiés. «Nous avons atteint la limite. Nous ne faisons plus de plans d’un jour à l’autre, mais heure par heure. Avec une seule préoccupation, trouver des couvertures, des matelas, des médicaments pour ces gens à...