Le représentant adjoint des États-Unis pour le Commerce, Richard Fisher, a exprimé mardi sa colère après le refus des responsables financiers japonais de le recevoir, un incident révélateur de la montée des tensions commerciales et des ressentiments entre les deux pays. «M. Sakakibara et la FSA (Agence de surveillance financière) m’ont refusé la possibilité de les rencontrer», a déclaré M. Fisher devant le Club des correspondants étrangers (FCC) du Japon, en mettant en cause le vice-ministre japonais des Finances pour les affaires internationales, Eisuke Sakakibara, et la FSA, nouvelle autorité de surveillance du système financier. En visite à Tokyo, le numéro deux du département du Commerce souhaitait discuter de l’application de l’accord nippo-américain de décembre 1996 sur l’ouverture de l’énorme marché japonais de l’assurance. Devant le FCC, le responsable américain a qualifié cette attitude de «très rare dans les relations internationales». «Ceci n’est pas bon pour les relations entre les États-Unis et le Japon. Ce n’est pas seulement déplaisant, mais adresse un très mauvais signal», a-t-il dit. Chez M. Sakakibara, on répliquait qu’un emploi du temps trop chargé n’avait pas permis de satisfaire une demande transmise seulement la semaine dernière par les États-Unis. «Il est assez surprenant d’entendre que nous lui avons fermé la porte au nez», a indiqué à l’AFP un collaborateur du vice-ministre. Après une période de calme, les motifs de tensions commerciales se multiplient à nouveau entre les États-Unis et le Japon. La récession dans l’archipel, combinée à un effrondrement des marchés d’Asie pour les exportateurs nippons, a débouché l’an dernier sur une hausse de 33 % de l’excédent commercial japonais avec les États-Unis, à 6 697 milliards de yens (50 milliards d’euros). Le bond spectaculaire des exportations d’acier japonais vers l’Amérique du Nord en 1998 illustre cette réorientation brutale du commerce extérieur japonais et a provoqué l’enclenchement d’une procédure antidumping par Washington. «Nous sommes considérés comme le marché en dernier ressort, en premier ressort et en unique ressort», a noté M. Fisher, qui a estimé cependant qu’il y a «des limites à la tolérance». Un autre sujet de discorde concerne le riz, où la décision du Japon de remplacer les quotas d’importation par des tarifs douaniers prohibitifs pourrait aboutir à un recul de la déjà faible pénétration étrangère sur un marché ultrasensible pour le puissant lobby agricole nippon. Mais la montée perceptible des ressentiments va au- delà des désaccords commerciaux. Elle traduit le refus d’une partie de l’élite politique et bureaucratique japonaise de subir sans réagir ces «normes globales» que l’on assimile généralement à Tokyo à une américanisation. Dans une intervention au FCC quelques jours auparavant, Eisuke Sakakibara, surnommé «Monsieur Yen» pour l’influence qui lui est prêtée sur les marchés des changes, avait critiqué la «domination américaine». Auteur d’un ouvrage à la gloire du modèle capitaliste japonais, il avait même salué le fait que cette influence des États-Unis décline, en partie selon lui à la suite de «la montée ces dernières années d’un sentiment anti-américain potentiel dans diverses parties du monde». Mardi, Richard Fisher, économiste, financier et ancien fonctionnaire de l’administration Carter, familier du Japon, a répété le credo américain qui attribue à l’excès de réglementation et d’intervention gouvernementale la responsabilité de la stagnation économique du Japon tout au long des années 90. «La racine du mal se trouve dans une structure économique incapable d’améliorer le niveau de vie», estime Richard Fisher. Il qualifie la protection gouvernementale de «narcotique qui retarde le processus d’ajustement» dans des industries comme le BTP qu’il range «parmi les moins efficaces au monde». «Purement et simplement, le gouvernement japonais ne crée pas un environnement favorable à l’ajustement des entreprises», estime le responsable américain.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le représentant adjoint des États-Unis pour le Commerce, Richard Fisher, a exprimé mardi sa colère après le refus des responsables financiers japonais de le recevoir, un incident révélateur de la montée des tensions commerciales et des ressentiments entre les deux pays. «M. Sakakibara et la FSA (Agence de surveillance financière) m’ont refusé la possibilité de les rencontrer», a déclaré M. Fisher devant le Club des correspondants étrangers (FCC) du Japon, en mettant en cause le vice-ministre japonais des Finances pour les affaires internationales, Eisuke Sakakibara, et la FSA, nouvelle autorité de surveillance du système financier. En visite à Tokyo, le numéro deux du département du Commerce souhaitait discuter de l’application de l’accord nippo-américain de décembre 1996 sur l’ouverture de l’énorme...