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Actualités - Chronologie

Fleurs et gilet pare-balles pour le retour triomphal de Khomeyni

Le 1er février 1979, le destin de l’Iran bascule avec l’arrivée à Téhéran d’un vieil ayatollah énigmatique, en turban noir et au regard sombre, acclamé par des centaines de milliers d’Iraniens en liesse. Rouhollah Moussavi-Khomeyni, qui s’apprête au nom de l’islam à balayer 25 siècles de monarchie en Perse, descend lentement la passerelle d’un Boeing 747 d’Air France en s’appuyant sur le bras d’un stewart. «Dans l’avion, j’ai convaincu l’imam Khomeyni de porter un gilet pare-balles», raconte Ibrahim Yazdi, l’un des plus proches compagnons de l’imam et ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition issu de la révolution. «Je l’ai aidé à se déshabiller et à enfiler le gilet sous son habit religieux, par mesure de sécurité», se souvient vingt ans après M. Yazdi, devenu aujourd’hui la principale personnalité de l’opposition intérieure. Tout au long du vol depuis Paris, l’artisan de la révolution théocratique ne montre aucune émotion. À un journaliste qui lui demande ce qu’il ressent, il répond : «Rien». «Ce n’était pas de l’indifférence mais simplement l’illustration de la capacité de ce grand mystique à faire abstraction de toute émotion visible», assure Ibrahim Yazdi. Le reste des passagers est moins à l’aise. «Par précaution, l’avion affrété spécialement a embarqué suffisamment de carburant pour pouvoir revenir à Paris, en cas de refus d’atterrissage à Téhéran», se souvient M. Yazdi. Pour éviter d’être abattus en vol tout autant que par souci médiatique, les partisans de l’imam ont fait embarquer avec eux une centaine de journalistes étrangers. À 09h33 locales, l’appareil d’Air France surgit au-dessus de l’aéroport de Téhéran, où un important dispositif a été mis en place pour assurer la sécurité de Khomeyni, de retour après 14 années d’exil en Irak et un séjour à Neauphle-le-Château, une bourgade de la banlieue parisienne. Le chah Mohammad-Reza Pahlavi a déjà pris la fuite le 16 janvier. Il ne reste qu’à faire tomber son dernier Premier ministre, Chapour Bakhtiar. Ce sera chose faite dix jours plus tard, le 11 février. Bakhtiar sera finalement assassiné 12 ans plus tard en exil, à Suresnes, près de Paris. Un «comité d’accueil» composé des représentants des diverses forces politiques de l’opposition, religieuses islamiques et laïques, a été mis en place. Turbans et complets vestons, adeptes du Coran, intellectuels marxisants ou opposants libéraux se bousculent autour du futur maître de l’Iran. Une fois sorti de l’aéroport, l’imam, assis sur la banquette avant d’une Chevrolet, prend la direction du cimetière de Behécht-é-Zahra, au sud de Téhéran, pour rendre hommage aux «martyrs» tombés pour la révolution. Sur tout son itinéraire, des centaines de milliers de personnes l’acclament dans une ambiance de délire. Sur la ligne blanche du milieu de la chaussée, ils ont placé des milliers d’œillets en signe de bienvenue. L’Histoire s’emballe dans les jours qui suivent. Le clergé chiite organise des manifestations de masse dans tout le pays et des grèves dans l’industrie pétrolière. Le 8 février, l’armée intervient et décrète en vain un couvre-feu pour faire face aux émeutes qui ont fait plusieurs milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés. Le 11 février, la radio annonce la chute de la monarchie, celle du gouvernement Bakhtiar et la victoire de la révolution islamique. «J’ai été le premier à entrer dans le bureau de Chapour Bakhtiar où j’ai pu voir le déjeuner qu’il avait abandonné sur sa table avant de prendre la fuite», se souvient Ibrahim Yazdi.
Le 1er février 1979, le destin de l’Iran bascule avec l’arrivée à Téhéran d’un vieil ayatollah énigmatique, en turban noir et au regard sombre, acclamé par des centaines de milliers d’Iraniens en liesse. Rouhollah Moussavi-Khomeyni, qui s’apprête au nom de l’islam à balayer 25 siècles de monarchie en Perse, descend lentement la passerelle d’un Boeing 747 d’Air France en s’appuyant sur le bras d’un stewart. «Dans l’avion, j’ai convaincu l’imam Khomeyni de porter un gilet pare-balles», raconte Ibrahim Yazdi, l’un des plus proches compagnons de l’imam et ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition issu de la révolution. «Je l’ai aidé à se déshabiller et à enfiler le gilet sous son habit religieux, par mesure de sécurité», se souvient vingt ans après M. Yazdi, devenu...