Le Comité international olympique (CIO) pense avoir ouvert les portes d’une nouvelle ère. Une ère de réformes, de renouveau, placée sous le signe de la reconquête de crédibilité et de confiance après la tourmente due aux affaires de corruption auxquelles un point final est certainement loin d’être mis. Après des premières mesures pour écarter ceux qui ont succombé à la tentation des largesses de Salt Lake City, il s’apprête maintenant à franchir un nouveau pas dans la lutte antidopage. En moins de deux semaines, le CIO, pris dans des turbulences qui n’ont pas cessé de le secouer depuis près de deux mois par des révélations d’abord sur Salt Lake City puis maintenant sur Sydney et Nagano, aura donc dû faire face aux deux plus grandes menaces que connaît le mouvement olympique : corruption et dopage. «Plus rien ne devrait être comme avant», se rassurait-on dans les couloirs du CIO, qui serait déçu si les efforts qu’il déploie n’entraîne pas l’apaisement. Les sanctions infligées à sept membres (six demandes d’exclusion et un blâme) coupables «d’indélicatesses avérées» (paiement en liquide, bourses d’études aux enfants et soins médicaux gratuits) ont sonné le début d’une opération de nettoyage et de réformes. «Extirper l’inconduite» «Nous continuerons à traquer et à extirper l’inconduite», a déclaré Juan Antonio Samaranch qui va mettre, non sans risque, sa présidence dans la balance lors de la session extraordinaire du Parlement olympique à la mi-mars. «Je m’engage personnellement à ce que ces réformes soient adoptées», a-t-il annoncé. Elles portent sur un code de conduite plus clair et précis des membres, la création d’une commission d’éthique indépendante qui les surveillera et sur une nouvelle procédure de désignation des villes olympiques. «Pour que les irrégularités ne se reproduisent jamais», a dit le président du CIO. La partie ne s’annonce pas facile. Tout le monde se ralliera aux principes. En revanche, les membres rechigneront sans doute, «à cause de quelques brebis galeuses», à abandonner leurs privilèges. On veut leur interdire les visites aux villes candidates durant lesquelles ils sont fort bien traités et leur supprimer le droit de vote, sauf pour huit d’entre eux élus par leurs pairs au sein du nouveau «comité d’élection» réduit à seize personnes. «Ce sera une garantie d’égalité pour les villes candidates car le choix se fera maintenant sur des critères techniques – donc meilleurs pour les athlètes – et non sur des considérations politiques», expliquait-on. C’est selon cette procédure nouvelle et expérimentale que devrait être désignée la ville hôte des Jeux d’hiver de 2006 en juin à Séoul. D’aucuns auraient souhaité que le CIO aille plus loin dans ses réformes remettant notamment en cause le huis clos de ses réunions, la cooptation et la limitation du mandat de ses membres. Trois instances indépendantes On rétorque au CIO qu’il fallait aller au plus urgent, et que les efforts de transparence ont déjà été notoires. L’institution olympique aura, dans quelques jours, mis en place trois instances qui n’ont aucun lien avec le CIO et dont l’indépendance est garantie et ce, dans des secteurs particulièrement sensibles. Il s’agit du Tribunal arbitral du sport, instance juridique devant laquelle tout recours est possible depuis 1995, de la nouvelle commission d’éthique, véritable comité de surveillance composé de sages qui veilleront à la régularité des opérations et enfin de la future agence de lutte contre le dopage qui fera autorité notamment au plan scientifique. La commission d’éthique, décidée dimanche, prendra le relais de la commission d’enquête du Canadien Richard Pound. Elle poursuivra les informations sur les trois membres laissés en sursis, le Russe Vitaly Smirnov, le Sud-Coréen Un Yon Kim et l’Ivoirien Louis Guirandou, tous trois ex-vice-présidents du CIO. Elle aura pouvoir de vérifier les allégations et agissements suspects lors de campagnes de candidatures pouvant remonter aux jeux de 1992. «Elle devra faire la part des choses entre les allégations fantaisistes et ce qu’il faut prendre au sérieux», a indiqué Richard Pound. L’agence sur le dopage résultera de la conférence mondiale qui aura lieu la semaine prochaine à Lausanne. L’objectif de la conférence est de mieux cerner la définition du dopage, uniformiser les procédures de contrôle et la gamme des sanctions et, enfin, situer les complémentarités de responsabilités et d’actions entre le CIO, les fédérations internationales et les gouvernements. Le président Samaranch, dont certains demandent le départ, pourra ainsi se présenter les 17 et 18 mars devant un CIO au blason quelque peu redoré. Une approbation par acclamations lui sera nécessaire pour aller jusqu’à la fin de son mandat en 2001. Ce qui n’est pas garanti. Le CIO tente de rassurer les sponsors Les organisateurs des Jeux olympiques de l’an 2000 de Sydney, ont annoncé lundi que des officiels du Comité international olympique (CIO) allaient rencontrer les sponsors afin d’enrayer la mauvaise publicité faite autour de l’attribution des JO. Le CIO a déclaré qu’il enverrait l’un de ses membres, Jacques Rogge, ainsi que son directeur général François Carrard à Sydney d’ici deux à trois semaines afin de réaffirmer son soutien à la ville et pour «savoir exactement ce qui se passe». Dans le scandale de Salt Lake City, les membres du CIO corrompus sont accusés d’avoir perçu 600 000 dollars en cadeaux et prestations. Jeux de Sydney Les responsables de la candidature de Sydney à l’organisation des Jeux olympiques d’été de l’an 2000 ont joué le jeu selon les règles en vigueur à l’époque, a estimé lundi Michael Knight, le ministre australien des Jeux olympiques. «Ces règles n’ont pas été édictées par l’Australie, mais c’étaient celles en vigueur à l’époque et selon lesquelles tout le monde a joué le jeu», a déclaré M. Knight. «Je suis heureux que ces règles aient changé». Sydney reconnaît avoir dépensé 1,2 million de dollars US pour aider le sport dans onze pays africains avant le vote de 1993 pour l’attribution des JO de l’an 2000. Le président du Comité olympique australien (AOC), John Coates, a admis pour sa part avoir offert 70 000 dollars US comme «incitation» à deux délégués africains à la veille du vote. Pour M. Knight, Sydney ne fera pas l’objet d’une enquête du Comité international olympique, mais collaborera à l’enquête menée par le CIO sur les activités de certains de ses membres, dont six font l’objet d’une procédure d’exclusion et trois ont déjà démissionné, dans le cadre de l’attribution des JO d’hiver de 2002 à Salt Lake City. Lundi en Australie, c’était un sentiment général de soulagement qui prévalait, Sydney ayant été confirmée comme ville organisatrice des prochains JO d’été. «Je suis très satisfait car il planait un doute certain ces derniers jours et ce doute a été levé», a notamment déclaré l’Australien Kevan Gosper, membre influent du CIO, depuis Lausanne à la radio ABC. «Je ne dirai pas que les Jeux de Sydney étaient en grand danger, mais il ne faut jamais rien laisser au hasard. Nous avons reçu l’aval (Ndlr : du CIO), c’est une très bonne nouvelle». M. Gosper a souligné que personne au comité exécutif du CIO n’avait demandé que les JO soient retirés à Sydney, et que le comité avait accepté ses explications quand il affirmait que M. Coates n’avait pas enfreint les règles. Sandy Hollway, président du comité d’organisation des Jeux de Sydney (Socog), a reconnu que le scandale de Salt Lake City, qui a «terni les anneaux olympiques», avait causé des inquiétudes à Sydney, dans le domaine du parrainage notamment. «Mais pour peu que les anneaux retrouvent leur éclat, nous serons bien placés pour affirmer que les JO de Sydney seront un événement auquel toute entreprise devrait souhaiter s’associer», a-t-il ajouté. Nagano reconnaît des «excès» Le maire de Nagano (Japon) a admis lundi que des «excès» ont été commis pour obtenir les JO d’hiver de 1998, mais qu’ils étaient liés à l’«atmosphère» régnant au cours des visites de membres du Comité international olympique (CIO). «En prenant du recul, je pense qu’il y a eu des excès», a reconnu Tasuku Tsukada, au cours d’une conférence de presse spécialement organisée pour répondre aux questions de plus en plus pressantes sur les conditions de la candidature victorieuse de la station de sports d’hiver japonaise. M. Tsukada a fait porter la responsabilité indirecte de ces «excès» sur le CIO. «L’atmosphère faisait qu’il était difficile de ne pas accéder aux requêtes des membres du CIO», venus visiter le site avant que Nagano ne soit choisi, en 1991, selon lui. C’est ainsi, a-t-il expliqué, que certains d’entre eux avaient émis le souhait de visiter, en marge des réunions de travail à Nagano, Kyoto, le haut lieu touristique du Japon. Le voyage, riche de tous les ingrédients de l’hospitalité japonaise, a donc été organisé par le comité de candidature de Nagano. «Je considère aujourd’hui qu’il y avait alors un risque d’escalade» pour les villes-candidates, a-t-il estimé. Nagano avait été sélectionné de justesse, avec seulement deux voix de plus que l’américaine Salt Lake City, aujourd’hui au centre du scandale. Le Comité olympique japonais (COJ) a mis sur pied lundi une équipe de cinq ou six membres présidée par Yushiro Yagi, secrétaire général du COJ, qui répondra aux demandes d’informations du CIO, comme ce dernier l’a annoncé dimanche. Ils devraient enquêter sur les conditions de la disparition des livres de compte de la campagne de candidature, brûlés en 1992, mais aussi sur un certain nombre de cadeaux et de faveurs accordés à des membres du CIO lors des visites de sélection des sites. Quatre des six personnes exclues du CIO dimanche faisaient partie des 62 membres à s’être rendus, avant le vote, à Nagano, certains d’entre eux accompagnés par leurs épouses et logés dans des hôtels de luxe. «La première chose sera de déterminer si les allégations d’actes répréhensibles du comité de candidature de Nagano sont vraies ou non» a déclaré Yushiro Yagi. Interrogé sur ce scandale qui fait la une de la presse nipponne, le Premier ministre Keizo Obuchi a exprimé son souhait que les décisions prises ce week-end par le CIO lui redonnent «l’esprit de l’olympisme moderne». Il a également confirmé son soutien à la candidature d’Osaka, la deuxième ville du pays, aux JO d’été de 2008. L’idéal olympique doit rester «irréprochable» L’idéal olympique doit rester «irréprochable», a souligné lundi le porte-parole du gouvernement grec Dimitris Reppas. «L’organisation des Jeux olympiques ne peut être assimilée aux activités de membres de la famille olympique qui sont condamnables», a ajouté M. Reppas, faisant allusion au scandale de corruption lié à l’attribution des JO d’hiver de 2002 à Salt Lake City. Il faut, a dit le porte-parole, séparer l’organisation des JO et les activités des membres du CIO «pour ne pas arriver à des conclusions injustes pour les Jeux olympiques, qui constituent la plus grande manifestation sportive du monde». La suggestion faite par certains d’organiser de façon permanente les JO en Grèce «peut être examinée dans une phase ultérieure mais, à l’heure actuelle, la Grèce s’emploie à organiser le mieux possible les Jeux d’été de 2004 à Athènes et ne s’occupe pas d’autre chose», a par ailleurs souligné M. Reppas. D’autre part, les deux membres grecs du CIO, Nicos Filaretos et Lambis Nikolaou, ont déclaré sur la première chaîne publique ET1 que les révélations de ces derniers jours concernant la candidature de Salt Lake City, «portent préjudice au mouvement olympique». «Des mesures doivent être prises et il faut changer les modalités de sélection pour devenir membre du CIO», ont-ils ajouté.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Comité international olympique (CIO) pense avoir ouvert les portes d’une nouvelle ère. Une ère de réformes, de renouveau, placée sous le signe de la reconquête de crédibilité et de confiance après la tourmente due aux affaires de corruption auxquelles un point final est certainement loin d’être mis. Après des premières mesures pour écarter ceux qui ont succombé à la tentation des largesses de Salt Lake City, il s’apprête maintenant à franchir un nouveau pas dans la lutte antidopage. En moins de deux semaines, le CIO, pris dans des turbulences qui n’ont pas cessé de le secouer depuis près de deux mois par des révélations d’abord sur Salt Lake City puis maintenant sur Sydney et Nagano, aura donc dû faire face aux deux plus grandes menaces que connaît le mouvement olympique : corruption et dopage. «Plus...