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Actualités - Chronologie

Littérature Le Monde des livres : Mahfouz ...

Dans le dernier numéro du Monde des livres une rencontre de Raphaelle Rerolle avec Naguib Mahfouz, prix Nobel de la littérature, patriarche des lettres arabes et chroniqueur du Caire qu’il éleva au rang de métaphore universelle. Extrait : «Rue du Nil quelque part dans l’ébullition du Caire vit un vieux monsieur qui a passé le plus clair de son existence sous l’empire de la littérature. Un homme de quatre-vingt six ans dont l’absolue soumission aux exigences de son art a dessiné de nouveaux contours à la fiction égyptienne — et bien au-delà. Car Naguib Mahfouz n’est pas seulement le plus célèbre des romanciers du monde arabe, le lauréat du prix Nobel 1988, le peintre inégalé de la vie cairote. Il est celui qui, le premier sans doute, a fait une place éclatante au roman dans la littérature arabe. Celui dont l’écriture, mettant la langue littéraire au service d’un style inédit, a ouvert la voie au roman égyptien moderne. Admiré, fêté, Naguib Mahfouz n’en demeure pas moins un homme modeste, courtois et plein d’humour, que l’âge et la maladie retiennent la plupart du temps à domicile. Chez lui, c’est-à-dire en plein milieu d’un monde qu’il aurait bien voulu ne jamais cesser de mettre en mots. Atteint de diabète, presque aveugle et malentendant, l’écrivain reçoit donc dans son appartement, privilège rare pour le visiteur. Un intérieur de proportions modestes, orné de fauteuils en bois doré par-dessus lesquels se balance un lustre à pendeloques de cristal. ...Proche d’un pays et d’un peuple qu’il n’a cessé d’aimer, Naguib Mahfouz s’est efforcé de décrire la vie dans ses moindres détails et de la restituer en évitant l’académisme. Il a utilisé l’arabe littéraire, y compris dans ses dialogues, mais en rompant avec le classicisme de grands prédécesseurs tels que le critique et romancier Taha Hussein. “Naguib Mahfouz a créé un nouveau langage”, affirme son ami le romancier Zaki Salam. Toujours modeste, l’intéressé reconnaît seulement “avoir fait évoluer la langue littéraire, pour la rendre plus facile et accessible”». ...Et Dominique Eddé Toujours dans la dernière livraison du Monde des livres un article de François Bott consacré au dernier roman de Dominique Eddé. En voici quelques passages : «Entre Paris et Beyrouth, Dominique Eddé laisse vagabonder ses souvenirs d’où surgissent mille et un personnages truculents et pathétiques. Dans les crépuscules des fins de siècle, les adultes se posent parfois la même question que les enfants, les soirs d’hiver : “Pourquoi il fait si sombre?”. C’est précisément le titre de l’étrange et très beau roman de Dominique Eddé, où le tumulte de l’Histoire emporte les événements de la vie intime, comme des naufragés. Dans son premier livre, Lettre posthume, Dominique Eddé avait adopté le genre épistolaire pour dépeindre les malheurs de son pays, le Liban. Cette fois elle rejoint une autre famille littéraire : celle du monologue intérieur. Rêverie à demi-voix : la narratrice de Pourquoi il fait si sombre ? laisse courir ses pensées en désordre, et les vieux souvenirs se mélangent avec les dernières nouvelles. «Otage et orpheline de sa propre image», ni entièrement la même ni tout à fait une autre, toujours à se fuir ou à se chercher, elle écrit sa vie comme on bat les cartes du Temps. Alors, se succèdent et s’entremêlent, comme des fondus enchaînés, les tranquilles images de l’enfance, les saisons, les rires, les larmes, les nostalgies, les amours, les rencontres, la rue, l’Histoire, la maladie, la guerre, les tueries, le bruit de la mer, les bruits et les fureurs de l’époque, les fugues de Bach, les hivers du cœur, les soirées magiques et les cris de détresse. ...Dominique Eddé ne cesse de faire des aller-retour entre Paris et Beyrouth, pour confirmer que la littérature est le moyen de transport le plus rapide. Et l’on passe sans transition des jardins de l’Observatoire aux cimetières libanais... Du reste, tous les personnages se retrouveront à la fin du livre dans une sorte de ronde fantasmagorique à la Fellini. C’est un des morceaux de bravoure de «Pourquoi il fait si sombre?» avec ces variations sur les murs auxquels on se heurte : «Pour un oiseau la terre est un mur; pour la nuit la lumière est un mur, pour un sourire la douleur est un mur, pour la douleur le corps est un mur; pour vivre la mort est un mur, pour la fumée l’air est un mur (...), seuls les rêves n’ont pas de murs».
Dans le dernier numéro du Monde des livres une rencontre de Raphaelle Rerolle avec Naguib Mahfouz, prix Nobel de la littérature, patriarche des lettres arabes et chroniqueur du Caire qu’il éleva au rang de métaphore universelle. Extrait : «Rue du Nil quelque part dans l’ébullition du Caire vit un vieux monsieur qui a passé le plus clair de son existence sous l’empire de la littérature. Un homme de quatre-vingt six ans dont l’absolue soumission aux exigences de son art a dessiné de nouveaux contours à la fiction égyptienne — et bien au-delà. Car Naguib Mahfouz n’est pas seulement le plus célèbre des romanciers du monde arabe, le lauréat du prix Nobel 1988, le peintre inégalé de la vie cairote. Il est celui qui, le premier sans doute, a fait une place éclatante au roman dans la littérature arabe. Celui dont...