Deux chercheurs français ont détourné de sa vocation militaire une torpille pour en faire un «véhicule autonome non habité» pour l’exploration sous-marine et la défense de l’environnement. Bruno Jouvencel et Jérome Vaganay, du Laboratoire d’informatique de robotique et de micro-électronique de Montpellier (LIRMM) , dépendant du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), évoluent dans un secteur encore en friche : la mise au point d’engins capables d’agir de façon autonome sous l’eau. «On a modifié le profil de la torpille pour qu’elle dispose d’une plus grande force motrice, d’une plus grande maniabilité, consomme moins d’énergie tout en offrant moins de résistance dans l’eau», a dit Bruno Jouvencel. Dans le secteur de la recherche technologique d’engins autonomes (Autonomus Underwater Vehicle), les Français sont en compétition avec des scientifiques américains, japonais, canadiens, britanniques et norvégiens. Bruno Jouvencel et Jérome Vaganay ont misé sur une approche nouvelle: la mise au point d’un engin de faibles dimensions mais avec un maximun d’autonomie et de possibilités de manipulation. Ils ont obtenu que la torpille soit capable de descendre sous l’eau sans changer brutalement de palier et sans osciller, de suivre une trajectoire à la profondeur désirée, et de revenir, seule, à son point de départ. L’euphorie des années 80 La première mise à l’eau de la torpille, baptisée Taipan (Torpedo Active Inspection Piloting Autonomous Navigation) a eu lieu en avril 1997. «C’était le résultat de six mois de discussions et de six mois de travail», dit Bruno Jouvencel. À ses débuts, Taipan ondulait, se déplaçait à une vitesse de 5 nœuds. Aujourd’hui, il est stabilisé, navigue de 1 à 1,5 nœud, et dispose d’une autonomie de 25 kilomètres. «Si on coupe le moteur, il remonte et il réussit à revenir d’où il est parti», affirme Jérome Vaganay. Ils ont aussi remplacé l’homme par un programme ordinateur. «Il s’est agi de couper ce fil à la patte qui relie la machine à son concepteur», disent-ils, heureux de «jouer leur rôle de chercheurs automaticiens». L’objectif affiché est d’intéresser le monde industriel, en vue de participer à des programmes de défense de l’environnement. 20% des eaux polluées en France investissent les nappes phréatiques, les terrains agricoles faute de pouvoir localiser les fuites. «On peut envisager un engin sous-marin autonome capable de se glisser dans des canalisations et émettre des ondes chaque fois qu’il rencontre une anomalie», dit Bruno Jouvencel. Il y a aussi la possibilité qu’un tel engin décèle des sources d’eau potable qui existent dans les mers. L’un des points techniques à résoudre reste la capacité d’identifier un obstacle (sédiments, poissons, présence humaine) et de le contourner. Les deux chercheurs ont connu l’euphorie des années 80 où, disent-ils, il y avait énormément d’argent pour la recherche en robotique. «On aurait pu aller plus loin mais les études coûtaient excessivement cher, beaucoup plus que la main-d’œuvre que les robots auraient remplacée». Jouvencel consacrait alors ses recherches aux véhicules tout-terrain et Vaganay à la robotique médicale. Aujourd’hui, ils rêvent d’un engin sous-marin autonome capable de balayer de grands espaces, de se déplacer le long des côtes, dans des étangs, des lagunes.
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