La trêve du Ramadan touchant à sa fin, les États-Unis et leurs alliés britanniques s’apprêtent à concentrer leurs frappes sur des objectifs militaires dans le sud de l’Irak, selon des diplomates à Amman. Les frappes américano-britanniques menées dans le cadre de l’opération «Renard du désert» avaient pris fin le 19 décembre avec le début du mois du jeûne musulman, après une intervention de chefs d’État arabes proches de Washington. L’aviation américaine et britannique a toutefois continué de procéder à des frappes limitées et spécifiques dans les zones d’exclusion dans le nord et le sud de l’Irak, en représailles à des tirs de la DCA irakienne, maintenant la pression sur le pays. «La prochaine opération aura pour cible des concentrations militaires irakiennes au Sud, notamment les bases de DCA, et apparaîtra comme une continuité et non une reprise des frappes», a assuré une source diplomatique. Le secrétaire d’État à la Défense William Cohen a pourtant déclaré que les États-Unis n’avaient pas «de projets spécifiques pour l’après-Ramadan» en Irak (LIRE PAR AILLEURS). Mais le président irakien Saddam Hussein, conscient que l’objectif de Washington est de porter atteinte à son régime, a pris plusieurs mesures préventives pour renforcer le contrôle du pays. Le Sud, formé d’une population chiite qui lui est généralement hostile, est l’un des soucis constants du numéro un irakien: il a ainsi confié en décembre la direction de cette zone à un de ses proches les plus fidèles, Ali Hassan al-Majid, promu au rang de lieutenant-général. Affaibli, mais pas déstabilisé C’est au Sud que s’est déclenchée la rébellion de mars 1991, après la libération du Koweit par les forces alliées. Mais cette rébellion avait été sévèrement matée par la Garde républicaine, unité d’élite de l’armée irakienne. Récemment les unités de la Garde républicaine ont été massivement déployées le long de la route menant de Bagdad à Bassorah, notamment à Nasseriyé et Amari, passages obligés vers le Sud, selon des sources diplomatiques. Les zones d’exclusion aérienne en Irak ont été instaurées par les États-Unis et la Grande-Bretagne après la guerre du Golfe (janvier-février 1991). La zone Nord est également une zone d’exclusion terrestre, ce qui n’est pas le cas de la zone Sud. «Or une répression sanglante par le régime d’un éventuel soulèvement au Sud pourrait très vite inciter les États-Unis et leurs alliés à imposer une exclusion terrestre dans cette région, sous le prétexte de protéger la population civile», estime un responsable arabe. Selon lui, «les tribus de la minorité chiite sont armées mais ne pourraient se défendre contre les blindés irakiens». «Le régime a été sans aucun doute affecté par les dernières frappes. On le constate par la violence et l’agressivité des dirigeants de Bagdad dont le ton reflète la blessure ressentie», commente ce même responsable. «Ce régime, affaibli, n’est toutefois pas déstabilisé. Saddam Hussein a encore les moyens de se défendre intérieurement et multiplie les exécutions et les arrestations», a-t-il affirmé.
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