Saddam Hussein demeure la bête noire de Washington
le 16 janvier 1999 à 00h00
Huit ans après avoir lancé, le 17 janvier 1991, l’offensive pour bouter les Irakiens hors du Koweït, les États-Unis sont toujours en butte aux provocations de Saddam Hussein, tandis que la coalition anti-irakienne s’est effilochée. Washington a renoncé à «endiguer» simplement l’Irak pour se fixer comme objectif officiel de renverser son président. Mais l’opposition irakienne reste faible et divisée, malgré les 97 millions de dollars que le Congrès a promis de lui verser et les efforts pour réconcilier les deux factions kurdes ennemies dans le Nord du pays. En choisissant de frapper Bagdad le 16 décembre dernier, les États-Unis se sont privés du seul instrument de contrôle sur place de l’armement irakien: les inspecteurs de l’Unscom (Commission spéciale de l’Onu), dont l’Irak a exclu le retour. Les récentes révélations de la presse américaine sur des activités d’espionnage que les États-Unis auraient menées en Irak sous le couvert de l’Unscom ont porté un rude coup à la crédibilité de la Commission et au prestige de l’Onu. Les Américains affirment qu’ils pourront toujours bombarder à nouveau si Bagdad reconstituait ses stocks de gaz de combat ou de germes mortels. Mais les experts sont sceptiques sur l’efficacité de la force militaire comme outil de désarmement. Pour Kenneth Polleck, de l’Institut des études nationales stratégiques, «il est évident que Saddam Hussein va reconstruire» ce qui a été détruit et qu’il «n’a pas perdu sa mainmise sur le pouvoir». L’opération «Renard du désert» semble plutôt lui avoir fourni une occasion d’intensifier la répression des dissidents chiites au Sud et les purges dans l’armée. L’opposition irakienne, relayée par le département d’État, a signalé plusieurs centaines d’exécutions sommaires depuis la mi-décembre. Discordances diplomatiques Pendant les raids de décembre, les Américains n’avaient pas d’idée précise de l’endroit où se trouvait le président irakien, a reconnu le Pentagone. Pour «Tempête du désert», le président George Bush avait mobilisé sous sa bannière, et avec la bénédiction du Conseil de sécurité, la plus grande coalition militaire jamais rassemblée depuis la Seconde Guerre mondiale. En décembre dernier, les États-Unis sont partis en guerre sans daigner demander un nouveau mandat à l’Onu et en compagnie de leur seul allié britannique. Parmi les autres membres permanents du Conseil de sécurité, la France et la Russie plaident pour une levée de l’embargo qui écrase la population irakienne depuis huit ans. Les Mirage français qui participaient à l’opération d’interdiction aérienne dans le sud de l’Irak n’ont toujours pas repris leurs patrouilles, interrompues dès le début de l’opération «Renard du désert». Pour le chef de la diplomatie française Hubert Védrine, les frappes contre l’Irak n’ont «rien réglé» et elles ont «affaibli l’autorité du Conseil de sécurité». Saddam Hussein aura tout de même fini par lasser les meilleures bonnes volontés. Paris s’est résigné à laisser l’Amérique agir. Moscou a protesté bruyamment pour la forme en rappelant en consultation ses ambassadeurs à Londres et à Washington.
Huit ans après avoir lancé, le 17 janvier 1991, l’offensive pour bouter les Irakiens hors du Koweït, les États-Unis sont toujours en butte aux provocations de Saddam Hussein, tandis que la coalition anti-irakienne s’est effilochée. Washington a renoncé à «endiguer» simplement l’Irak pour se fixer comme objectif officiel de renverser son président. Mais l’opposition irakienne reste faible et divisée, malgré les 97 millions de dollars que le Congrès a promis de lui verser et les efforts pour réconcilier les deux factions kurdes ennemies dans le Nord du pays. En choisissant de frapper Bagdad le 16 décembre dernier, les États-Unis se sont privés du seul instrument de contrôle sur place de l’armement irakien: les inspecteurs de l’Unscom (Commission spéciale de l’Onu), dont l’Irak a exclu le retour. Les...
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