Les accusations selon lesquelles les inspecteurs chargés de désarmer l’Irak ont espionné au profit des États-Unis ont porté mercredi un nouveau coup à la Commission spéciale mais aussi aux relations entre Washington et l’Onu, ont estimé des diplomates. «Cela a des conséquences négatives pour tout le monde», a affirmé un diplomate occidental de haut rang à Washington en référence à la Commission spéciale (Unscom) et à l’Onu. Le sort de l’Unscom et de son chef, Richard Butler, apparaissait de plus en plus incertain au moment où des membres du Conseil de sécurité tentent de définir de nouvelles relations avec Bagdad après les frappes aériennes américaines et britanniques. Un inspecteur en désarmement a affirmé que, dans ce contexte, les accusations d’espionnage «ne faisaient pas de bien» à la Commission. L’ambassadeur russe auprès de l’Onu, Serguei Lavrov, en a ainsi profité pour réclamer à nouveau une «réforme» de l’Unscom, et à mots couverts la démission de M. Butler. «Nous n’avons pas confiance» dans le chef de l’Unscom, a-t-il dit. Dans la foulée des frappes, la Russie avait déjà demandé ouvertement la tête de M. Butler, alors que la France a émis des «idées» pour instituer un nouveau système de contrôle du désarmement irakien. Mais Washington s’est opposé fermement à toute remise en cause de l’Unscom qui pourrait mener à une levée de l’embargo contre l’Irak. Le Washington Post et le Boston Globe ont affirmé mercredi que les inspecteurs de l’Unscom ont aidé les États-Unis à recueillir des informations pouvant aider Washington à combattre le président irakien Saddam Hussein. Le Washington Post a ajouté que le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan avait obtenu la preuve de l’implication des inspecteurs dans des activités d’espionnage au service des États-Unis. M. Butler a catégoriquement démenti ces informations, et le porte-parole de M. Annan les a aussi démenties plus mollement. Mais un haut responsable américain a reconnu que les États-Unis avaient utilisé des renseignements militaires recueillis par des inspecteurs de l’Onu. Ce responsable a expliqué, sous couvert de l’anonymat, qu’il n’y avait «pas de barrière artificielle» entre ces deux types de renseignements. Bagdad a accusé de manière récurrente les inspecteurs de l’Onu d’être des «espions» au profit des États-Unis et d’Israël, et a affirmé que l’Unscom était «morte» depuis les bombardements américains et britanniques du 16 au 19 décembre dernier. Paralysés par leurs divisions, les quinze membres du Conseil de sécurité de l’Onu ont toutefois été incapables de réfléchir à la manière de maintenir un contrôle sur l’Irak pour s’assurer qu’il ne cherche pas à développer des armes de destruction massive. Annan soupçonné La nouvelle polémique autour de l’Unscom intervient à un moment où les États-Unis soupçonnent Kofi Annan de vouloir se débarrasser de Richard Butler pour rendre une nouvelle organisation plus acceptable pour les Irakiens. Des diplomates estimaient que si cela était avéré, cela serait «contre-productif» pour Kofi Annan. «Personne à Washington ne pense qu’il (Kofi Annan) est innocent» dans la divulgation des informations de presse, a affirmé le diplomate de haut rang. Le secrétaire d’État américain Madeleine Albright a décroché son téléphone mercredi matin pour «demander des explications» à M. Annan, a indiqué le porte-parole du département d’État, James Rubin. Selon un diplomate américain, Mme Albright s’est montrée particulièrement «sévère». «Si l’idée était de limoger Butler, cela ne marchera pas, maintenant nous nous accrochons» au chef de l’Unscom. «Cela a été fait mal à propos et a été mal conçu», a ajouté ce diplomate. Le résultat «est proche du désastre» pour Kofi Annan, a affirmé le diplomate de Washington. Les relations entre Washington et son ancien protégé se sont déteriorées ces derniers mois après que le secrétaire général a contrecarré, en février puis en novembre derniers, des plans d’attaque américains contre l’Irak. Les États-Unis ont ainsi exclu que M. Annan puisse jouer un plus grand rôle dans la définition d’une nouvelle stratégie vis-à-vis de l’Irak, comme l’ont réclamé la Russie et la France.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les accusations selon lesquelles les inspecteurs chargés de désarmer l’Irak ont espionné au profit des États-Unis ont porté mercredi un nouveau coup à la Commission spéciale mais aussi aux relations entre Washington et l’Onu, ont estimé des diplomates. «Cela a des conséquences négatives pour tout le monde», a affirmé un diplomate occidental de haut rang à Washington en référence à la Commission spéciale (Unscom) et à l’Onu. Le sort de l’Unscom et de son chef, Richard Butler, apparaissait de plus en plus incertain au moment où des membres du Conseil de sécurité tentent de définir de nouvelles relations avec Bagdad après les frappes aériennes américaines et britanniques. Un inspecteur en désarmement a affirmé que, dans ce contexte, les accusations d’espionnage «ne faisaient pas de bien» à la...