Le Japon est déterminé à tout faire pour qu’un yen plus stable devienne, avec le dollar et l’euro, une des trois monnaies clefs d’un système monétaire international rénové, a affirmé mardi le Premier ministre Keizo Obuchi dans un entretien à l’AFP. Obuchi entame aujourd’hui une tournée européenne qui le conduira en France, en Italie et en Allemagne. Rendant «hommage aux efforts, au courage et aux nombreux sacrifices qui ont permis la réalisation de l’euro», M. Obuchi a confirmé un sentiment répandu chez de nombreux responsables à Tokyo : la naissance de la monnaie unique européenne ouvre une nouvelle époque, pour le Japon aussi qui pourrait sortir d’un dialogue monétaire pesant avec les États-Unis. Énumérant les mesures techniques, réglementaires ou fiscales annoncées par son gouvernement pour faciliter l’usage du yen par les investisseurs internationaux, M. Obuchi affirme qu’il fera «tout ce qui est possible» pour hisser la monnaie japonaise sur le podium, aux côtés du dollar et de l’euro. «Au lieu d’avoir seulement deux monnaies-clef, il est important que le marché mondial des changes soit fondé sur trois monnaies-clef», explique le Premier ministre en regrettant le poids relatif trop faible du yen dans les échanges internationaux. Il relève comme une anomalie à corriger le fait «que même l’aide officielle au développement du Japon soit libellée en dollar» et non en yen. Il appelle également les entreprises japonaises à promouvoir l’usage du yen : «Il faut que le secteur privé lui-aussi fasse des efforts pour modifier ses pratiques habituelles», en relevant ainsi que les énormes importations de pétrole du Japon sont payées en dollar. Pour le Japon, l’internationalisation du yen est une responsabilité, dit le Premier ministre. «Avoir trois monnaies-clef, de préférence à deux, permettrait de diversifier les risques de change», estime-t-il. «Fondamentalement, il serait souhaitable que le taux de change du yen reste relativement stable», estime par ailleurs M. Obuchi. La devise japonaise avait atteint dans la journée son plus haut niveau depuis septembre 1996, à 110,70 yen pour un dollar, alors qu’elle était tombée au dessous de 140 l’été dernier. La recherche d’une formule pour stabiliser les relations entre les trois grandes monnaies est un thème que M. Obuchi devrait développer à Paris dans le discours majeur de sa tournée européenne, selon des indiscrétions parues dans la presse japonaise. Le Premier ministre indique seulement qu’il est en train de «finaliser le plan» et qu’il ne fera pas de commentaires sur son contenu. Alors que le Japon traverse actuellement la récession la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, M. Obuchi se déclare «convaincu que l’objectif de croissance de 0,5 % pour l’année fiscale 1999/2000 sera atteint», avec la mise en œuvre des mesures massives de relance et des réductions d’impôt décidées par son gouvernement. «La situation budgétaire est extrêmement difficile», remarque le Premier ministre qui rappelle que l’OCDE prévoit pour 1999 un ratio de dette publique à 108,5 % du PIB. Pour le Japon, estime le Premier ministre, cette période très difficile doit être l’occasion d’une réflexion sur son avenir et sa place dans le monde.
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