Une jonque asiatique emportée par un tourbillon, un Oncle Sam suspendu à une bulle financière, le dragon de la spéculation étranglant la planète: la une du respecté hebdomadaire The Economist n’a cessé au cours de cette année 1998 de symboliser les risques et les leçons de la crise des pays dits émergents. Responsables monétaires et financiers ont commencé à mettre en place des garde-fous pour éviter que le virus de la crise financière, qui s’est propagé de l’Asie au Brésil, ne plonge l’économie mondiale dans la récession. La croissance de l’économie mondiale aura ralenti de moitié cette année à 2%, contre 4,1% en 97, selon les prévisions du FMI, prévisions qui pourraient s’avérer un peu optimistes notamment en regard de l’importance de la dépression japonaise. Le brutal retrait des capitaux privés à court terme et la chute des prix des matières premières, qui caractérisent la crise depuis 18 mois, ont mis les pays asiatiques et la Russie à genoux. Le Brésil, dernier domino dont on craignait la chute, a été maintenu à bout de bras par la communauté financière internationale qui a rassemblé en novembre 41 milliards de dollars (dont 18 mds pour le FMI) pour prévenir une contagion qui pourrait être dramatique pour la première économie d’Amérique latine. Face à ce sombre tableau, les grands argentiers du G7 et leurs partenaires émergents ont multiplié les travaux et les pistes pour créer la nouvelle «architecture financière du XXIe siècle», selon des mots repris par plusieurs dirigeants. «L’architecture financière internationale a été conçue dans les années 1940 pour les économies des années 1940», a récemment résumé le chancelier de l’Échiquier britannique Gordon Brown. «Dans une économie mondialisée et interdépendante, il nous faut désormais créer des systèmes de surveillance et de transparence aussi sophistiqués que les marchés auxquels nous avons affaire», a-t-il ajouté. Transparence et bons principes Il faut «humaniser l’économie», affirme Bill Clinton. Il faut «discipliner l’économie de casino», martèle Michel Camdessus, directeur général du FMI. Pièce maîtresse de ce système encore à l’état d’ébauche, le Fonds monétaire international, pourtant critiqué comme jamais au cours de cette crise, en est sorti renforcé. Financièrement d’abord, le FMI, dont les fonds ne représentent qu’une goutte d’eau face aux masses de capitaux échangés chaque jour sur la planète, semble mieux armé pour conduire le leadership d’une aide internationale en cas de besoin. Son augmentation de capital (quote-parts) de 90 milliards de dollars est sur les rails depuis que le verrou du Congrès américain, qui enrayait le processus depuis un an, a sauté en octobre. Sa capacité d’emprunt auprès de pays a été aussi élargie de 25 milliards de dollars (nouveaux accords d’emprunts). Mais le FMI doit aussi devenir plus transparent et rendre des comptes d’une façon plus accessible que cette institution réputée secrète ne l’a fait jusqu’à présent. Le Congrès américain lui a demandé de publier davantage les comptes-rendus de ses conseils d’administration et le contenu des programmes négociés avec les pays. Le FMI a aussi commencé à modifier l’usage de ses fonds, rendant ses prêts d’urgence plus courts et surtout plus chers. Transparence et bons principes de gouvernement sont aussi exigés des pays emprunteurs. Sur le plan de la réglementation financière internationale, les pays du G7 et plus largement de l’OCDE ont accéléré les travaux vers la mise en place de normes comptables internationales, de grilles d’information et de transparence des systèmes bancaires, de surveillance des fonds spéculatifs. Pour soutenir l’expansion mondiale menacée par la crise, les pays riches ont aussi eu recours à l’arme des taux, notamment aux États-Unis où la Fed a baissé son taux de référence de 0,75% en moins de deux mois (4,50%).
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