Le financier Tiny Rowland, décédé samedi à l’âge de 80 ans, avait été surnommé par la presse le «dernier flibustier de la City» après avoir dirigé de manière flamboyante mais controversée le groupe Lonrho pendant plus de 30 ans et amassé une fortune personnelle de 150 millions de livres. Celui qui avait été qualifié en 1973 de «visage inacceptable du capitalisme» par le premier ministre britannique de l’époque Edward Heath avait commencé comme porteur dans la gare londonienne de Paddington avant de partir en Rhodésie à l’âge de 30 ans et de commencer à bâtir son empire en Afrique. En 1961, il est placé à la tête de la London and Rhodesian Mining and Land Company (Lonrho) et parvient à transformer la compagnie sur le déclin en une formidable multinationale, regroupant quelque 1.000 filiales dans plus de 60 pays et des activités dans les mines, le textile, l’hôtellerie, l’imprimerie, l’édition, le pétrole et le gaz. Lonrho Africa est aujourd’hui présente dans 14 pays africains et sur cinq principaux marchés: la distribution automobile, l’exploitation et le négoce agricole, la distribution, l’hôtellerie et l’immobilier. Lonrho a cédé de nombreuses filiales en 1997 et a conclu fin février, après un an de négociations, un accord avec les groupes sud-africains Anglo American et JCI aux termes duquel Lonrho a racheté les 26,2% de son capital détenu par Anglo American. En Afrique, «Tiny», surnommé ainsi par ironie car il mesurait près de 1m90, noue des amitiés multiples et parfois controversées avec des responsables politiques parmi lesquels le dirigeant libyen Mouammar Khadhafi, l’ancien dictateur zaïrois Mobutu mais aussi le président sud-africain Nelson Mandela, qui lui a décerné en 1996 la plus haute distinction sud-africaine, l’Ordre de Bonne Espérance. L’hebdomadaire britannique «The Observer», dont il avait été propriétaire pendant plus d’une décennie, a annoncé la mort du multimillionaire dans son édition de dimanche, précisant que M. Rowland était décédé d’un cancer de la peau dans une clinique londonienne. Un ami de la famille Rowland, Paul Spicer, contacté par l’agence de presse britannique Press Association, a confirmé le décès et indiqué que «sa dernière requête était d’être laissé en paix». Vendetta contre les Fayed Né en Inde en 1917, d’un père allemand et d’une mère anglaise, Rowland Walter Furhop avait émigré en Grande-Bretagne avec sa famille avant la Seconde Guerre mondiale et avait décidé de changer de nom en 1939. L’homme d’affaires au style anticonformiste et individualiste sera adoré et honni par la City, dont il déclenchera les foudres en 1978, en publiant une liste des compagnies contournant les sanctions en vigueur contre la Rhodésie après avoir lui-même été accusé de ne pas les respecter. En 1981, il réalise son vieux rêve et devient un «baron» de la presse en prenant le contrôle de l’hebdomadaire «The Observer» mais s’attire de vives critiques des rédacteurs du journal, soucieux de préserver leur indépendance face aux intérêts financiers du groupe Lonrho. La confrontation entre la rédaction et le magnat atteint son paroxysme en 1984, lorsque Rowland conteste la véracité d’une enquête du journal sur des atrocités commises dans la province du Matabeland par des soldats du Zimbabwe, où Lonrho possède d’importants intérêts miniers. Rowland revendra finalement l’«Observer» en 1993 mais entre temps, il a perdu une autre bataille qu’il jugeait vitale. En 1985, les frères égyptiens Fayed prennent le contrôle du groupe House of Fraser et de son fleuron, le magasin londonien de luxe Harrods, que Rowland convoitait. Marié, père de quatre enfants, Rowland aimait protéger sa vie privée mais il n’hésitait pas à faire la une des journaux et à investir des millions dans une vendetta de longue haleine contre les frères Fayed. Evincé du groupe Lonrho en 1995, Rowland avait également perdu sa dernière bataille contre Mohammed Fayed, la semaine dernière, lorsque la police britannique avait annoncé que le propriétaire de Harrods ne serait pas inculpé de vol. Lors d’un des épisodes les plus rocambolesques de la haine qu’ils se vouaient, Rowland avait accusé son rival d’avoir ouvert son coffre-fort dans le magasin Harrods et de lui avoir dérobé des pierres précieuses et des documents. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le financier Tiny Rowland, décédé samedi à l’âge de 80 ans, avait été surnommé par la presse le «dernier flibustier de la City» après avoir dirigé de manière flamboyante mais controversée le groupe Lonrho pendant plus de 30 ans et amassé une fortune personnelle de 150 millions de livres. Celui qui avait été qualifié en 1973 de «visage inacceptable du capitalisme» par le premier ministre britannique de l’époque Edward Heath avait commencé comme porteur dans la gare londonienne de Paddington avant de partir en Rhodésie à l’âge de 30 ans et de commencer à bâtir son empire en Afrique. En 1961, il est placé à la tête de la London and Rhodesian Mining and Land Company (Lonrho) et parvient à transformer la compagnie sur le déclin en une formidable multinationale, regroupant quelque 1.000 filiales dans plus...