Trois mois seulement après la nomination du gouvernement de Sergueï Kirienko, le président Boris Eltsine a prévenu qu’il allait procéder à de nouveaux limogeages, qui pourraient toucher les adjoints directs du premier ministre, selon certaines sources. Depuis sa résidence de vacances en Carélie (nord-ouest) où il recevait M. Kirienko, M. Eltsine a lâché devant quelques journalistes russes une de ces phrases menaçantes dont il a le secret: il est question de «renvoyer l’un des membres du gouvernement, et d’en nommer un autre», a-t-il déclaré. «Vous ne comprenez pas pourquoi on renvoie quelqu’un. Vous pensez que c’est quelqu’un de bien parce qu’il se rase tous les jours», a ajouté M. Eltsine en plaisantant. «Moi, je sais comment il travaille, je suis au courant de chaque cas, de chaque délit commis et découvert ou pas encore découvert. Vous ne connaissez pas tous les détails. C’est pour ça que la décision vous semble incompréhensible, illogique, mais moi j’en ai assez». M. Eltsine, filmé en costume d’été sur la terrasse de sa maison de vacances, n’a fait aucun reproche ni donné aucune indication qui permettrait de deviner qui est menacé. A un moment, il a entamé une phrase, puis s’est repris et a dit: «J’ai failli dire un nom, mais je ne vous le dirai pas». Le président a ajouté qu’il laisserait à son service de presse le soin de faire connaître le nom du ou des membres du gouvernement concernés. Interrogé, un porte-parole du Kremlin a indiqué ne disposer pour l’instant d’aucune information. Toutefois, selon une source haut placée au gouvernement citée samedi par la radio Echos de Moscou, deux des trois adjoints directs de M. Kirienko, les vice-premiers ministres Oleg Syssouev et Viktor Khristenko, pourraient être renvoyés. Le troisième vice-premier ministre, Boris Nemtsov, qui est officiellement le numéro 2 du gouvernement, resterait en place, selon cette source. MM. Syssouev et Khristenko sont respectivement chargés des questions sociales et des questions financières et économiques. Tchoubaïs ferait un retour Le magazine «Profil», qui spéculait cette semaine sur un limogeage prochain de M. Khristenko, affirmait qu’on lui reprocherait d’avoir fait preuve de mollesse depuis son arrivée au gouvernement. Quant à M. Syssouev, il pourrait se voir accusé d’avoir insuffisamment apaisé la situation sociale, marquée ces dernières semaines par de spectaculaires mouvements de grèves. Les mineurs en particulier réclament avec âpreté leurs salaires impayés depuis des mois faute de recettes budgétaires suffisantes: ceux de Kemerovo (Sibérie occidentale) ont bloqué des semaines durant les convois du Transsibérien. Plusieurs dizaines de mineurs du Grand Nord campent aussi devant la maison du gouvernement au centre de Moscou. Ces menaces interviennent alors que le gouvernement de M. Kirienko se prépare à un dur combat pour faire avaliser par les députés la partie du plan anticrise qu’ils ont écartée avant de partir en vacances. «Un automne politiquement difficile», a souligné lui-même M. Eltsine. M. Kirienko attend des députés qu’ils réexaminent le plan — qui prévoit de grosses coupes budgétaires et un relèvement des recettes fiscales — lors d’une session extraordinaire en août. Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international, qui doit à nouveau se pencher sur le cas russe en septembre, attend l’adoption complète du plan pour débloquer de nouveaux fonds. Selon la source haut placée citée par Echos de Moscou, Anatoli Tchoubaïs, qui a mené les dernières négociations avec le FMI, se serait vu à nouveau proposer un poste de vice-premier ministre, mais l’aurait refusé. Enfin, le chef des services fiscaux, le libéral Boris Fiodorov, qui fut ministre des Finances jusqu’en janvier 1994, pourrait également être promu, toujours selon cette source. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Trois mois seulement après la nomination du gouvernement de Sergueï Kirienko, le président Boris Eltsine a prévenu qu’il allait procéder à de nouveaux limogeages, qui pourraient toucher les adjoints directs du premier ministre, selon certaines sources. Depuis sa résidence de vacances en Carélie (nord-ouest) où il recevait M. Kirienko, M. Eltsine a lâché devant quelques journalistes russes une de ces phrases menaçantes dont il a le secret: il est question de «renvoyer l’un des membres du gouvernement, et d’en nommer un autre», a-t-il déclaré. «Vous ne comprenez pas pourquoi on renvoie quelqu’un. Vous pensez que c’est quelqu’un de bien parce qu’il se rase tous les jours», a ajouté M. Eltsine en plaisantant. «Moi, je sais comment il travaille, je suis au courant de chaque cas, de chaque délit commis et...