La fusion entre les activités de défense du groupe Lagardère et de l’Aérospatiale devrait mettre du baume au cœur des autres industriels européens, pour la plupart privés, qui ne souhaitaient pas rapprocher leurs activités avec celles d’entreprises publiques. «C’est positif. Le gouvernement français va devenir minoritaire (dans l’Aérospatiale): c’est ce qui était demandé par la Grande-Bretagne et l’Allemagne», déclare jeudi Peter Calwell, analyste chez Nikko Europe. Matignon a créé la surprise en annonçant mercredi soir l’apport au groupe Aérospatiale des activités de défense de Lagardère, regroupées actuellement au sein de Matra Hautes Technologies. En échange, le groupe de Jean-Luc Lagardère deviendra le principal actionnaire privé de l’Aérospatiale, actuellement entièrement contrôlée (directement et indirectement via le CDR) par l’Etat. Avec ses apports industriels et d’éventuels compléments en numéraire, Lagardère SCA détiendra entre 30 et 33% du capital de l’Aérospatiale. Une position similaire à celle conférée par l’Etat à Alcatel dans le capital de Thomson-CSF, opération pour laquelle Lagardère avait été écartée au profit du groupe de Serge Tchuruk. Les actifs apportés par Lagardère seront 100% de Matra Hautes Technologies, société détenant l’ensemble des actifs de Lagardère dans la défense et l’espace: 50% de Matra Bae Dynamics (missiles), 100% de Matra Systèmes et Information, 100% de Matra Défense Equipements et Systèmes, 51% de Matra Marconi Space (satellites) et 100% de Matra Nortel Communications. Le nouveau groupe sera coté en Bourse, mais l’Etat conservera une part légèrement inférieure à 50% et une «action spécifique» (golden share), qui permettra notamment à l’Etat de contrôler les franchissements de seuils de participation au capital du nouvel ensemble. Aérospatiale-Matra sera le premier groupe européen du secteur et le quatrième groupe mondial, après les américains Boeing, Lockheed Martin et Raytheon Hugues avec un chiffre d’affaires consolidé de plus de 80 milliards de FF et 58.000 salariés. Le capital pourra ultérieurement être ouvert à d’autres actionnaires industriels français ou européens privés en fonction des consolidations européennes à venir, précisent Aérospatiale et Lagardère. Cette opération s’inscrit dans la vaste restructuration des industries européennes de l’aéronautique et de la défense que les gouvernements et les industriels appellent de leurs vœux, l’union étant le seul moyen de résister à la concurrence des mastodontes américains. Toutefois, cette restructuration est réalisée dans la douleur et a été freinée par la grande diversité des statuts et des cultures des industries en question. British Aerospace et Dasa (groupe Daimler-Benz) ne souhaitaient pas s’engager plus avant dans la création d’une grande entreprise européenne intégrée si le gouvernement français ne se résignait pas à abandonner la majorité du capital de l’Aérospatiale, placée au cœur de ces restructurations. L’initiative annoncée mercredi «conforte la position française par rapport à British Aerospace», souligne Philippe Gossart, analyste au Crédit Lyonnais. Le gouvernement français avait déjà accompli un pas important en transférant il y a quelques mois à l’Aérospatiale sa part dans le capital de Dassault Aviation afin de renforcer le poids du groupe français face à ses interlocuteurs européens. Un «bel outil» Le ministère français des Affaires étrangères a estimé jeudi que la fusion Aerospatiale-Matra constituait une signal positif en vue de la constitution d’un pôle européen. «La fusion entre Aerospatiale et Matra Hautes Technologies constitue un signal très positif en direction de nos principaux partenaires européens», a déclaré Yves Doutriaux, porte-parole adjoint du Quai d’Orsay. Ce regroupement «ouvre en effet la voie à la constitution d’un vaste pôle européen dans ce secteur», étudiée par les ministres de l’Industrie français, allemand, britannique, espagnol, italien et suédois qui se sont rencontrés le 9 juillet à Paris, a-t-il souligné. «Avec cette fusion, le gouvernement français a souhaité montrer à ses partenaires qu’il était décidé à avancer rapidement», a ajouté Yves Doutriaux. Par ailleurs, le Quai d’Orsay relève dans un communiqué que la fusion devrait faciliter «largement» la transformation du GIE Airbus en société anonyme de droit européen à l’échéance de 1999. «Le mariage entre Aérospatiale et Matra démontre la volonté du gouvernement français mais aussi celle de nos industriels d’apporter une réponse appropriée aux vastes mouvements de concentration qui ont caractérisé l’industrie américaine dans ce domaine», ajoute le communiqué. De son côté le ministre de la Défense, Alain Richard, estime que la France dispose dorénavant d’un «bel outil», après la fusion de l’Aerospatiale et des activités défense du Groupe Lagardère (Matra Hautes Technologies). «Il s’agit de se donner un outil avec des finances, avec des capacités technologiques, avec des complémentarités entre les métiers qui nous donnent les meilleures chances de défendre normalement la place des industries et des savoir-faire français dans la future architecture européenne», a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion de tous les ministres à Matignon autour de Lionel Jospin. Consacrée notamment à la lutte contre le dopage. «Il y avait besoin qu’Aerospatiale soit complétée, élargie par d’autres métiers et il nous a semblé que ceux de Matra correspondaient bien, que les savoir-faire de gestion, aussi de management et de financement pouvaient bien se compléter», a ajouté le ministre de la Défense qui s’exprimait dans la cour de Matignon. «Donc, je crois qu’on a un bel outil», a-t-il poursuivi. «Ça se traduit par le passage de l’Etat en-dessous de 50% de capital mais si nous gardons 48% de capital, c’est pour en faire quelque chose», a conclu Alain Richard. (Reuters)
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