Le Fonds monétaire international a approuvé officiellement lundi soir la première tranche du soutien financier (soit 11,2 milliards de dollars) accordé à la Russie, dans le cadre d’une aide internationale massive pour rétablir la confiance des marchés financiers et soutenir son programme économique. Après un long et difficile débat en conseil d’administration, le FMI a approuvé un soutien financier de 11,2 milliards de dollars, dont 4,8 milliards disponibles tout de suite, indique le FMI dans un communiqué. Quelque 8,3 milliards de dollars de cette somme serviront à soutenir les réformes gouvernementales pour 1998 et 2,9 milliards seront destinés à améliorer la balance commerciale en fort déficit. Ce premier versement de 4,8 milliards de dollars représente moins que les 5,6 milliards initialement prévus, reconnaît Stanley Fischer, numéro deux du FMI, parce que le FMI estime que «du retard» a été pris dans l’application du programme économique russe en cours. «Hélas, le soutien parlementaire a manqué pour prendre les mesures nécessaires en matière d’impôts sur le revenu. En outre, des mesures permanentes n’ont pas été prises pour restaurer les finances des retraites», explique Stanley Fischer, faisant référence aux lois fiscales qui n’ont pas été votées par la Douma, la Chambre basse russe. «La différence, soit 800 millions de dollars, sera disponible en septembre si les mesures sont prises», indique le FMI. Anatoli Tchoubaïs, le négociateur russe, avait relaté un peu plus tôt à Washington les «négociations difficiles» qui achoppaient sur des lois fiscales sur les revenus et la propriété foncière non-votées. «Le gouvernement doit s’assurer de la totale application du programme et de la législation qui y est attachée», avertit le FMI. «Des faiblesses dans l’application du programme ont déjà été le talon d’Achille de la politique économique russe par le passé», ajoute Stanley Fischer, directeur général adjoint du FMI. L’apport du FMI intervient dans le cadre d’une aide internationale massive de 22,6 milliards de dollars (Banque mondiale, Japon...) pour Moscou annoncée le 13 juillet. Il servira à tenter de calmer les marchés financiers qui ont fortement ébranlé l’économie russe depuis mai. L’hypothèse d’une dévaluation était à craindre en raison de l’épuisement des réserves de la Banque centrale. Le marché des valeurs russes a perdu plus de 60% depuis le début de l’année. La croissance du PIB est tombée de +0,8% en 1997 à -1% en 1998, selon les prévisions du FMI. Pour rétablir la confiance et redresser ses recettes fiscales, le gouvernement russe a adopté un plan de rigueur drastique sans précédent, depuis le début des réformes. Le FMI emprunte ... pour aider Le déficit budgétaire doit passer de 7% du PIB en 1997 à 2,8% en 1999, prévoit le FMI. «1999 sera en excédent», affirme de son côté M. Tchoubaïs. Pour la première fois depuis 20 ans, le FMI emprunte pour financer une partie de cette aide. Fortement mis à contribution depuis la crise asiatique, le FMI utilise la formule des Accords généraux d’Emprunts (AGE) en empruntant à 11 pays actionnaires les plus riches quelque 8,3 milliards de dollars. «On peut ne pas aimer le FMI, on peut critiquer ce qu’ils font, ce sont les moins chers sur le marché», résumait en substance en réponse à la question d’un journaliste, Anatoli Tchoubaïs, justifiant le recours à ces fonds. Le FMI pratique des taux entre 4% et 5% contre 13% pour les bons du Trésor russe, a-t-il noté. La Russie a déjà en cours un programme de 10 milliards de dollars avec le FMI, signé en mars 1996, et dont les versements ont été régulièrement suspendus. Redressement du rouble La Russie a salué mardi la décision du FMI de lui accorder un prêt «sans précédent» de 11,2 milliards de dollars qui devrait lui permettre d’écarter le spectre de la dévaluation. Le porte-parole du gouvernement, Sergueï Vasilyev, a indiqué mardi à la presse que la Russie saluait le geste «préventif» du FMI d’accorder ce prêt de 11,2 milliards de dollars sur deux ans, qui devrait commencer par le versement, cette semaine, d’une première tranche de 4,8 milliards. «Il s’agit d’un événement sans précédent car, même si (...) bon nombre de pays ont reçu une aide durant la crise pour soutenir leurs marchés, c’est la première fois que ce prêt intervient non pas après le début d’une crise arrivant de plein fouet, mais avant», a déclaré Sergueï Vasilyev. Le responsable russe a minimisé le fait que la première tranche soit amputée de 800 millions de dollars par rapport à la somme prévue initialement. «C’est moins que prévu, a-t-il déclaré, car la Douma n’a pas entièrement approuvé le paquet de mesures anti-crise qui aurait garanti l’équilibre du budget». «Mais ce n’est pas cher payé, 800 millions de dollars», a-t-il ajouté. «Nous pourrons facilement disposer de cet argent lors du versement de la prochaine tranche du prêt en septembre». Selon lui, les fonds débloqués par le FMI, qui font partie d’une enveloppe globale d’aide internationale de 22,6 milliards de dollars sur deux ans, devraient aider le gouvernement à préparer un budget d’austérité pour 1999, autant qu’à donner à la Banque centrale les moyens de défendre le rouble. Après l’annonce du FMI, le rouble s’est redressé de plus d’un kopeck par rapport au dollar, s’échangeant sur le marché interbancaire à 6,188 pour un dollar. La Bourse de Moscou, en revanche, était en baisse mardi matin, les investisseurs étant déçus que la première tranche du prêt du FMI soit moins importante que prévu initialement. Par ailleurs, le vice-ministre des Finances Mikhail Kasyanov a indiqué, au cours d’une conférence de presse, que l’hypothèse d’une dévaluation était écartée grâce au plan de sauvetage international dont bénéficie la Russie. De son côté, le premier ministre russe, Sergueï Kirienko, s’est félicité mardi de l’octroi par le Fonds monétaire international (FMI) d’un prêt de 11,2 milliards de dollars et a annoncé que son gouvernement avait déjà commencé à appliquer certaines mesures du plan anti-crise. «Je pense que nous avons franchi hier une certaine étape, une étape très importante, et que l’élément le plus important est que nous avons obtenu une victoire», a déclaré Kirienko lors d’une conférence de presse. «Après ce qui est arrivé ces dernières semaines (en Russie), il s’agit d’une victoire totale», a déclaré Kirienko. (AFP-Reuters)
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