Le ministre britannique des Finances Gordon Brown était la cible lundi d’une salve de critiques et de mises en garde sur la détérioration de la situation économique, et sur les effets inflationnistes de l’ambitieux programme de dépenses publiques annoncé la semaine dernière. Jugeant que le Royaume-Uni pourrait rapidement redevenir «l’homme malade de l’Europe», après avoir eu une «économie en or», la banque d’affaires Salomon Smith Barney estime, dans une étude, que la plupart des grands indicateurs — croissance, chômage, balance des paiements — devraient passer au rouge. Les économistes de la banque d’affaires prévoient «une croissance faible, une augmentation du chômage, une hausse du déficit public et une explosion du déficit des comptes courants» dans les prochains trimestres, si bien que l’économie sera «proche de la récession». Mais Gordon Brown est surtout épinglé par une étude d’économistes indépendants de la firme d’audit Ernst and Young, qui critiquent avec virulence le plan d’investissements massifs dans l’éducation et la santé, détaillé le 14 juillet. Ce programme de 56 milliards de livres (92 milliards de dollars) a été présenté comme un tournant de l’action du gouvernement de Tony Blair, et apparaît comme l’une des mesures porte-drapeau de sa première partie de mandat. La plupart de ces crédits iront aux systèmes d’éducation et de santé, inégalitaires et vétustes. Selon les experts du Ernst and Young Item Club, cet accroissement des dépenses publiques aura d’inévitables effets inflationnistes, et conduira la Banque d’Angleterre à relever encore ses taux d’intérêt. «Faire de nouveau entrer le génie ‘inflation’ dans sa bouteille ne sera pas une tâche facile» pour la banque centrale, a estimé Peter Spencer, responsable de cette étude. «Puisque le chancelier (Gordon Brown) va doper la demande du secteur public, la perspective demeure celle de taux d’intérêt élevés et d’une livre sterling forte», selon l’expert. Pour beaucoup d’économistes, le niveau des taux d’intérêt constitue la clé de l’évolution de l’économie du Royaume-Uni, après plus de cinq années de croissance soutenue et de baisse spectaculaire du chômage. Face à la dualité actuelle de l’économie, le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre, chargé de fixer les taux, est confronté à un redoutable dilemme. Sa politique de taux d’intérêt élevés a propulsé la livre sterling vers les sommets, et plongé les entreprises exportatrices du secteur manufacturier dans une situation proche de la récession. Dans le même temps, la vigueur de la consommation des ménages et la progression des salaires font peser un fort risque de dérapage inflationniste, justifiant les resserrements monétaires. Certains économistes évoquent ainsi la possibilité d’une «stagflation», noir scénario qui allierait stagnation de l’économie et forte inflation. Les analystes de Salomon Smith Barney estiment que le taux directeur de la Banque d’Angleterre atteindra 7,75% à 8% à la fin de 1998, et ne diminuera que progressivement pour s’établir à 7% à la fin de 1999. Actuellement fixé à 7,50%, ce taux représente plus du double des équivalents français et allemand, et rend extrêmement attrayants les placements en livre sterling. La politique monétaire de la Banque d’Angleterre fait l’objet de vives critiques de la part des milieux industriels. Les Chambres de commerce britanniques jugent que le secteur manufacturier — environ 20% de l’économie — est proche de la «décomposition», et réclament une décrue du coût du crédit. La Confédération de l’industrie britannique (CBI), principale organisation patronale, a jugé, de façon un peu plus mesurée, que le secteur manufacturier faisait face à un «sévère ralentissement». Le chef de l’opposition William Hague s’est de son côté saisi de ces avertissements pour dénoncer «l’énorme pari» tenté par le gouvernement, peut-être au prix des emplois et de la prospérité. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le ministre britannique des Finances Gordon Brown était la cible lundi d’une salve de critiques et de mises en garde sur la détérioration de la situation économique, et sur les effets inflationnistes de l’ambitieux programme de dépenses publiques annoncé la semaine dernière. Jugeant que le Royaume-Uni pourrait rapidement redevenir «l’homme malade de l’Europe», après avoir eu une «économie en or», la banque d’affaires Salomon Smith Barney estime, dans une étude, que la plupart des grands indicateurs — croissance, chômage, balance des paiements — devraient passer au rouge. Les économistes de la banque d’affaires prévoient «une croissance faible, une augmentation du chômage, une hausse du déficit public et une explosion du déficit des comptes courants» dans les prochains trimestres, si bien que...