Les Taliban ont effectué lundi à Kaboul des descentes dans les locaux d’organisations humanitaires où ils ont arrêté des membres du personnel local au lendemain du refus de ces ONG de se regrouper dans un quartier inhabitable de la capitale. Selon des sources humanitaires, les Taliban se sont ainsi installés dans les locaux d’une organisation non-gouvernementale (ONG) médicale française dont une partie du personnel afghan a été arrêtée, à la suite du départ pour le Pakistan dimanche des responsables expatriés. «Ces étrangers se sont échappés en emportant des biens appartenant au peuple afghan», a affirmé un milicien intégriste en position devant les locaux d’Aide médicale internationale (AMI). Trois ONG françaises ont ainsi été «visitées»: AMI, solidarités et Action contre la faim. AMI, comme de nombreuses ONG, a refusé d’obtempérer à un ordre des Taliban, les «étudiants en théologie» au pouvoir à Kaboul, qui leur enjoignait de déménager vers un quartier inhabitable de la capitale ou de quitter le pays. «Cela est la fin de la présence des ONG étrangères à Kaboul et probablement le début de la fin pour les étrangers en général», a affirmé Charles MacFadden, le chef de la coordination des ONG à Kaboul. «Ils essaient de nous faire partir sans avoir à nous expulser», a estimé un autre responsable d’une ONG, qui a ajouté qu’«avec de pareilles méthodes, ils allaient y arriver». Les Taliban «sont entrés de force dans les locaux, ont lancé de sérieux avertissements et sont repartis avec deux de nos agents afghans», a affirmé le chef d’une ONG médicale. Les Taliban accusent les ONG de mener des activités politiques incompatibles avec leur statut, notamment pour avoir dénoncé l’interdiction faite aux femmes afghanes de travailler et d’étudier. Une trentaine d’organisations humanitaires avaient reçu mardi dernier un ultimatum de la milice religieuse de se conformer à l’ordre de déménagement vers le campus de l’école polytechnique, dont les locaux sont sans eau courante, électricité ni fenêtres. Les Taliban, soutenus par le Pakistan et l’Arabie Séoudite, ont imposé une interprétation ultrastricte de la «charia» (les lois coraniques) dans les zones sous leur contrôle, qui représentent plus des deux tiers du pays. Ils ont notamment interdit l’éducation des jeunes filles et le travail des femmes, qu’ils veulent confiner dans les maisons. Ces dispositions ont entraîné de nombreuses protestations étrangères qui ont ulcéré les Taliban au même titre que l’absence de reconnaissance de leur régime par la communauté internationale. Plusieurs ONG avaient déjà fermé leurs bureaux dimanche et fait partir leur personnel expatrié, pour la plupart vers le Pakistan voisin, après les déclarations cette semaine d’un responsable taliban selon lequel les ONG qui ignoreraient l’ordre de déménagement seraient «responsables des réactions de l’émirat islamique». Le personnel expatrié travaillant pour les organisations humanitaires a été réduit de 200 à 80 personnes en moins de deux semaines. De nombreuses ONG ont cessé lundi leurs activités normales d’autant que l’Union européenne, le plus important pourvoyeur d’aide à l’Afghanistan, a annoncé la suspension de son aide à Kaboul en raison des pressions exercées par les Taliban. L’ONU — qui n’est pas, en principe, concernée par les mesures frappant les ONG — a déjà fait savoir que son aide serait arrêtée si les conditions réservées aux équipes étrangères n’étaient pas améliorées. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui n’est pas non plus directement concerné par ces mesures, observe lui aussi l’évolution de la situation «avec attention». Soixante pour cent des quelque 400.000 habitants de Kaboul — une ville détruite par deux décennies de guerre — bénéficient d’une aide internationale qui s’occupe notamment de l’approvisionnement en eau potable, de la santé et de programmes de nourriture. (AFP)
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